La livraison d'avions de chasse à l'Ukraine, nouveau bras de fer entre l’Allemagne et ses alliés
Alors que des chars de combat occidentaux seront bientôt fournis à l’Ukraine, les discussions ont évolué vers la livraison d’avions modernes à Kiev. Pour l’Allemagne, cela pourrait se traduire par une nouvelle impasse avec ses alliés.
Alors que des chars de combat occidentaux seront bientôt fournis à l’Ukraine, les discussions ont évolué vers la livraison d’avions modernes à Kiev. Pour l’Allemagne, cela pourrait se traduire par une nouvelle impasse avec ses alliés.
La pression montait depuis des semaines sur le gouvernement allemand pour qu’il envoie des chars de combat lourds Leopard 2 et permette aux alliés de l’OTAN d’en faire autant, en anticipation d’offensives attendues des deux côtés au printemps.
La décision de l’Allemagne a ouvert la voie à d’autres pays européens, tels que la Pologne, l’Espagne, la Finlande, les Pays-Bas et la Norvège, pour qu’ils fournissent certains de leurs chars Leopard 2 à l’Ukraine. L’Ukraine pourra ainsi disposer des centaines de chars dont elle affirme avoir besoin pour contrer les éventuelles avancées russes.
La formation de troupes ukrainiennes en Allemagne commencera bientôt, et le pays fournira également un soutien logistique et des munitions. Berlin a aussi confirmé que des permis de transfert seraient accordés aux pays partenaires qui souhaitent livrer des chars de leurs stocks existants.
Avions de chasse
Toutefois, alors que des Léopard 2 de fabrication allemande et les Abrams de fabrication américaine sont déjà en route, les haut gradés ukrainiens tournent leur attention vers ce qu’ils considèrent comme la suite logique de la fourniture d’armes occidentales à leur pays : des avions de combat modernes.
Kiev a renouvelé sa demande d’avions de chasse presque immédiatement après l’annonce de l’accord sur les chars, sollicitant l’aide des alliés occidentaux pour renforcer ses capacités de défense aérienne.
Le ministre ukrainien de la Défense, Oleksii Reznikov, a déclaré à la chaîne CBC que l’Ukraine espère maintenant recevoir des avions militaires qui pourraient « changer la donne » dans sa lutte contre la Russie.
Le vice-ministre ukrainien des Affaires étrangères, Andriy Melnyk, a appelé à la création d’une « coalition d’avions de chasse » afin de fournir à l’Ukraine des F-16 et des F-35 américains, des Eurofighters, des Tornados, des Rafales français et des Gripen suédois.
Mykhailo Podolyak, conseiller du président ukrainien Volodymyr Zelensky, a indiqué samedi (28 janvier) que Kiev était en discussion avec ses alliés au sujet des avions. Il a toutefois reconnu que certains partenaires occidentaux auraient une attitude « conservatrice » à l’égard de ces livraisons.
Sans nommer de pays en particulier, M. Podolyak a déclaré que cette attitude était « due à la crainte de changements dans l’architecture internationale. »
Tous les regards à nouveau tournés vers Berlin
« La question des avions de chasse ne se pose pas du tout », a déclaré M. Scholz dans un entretien accordé au Tagesspiegel dimanche (29 janvier). Il a ainsi réitéré son rejet des demandes de Kiev visant à fournir à l’Ukraine des avions de chasse dans le sillage de l’accord de Berlin sur l’envoi de chars de combat.
« Le fait que nous venions à peine de prendre une décision [sur l’envoi de chars], et que le prochain débat éclate déjà en Allemagne, cela semble tout simplement frivole », a-t-il déclaré.
S’exprimant la semaine dernière devant le Bundestag allemand au sujet de l’accord de Berlin sur l’envoi de chars de combat, M. Scholz avait déjà laissé entendre que Berlin exclurait la fourniture d’avions de chasse. Il avait ainsi invoqué la nécessité d’empêcher une nouvelle escalade militaire.
« De tels débats ne devraient pas être menés pour des raisons de profilage politique interne. Il est désormais important pour moi que tous ceux qui ont annoncé leur intention de fournir des chars de combat à l’Ukraine le fassent », a déclaré M. Scholz au Tagesspiegel.
« Je ne peux que déconseiller d’entrer dans une logique de surenchère permanente en matière de fourniture d’armes », a-t-il ajouté.
Le chancelier allemand a également réaffirmé que l’OTAN n’était pas en guerre contre la Russie, « nous ne permettrons pas une telle escalade. »
La Russie a présenté les livraisons d’armes lourdes à l’Ukraine comme la preuve que l’Occident provoque une escalade de la guerre.
Par ailleurs, M. Scholz a confirmé qu’il s’entretenait régulièrement avec le président russe Vladimir Poutine, l’appel le plus récent entre les deux dirigeants ayant eu lieu en décembre 2022.
« Nous devons nous parler », a-t-il affirmé, tout en ajoutant qu’il a toujours été clair que l’invasion de l’Ukraine par la Russie était inacceptable et que seul un retrait de ses troupes permettrait de résoudre la situation.
« Pas de tabous »
Maintenant que l’impasse sur les livraisons de chars est résolue, les responsables américains ont déclaré que Washington discuterait de l’idée de fournir des avions à réaction « très soigneusement » avec Kiev. La plupart des capitales européennes se sont montrées prudentes et n’ont pas dévoilé leurs intentions sur cette question.
La récente initiative concernant les avions de chasse fait suite à un débat entamé l’année dernière lorsque la Pologne a dévoilé son intention de fournir à l’Ukraine ses MiG-29, qui ont également été intégrés à la flotte de l’armée de l’air ukrainienne.
L’initiative avait toutefois été abandonnée à l’époque, après que des responsables polonais et américains eurent engagé une discussion publique sur le rôle potentiel de Washington dans cet achat.
La Pologne a proposé de transférer les avions de chasse aux États-Unis, lesquels pourraient ensuite se charger de leur livraison à l’Ukraine, mais les deux alliés ne sont finalement pas parvenus à se mettre d’accord.
Le ministre slovaque des Affaires étrangères, Rastislav Káčer, a déclaré à un groupe de journalistes à Kiev le mois dernier que son gouvernement était « prêt » à remettre des chasseurs MiG-29 de l’ère soviétique à Kiev et qu’il discutait de la manière de procéder avec les partenaires de l’OTAN et le président ukrainien M. Zelensky.
Le ministre néerlandais des Affaires étrangères, Wopke Hoekstra, a déclaré au Parlement néerlandais la semaine dernière que La Haye envisagerait de fournir des avions de combat F-16 si Kiev en faisait la demande.
« Nous sommes ouverts d’esprit, il n’y a pas de tabous », a déclaré M. Hoekstra.
Jusqu’à présent, les diplomates européens ont déclaré que l’Occident chercherait d’abord à exploiter toutes les autres options, y compris le recours à davantage de drones d’attaque et éventuellement à des missiles à longue portée, avant d’aller vers une solution plus large que les chars.
Les responsables militaires ont toutefois souligné que le soutien occidental n’a cessé de croître. Ainsi, au cours des premiers mois de la guerre, l’Ukraine a commencé par recevoir des missiles antichars Javelin et des systèmes portables de défense aérienne, puis des lance-roquettes HIMARS et des missiles sol-air Patriot plus perfectionnés, suivis de véhicules blindés et enfin de la décision récente de fournir des chars de combat lourds.
Bien que les alliés occidentaux n’aient fourni ou transporté aucun avion complet à l’Ukraine, selon les forces armées ukrainiennes, certains pays comme les États-Unis ont facilité le transbordement de certaines pièces détachées.
« Les avions de chasse constitueront la progression logique dans ce débat, mais tout dépendra de la manière dont ils pourront être fournis à la partie ukrainienne sans que nous prenions part à la guerre — cela pourrait s’avérer être un cauchemar logistique », a déclaré un diplomate d’un pays européen à EURACTIV, sous couvert d’anonymat.
Toutefois, en suivant la logique selon laquelle l’approvisionnement en armes occidentales a augmenté depuis le début de la guerre, « il serait logique de commencer par le MIG-29 et de voir où cela nous mène », a déclaré le diplomate.
« Les Ukrainiens les ont utilisés pendant des années et n’auraient donc pas besoin d’une formation spéciale », a-t-il ajouté.