François Hollande : « L’Europe nous regarde »

  Le socialiste François Hollande a remporté les élections présidentielles françaises dimanche (6 mai) et fait basculer le pays à gauche. Il a promis de s’engager pour mettre un frein aux politiques d’austérité imposées sous la houlette de l’Allemagne.

EURACTIV.fr / Reuters

 
Le socialiste François Hollande a remporté les élections présidentielles françaises dimanche (6 mai) et fait basculer le pays à gauche. Il a promis de s’engager pour mettre un frein aux politiques d’austérité imposées sous la houlette de l’Allemagne.

M. Hollande a devancé le président sortant conservateur, Nicolas Sarkozy, avec 51,3 % des suffrages contre 48,7 %, avec 83 % des votes comptabilisés, selon le ministère de l'intérieur. Le centre-gauche revient donc à l'Elysée après une décennie dans l'opposition.

« L'Europe nous regarde », a déclaré le nouveau président lors de son discours de victoire dans sa circonscription de Tulle, dans le centre de la France.

« Je suis sûr que dans bien des pays européens, cela a été un soulagement, un espoir. L'idée qu'enfin l'austérité ne pouvait plus être une fatalité », a-t-il déclaré, sans doute à l'intention de la chancelière allemande, Angela Merkel.

Redéfinition des relations franco-allemandes

Ces élections tombent à un moment clé pour la zone euro, dans la mesure où la France, la deuxième économie européenne, est un partenaire essentiel de Berlin.

La victoire sans équivoque de M. Hollande devrait donner à celui qui se décrivait lui-même comme un candidat « normal » la force de faire pression sur Mme Merkel. Il souhaite en effet qu'elle accepte une réorientation politique vers la croissance en Europe, afin de contrebalancer les mesures d'austérité qui ont déclenché une vague de mécontentement à travers l'Europe méridionale.

La chancelière, qui avait officiellement apporté son soutien à son collègue conservateur Nicolas Sarkozy, a téléphoné à M. Hollande pour le féliciter et l'inviter à se rendre à Berlin dès que possible après son entrée en fonction la semaine prochaine.

Le ministre allemand des affaires étrangères, Guido Westerwelle, a déclaré lors d'un évènement à l'ambassade de France : « Nous travaillerons ensemble pour élaborer un pacte de croissance pour l'Europe visant à stimuler la croissance par le biais de la compétitivité. »

Croissance

Lors de son discours, M. Hollande a affirmé que l'une de ses priorités serait de « donner à la construction européenne une dimension de croissance, d'emploi ».

Il a clairement indiqué qu'il ne ferait pas pression pour réviser en profondeur le pacte budgétaire élaboré par Mme Merkel et M. Sarkozy cette année. Selon des proches du nouveau président, la relation entre Paris et Berlin sera fondée sur le compromis.

Du côté de Mme Merkel, la rumeur court qu'elle ne serait pas contre la proposition de M. Hollande d'accorder à la Banque européenne d'investissement un rôle plus actif en matière de financement et de mieux utiliser les fonds structurels. Elle demeure toutefois sceptique face à l'idée des emprunts obligataires pour le financement de projets dans le but de financer de nouvelles infrastructures.

Mme Merkel a passé ce qu'on pourrait appelé une mauvaise soirée : son parti démocrate-chrétien de centre-droit serait sur le point de perdre le pouvoir dans le Land de Schleswig-Holstein, une tendance qui pourrait bien amenuiser ses chances d'effectuer un troisième mandat.

Merkozy, c'est fini

Ces élections ont mis un terme au couple Merkozy qui a dirigé l'Europe lors de la crise. Elles annoncent un partenariat d'un genre nouveau.

Les électeurs ont puni le président sortant, Nicolas Sarkozy, qui n'est pas parvenu à enrayer la crise de l'emploi dans le pays. M. Sarkozy est le 11e leader de la zone euro à subir ce sort depuis le début de la crise en 2009.

Le président sortant a reconnu sa défaite 20 minutes après la fermeture des bureaux de vote, affirmant à ses partisans qu'il avait téléphoné à M. Hollande pour lui souhaiter bonne chance en ces temps difficiles.

« Je porte la responsabilité de cette défaite », a reconnu M. Sarkozy, avant d'annoncer son retrait de la scène politique.

« Ma place ne pourra plus être la même. Mon engagement à la vie de mon pays sera désormais différent. »