Finlande : quel avenir pour Sanna Marin ?
Un avenir international pour la Première ministre finlandaise Sanna Marin après sa défaite ? Comment expliquer le score record du parti nationaliste et vont-ils entrer au gouvernement ? Quelle majorité pour le futur Premier ministre Petteri Orpo ? Voici l'état des lieux au lendemain de législatives à fort suspense en Finlande.
Un avenir international pour la Première ministre finlandaise Sanna Marin après sa défaite ? Comment expliquer le score record du parti nationaliste et vont-ils entrer au gouvernement ? Quelle majorité pour le futur Premier ministre Petteri Orpo ? Voici l’état des lieux au lendemain de législatives à fort suspense en Finlande.
Devenue une des têtes d’affiches de la politique européenne, Sanna Marin, la dirigeante de 37 ans, encaisse un coup d’arrêt en perdant son poste de Première ministre finlandaise.
Mais, bien conscients de l’atout de sa notoriété internationale, beaucoup de Finlandais espèrent l’exporter pour un rôle important à l’étranger.
Le siège de l’OTAN ?
L’OTAN, avec le départ du Norvégien Jens Stoltenberg fin septembre ? Sur le papier, Sanna Marin coche de nombreuses cases : elle deviendrait la première femme à diriger l’alliance et elle incarne une ligne ferme vis-à-vis de la Russie sur l’Ukraine, sans être pour autant un « faucon » d’Europe de l’Est.
Le poste revient traditionnellement à un Européen et les pays nordiques ont été de grands pourvoyeurs, avec dernièrement M. Stoltenberg (depuis 2014) et le Danois Anders Fogh Rasmussen (2009-2014).
Mais un écueil annihile grandement ses chances, soulignent des diplomates otaniens : la Finlande n’entre dans l’Otan que cette semaine et il est très improbable qu’un membre si récent puisse hériter du poste, dit-on au siège à Bruxelles.
La capitale européenne pourrait rester la destination de Mme Marin, à l’occasion de la nouvelle Commission désignée en 2024.
À condition de convaincre le futur Premier ministre finlandais Petteri Orpo de nommer quelqu’un hors de son camp pour prendre le poste de commissaire dévolu à Helsinki.
La Commission européenne
Quant à la présidence de la Commission européenne, elle doit revenir en théorie à un candidat proche de la droite, première force du Parlement européen.
L’avenir de Sanna Marin peut également s’inscrire en Finlande.
Notamment au gouvernement si le centre-droit choisit de s’allier avec les sociaux-démocrates pour former une majorité. Auquel cas le poste de ministre des Affaires étrangères pourrait être une option, suggèrent des analystes.
Une élection présidentielle a aussi lieu en Finlande l’an prochain, même si Mme Marin a assuré durant la campagne ne pas viser le poste de chef de l’État, aux pouvoirs limités hors diplomatie.
Pourquoi une poussée des nationalistes ?
Déjà arrivés à une inédite deuxième place en 2019, les nationalistes du parti des Finlandais ont réalisé le meilleur score de leur histoire cette fois-ci, avec 20,1% et 46 sièges sur les 200 du Parlement.
Fondée à la fin des années 1990, la formation est dans le paysage depuis longtemps mais a durci sa ligne en 2017, après une scission et un départ du gouvernement.
« Ils prennent bien le pouls de la population. Ils peuvent sentir les inquiétudes et les sujets qui émergent », juge Karina Jutila, politologue à l’institut E2.
En franchissant la barre des 20 %, le parti de Riikka Purra montre qu’il est là pour durer « et ne va pas disparaître un matin au réveil », souligne Mikko Majander.
Très implantée chez les hommes, la formation arrive aussi nettement en tête des votes des jeunes, selon les sondeurs, où il bénéficie de son image hors de l’establishment et d’une forte présence sur les réseaux sociaux.
Malgré les appels du reste de la classe politique à rajeunir un pays vieillissant, les « Finlandais de base » – traduction littérale de leur nom – sont anti-immigration, ainsi qu’anti-UE.
Les experts en Finlande se divisent sur l’appartenance à l’extrême droite européenne de cette formation souveraino-nationaliste, qui siège au Parlement européen au sein du groupe Identité et Démocratie, avec le Rassemblement national de Marine Le Pen ou la Ligue italienne de Matteo Salvini.
Ces derniers ont tous deux félicité leur allié finlandais.
« Il n’y a pas de parti d’extrême droite en Finlande », a assuré devant la presse étrangère le vainqueur des élections, le chef du parti de centre-droit Petteri Orpo, qui pourrait s’allier avec eux pour bâtir sa majorité.
Quelles alliances pour le nouveau Premier ministre ?
Vers la gauche ou vers les nationalistes : homme de compromis, M. Orpo a deux options principales, avec toutes deux des complications.
S’allier avec l’extrême droite implique de trouver d’autres partis plus centristes acceptant d’être main dans la main avec le parti des Finlandais.
L’alternative serait de bâtir un gouvernement « bleu-rouge » avec les sociaux-démocrates de Mme Marin et les partis centristes, qui n’est pas inhabituel en Finlande.
« C’est le plus probable », juge Karina Jutila, qui pense que le futur Premier ministre pourrait préférer s’appuyer sur l’expérience des sociaux-démocrates plutôt qu’un parti des Finlandais habitué au rôle d’opposant.
« Mais j’y vois des problèmes (…) d’un point de vue démocratique car le parti des Finlandais a fait un score historique », souligne l’experte.
Le SDP est prêt à entrer au gouvernement, mais pas avec le parti des Finlandais, a affirmé lundi le numéro deux social-démocrate, Matias Mäkynen, au quotidien Ilta-Sanomat.