Face à une UE « absolument brutale », Donald Trump annonce de nouveaux droits de douane

Le président américain Donald Trump a chargé les membres de son cabinet d'entreprendre une révision de la politique commerciale des États-Unis, ce qui devrait entrainer une forte augmentation des droits de douane sur les produits de l'Union européenne (UE).

EURACTIV.com
US President Trump signs executive order in Oval Office
Le président américain Donald Trump lors de la signature d'un décret dans le bureau ovale de la Maison Blanche à Washington, DC, États-Unis, le 10 février 2025. [EPA-EFE/ALEXANDER DRAGO / POOL]

Le président américain Donald Trump a chargé les membres de son cabinet d’entreprendre une révision de la politique commerciale des États-Unis, ce qui devrait entrainer une forte augmentation des droits de douane sur les produits de l’Union européenne (UE).

Le président américain a signé ce jeudi un mémorandum chargeant son candidat au poste de secrétaire au Commerce, Howard Lutnick, et son haut représentant pour le Commerce extérieur, Jamieson Greer, de superviser pays par pays une analyse des échanges commerciaux des États-Unis. Il s’agira ensuite de proposer des « remèdes » spécifiques, en cas de discrimination présumée à l’encontre d’entreprises américaines.

Ces mesures correctives, qui, selon Howard Lutnick, pourraient entrer en vigueur d’ici le 2 avril, viseront à aligner le pays sur les droits de douane que d’autres États appliquent aux importations américaines. Il s’agira également de lister les cas de protectionnisme économique « déloyal ».

« J’ai décidé, par souci d’équité, d’appliquer un droit de douane réciproque, c’est-à-dire celui que les pays imposent aux États-Unis d’Amérique », a déclaré Donald Trump. « Dans presque tous les cas, ils nous font payer beaucoup plus que ce que nous leur faisons payer, mais cette époque est révolue. »

Donald Trump a spécifiquement visé les politiques commerciales « très désagréables » de l’UE, réitérant ses plaintes contre les décisions de Bruxelles d’imposer des amendes à des entreprises technologiques américaines, comme Google, Apple et Facebook.

« Nous aimons tous l’Europe, nous aimons les pays d’Europe, mais l’UE a été absolument brutale en matière de commerce », a-t-il affirmé, ajoutant que « l’UE a été très mauvaise et […] elle ne nous a pas traités correctement ».

D’après le président américain, les pays qui commercent avec les États-Unis pourraient éviter l’augmentation des droits de douane en délocalisant leur production sur le sol américain. « Si vous construisez ici, vous n’avez aucun droit de douane », a-t-il affirmé.

L’augmentation des tarifs douaniers risque d’aggraver les difficultés d’une économie européenne déjà fortement ébranlée par la faiblesse de la demande, par les prix élevés de l’énergie et par la concurrence chinoise.

Selon les économistes d’ING, les droits de douane imposées par l’UE sont plus élevés que ceux des États-Unis dans certains secteurs stratégiques. La taxe de 10 % appliquée par l’UE sur les voitures est ainsi quatre fois plus élevée que celle des États-Unis.

Les droits de douane sur les produits chimiques et les denrées alimentaires sont également supérieurs de 1 et 3,5 points du côté européen.

Le taux de droits de douane global des États-Unis, qui s’élève à 3,95 %, est cependant légèrement supérieur à la moyenne de l’UE, qui est de 3,5 %.

S’adressant aux journalistes avant l’annonce de Donald Trump, Peter Navarro, conseiller de la Maison-Blanche pour le commerce et l’industrie, s’est également plaint du taux de TVA élevé de l’UE.

« Pas étonnant que l’Allemagne nous vende huit fois plus de voitures que nous ne lui en vendons », a souligné Peter Navarro. « Le président Trump ne tolérera plus cela. »

L’imposition de droits de douane élevés est une tentative du président américain pour stimuler l’industrie manufacturière américaine et pour réduire le déficit commercial des États-Unis, en augmentation constante.

En début de semaine, Donald Trump a annoncé l’imposition de droits de douane de 25 % sur les importations d’acier et d’aluminium à partir du 12 mars. Il a également décidé d’imposer une taxe de 10 % sur tous les produits chinois, et a menacé le Mexique et le Canada de droits de douane pouvant atteindre 25 %.

La Commission européenne, qui supervise la politique commerciale de l’UE, n’a pas encore réagi à cette annonce.

Selon les données du gouvernement américain, le déficit mondial des États-Unis en biens et services a l’année dernière augmenté de 17 %, pour atteindre 918,4 milliards de dollars.

Le déficit commercial de Washington en biens avec l’UE a lui aussi connu une augmentation importante, passant de 208,7 milliards de dollars à 235,6 milliards de dollars. La majeure partie de cette hausse est due à une forte augmentation des importations, qui ont progressé de 29,4 milliards de dollars.

Cependant, les États-Unis affichent un excédent de 104 milliards d’euros en 2023 dans le secteur des services avec l’Union, selon les données européennes.

La réponse de l’UE

L’UE s’est engagée à répondre « fermement et immédiatement » à l’annonce de Donald Trump, signe que la position de négociation de Bruxelles avec la nouvelle administration américaine pourrait se durcir.

Dans une déclaration publiée ce vendredi matin, l’exécutif européen a dénoncé la décision de Donald Trump de s’aligner aux taux de droits de douane que d’autres pays appliquent aux marchandises américaines, la qualifiant de « pas dans la mauvaise direction », et a réitéré son engagement en faveur d’un « système commercial mondial ouvert et prévisible ».

« L’UE réagira fermement et immédiatement contre les obstacles injustifiés au commerce libre et équitable, y compris lorsque les droits de douane sont utilisés pour contester des politiques légales et non discriminatoires », souligne la Commission dans son communiqué.

Le langage diffère sensiblement de la réponse donnée par Bruxelles à l’annonce des droits de douane de 25 % sur l’acier et l’aluminium en début de semaine, lorsqu’elle a promis une réponse « ferme et proportionnée ». Le mot « proportionné » est totalement absent de la déclaration d’aujourd’hui.

Il a cependant été utilisé par le commissaire européen à l’Économie et à la Productivité, Valdis Dombrovskis, qui a déclaré ce vendredi matin à Bloomberg TV que Bruxelles s’engageait à une réponse « ferme et proportionnée ».

« Nous ne voyons pas le fondement de ces droits de douane, ni économiquement ni légalement », a-t-il déclaré, ajoutant que la Commission était « en contact » avec les responsables américains pour « trouver une voie constructive ».

Du côté de la zone euro

Les annonces de Donald Trump ont également impacté les marchés financiers et le taux de change euro-dollar.

Jeudi, l’euro s’est déprécié face au dollar, alors que les marchés s’efforçaient de réagir à l’annonce du président américain de négociations « immédiates » pour mettre fin à la guerre en Ukraine.

L’impact de la politique commerciale de Donald Trump devrait être discuté lundi par les ministres des Finances de la zone euro.

(LG)