G20 : le président turc enjoint l’UE à maintenir l’accord sur les céréales en mer Noire

Lors de son entretien avec Emmanuel Macron en marge du G20 ce mardi (15 novembre), le président turc Recep Tayyip Erdoğan a confié vouloir rouvrir les corridors céréaliers en mer Noire, exhortant l’UE à prendre ses responsabilités.

Euractiv France
G20 Heads of State and Government Summit in Bali
« Je suis convaincu que l'accord sur les céréales va continuer » a affirmé le président turc lors d'une conférence de presse mercredi 16 novembre. [EPA-EFE/HOW HWEE YOUNG]

Lors de son entretien avec Emmanuel Macron en marge du G20 ce mardi (15 novembre), le président turc Recep Tayyip Erdoğan a confié vouloir rouvrir les corridors céréaliers en mer Noire, exhortant l’UE à prendre ses responsabilités.

« La Turquie et la France continueront à travailler pour que les exportations se poursuivent sans entrave », a déclaré le président de la République française sur Twitter ce mardi à l’issue de son entrevue avec M. Erdoğan.

Alors que l’accord sur l’exportation des céréales ukrainiennes signé en juillet dernier en Turquie arrive à échéance le 19 novembre, la question de son prolongement plane sur le sommet des grandes puissances économiques mondiales.

Cet accord, baptisé « Initiative céréalière de la mer Noire », a permis de mettre en place un corridor maritime sécurisé en mer Noire. Fin octobre 2022, près de 10 millions de tonnes de produits agroalimentaires avaient ainsi pu être exportés depuis l’Ukraine.

L’enjeu est de taille étant donné l’insécurité alimentaire voire la famine qui guette de nombreux pays du Sud, principalement en Afrique, depuis le début de la guerre en Ukraine. Avant le conflit, Kiev fournissait environ 45 millions de tonnes de céréales au marché mondial chaque année.

Les dirigeants du G20 ont ainsi appelé à la reprise de l’Initiative, et le président américain Joe Biden en a fait la demande formelle dans un communiqué.

Ce dernier a également profité du sommet pour rencontrer son homologue turc, le remerciant pour ses efforts visant à renouveler l’Initiative. Ils se sont tous les deux mis d’accord sur le fait qu’elle était « essentielle pour améliorer la sécurité alimentaire mondiale au milieu de la guerre menée par la Russie » et qu’elle « devait se poursuivre ».

De son côté le président ukrainien Volodymyr Zelensky a plaidé devant le G20 pour une extension « infinie » de l’accord.

Diplomatie turque

Selon une information de l’AFP relayée par Libération, un communiqué pourrait être publié à l’issue du sommet. Au-delà d’une condamnation claire et unanime des agissements russes, le document appellerait à prolonger l’Initiative céréalière de la mer Noire.

Mais c’est sans compter les fractures internes qui transparaissent malgré les postures diplomatiques. Si les pays occidentaux soutiennent l’Ukraine sans ambiguïté, d’autres pays, tels que la Chine, refusent toujours de condamner Moscou.

De plus, le président russe Vladimir Poutine brille par son absence au G20.

Une ouverture des corridors céréaliers nécessite pourtant le soutien de la Russie. Après s’être brièvement retirée de l’accord fin octobre, cette dernière l’avait réintégré quelques jours plus tard, grâce à la diplomatie turque.

M. Erdoğan, qui était parvenu à convaincre M. Poutine, y parviendra-t-il une seconde fois ?

La détermination du président turc qui ressort du sommet le laisse penser.

« Je suis convaincu que l’accord sur les céréales va continuer », a-t-il affirmé lors dune conférence de presse mercredi 16 novembre.

« L’Europe doit faire sa part »

Le président turc a également appelé l’Union européenne à « faire sa part pour le maintien de l’accord », comme le précise un communiqué de la présidence turque.

À l’ouverture du sommet du G20 à Bali, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen avait déclaré que l’Europe soutenait « de tout cœur » l’Initiative céréalière de la mer Noire, celle-ci devant être « prolongée ».

Une position qu’a réaffirmée le chef de la diplomatie de lUE, Josep Borrell. À l’issue d’une conférence de presse, M. Borrell a ajouté que « la Russie na aucune raison, aucun fondement juridique pour empêcher la nourriture [de] sortir de lUkraine vers les marchés internationaux ».

« Ce que la Russie a fait est illégal et affecte en premier lieu la vie des personnes des pays vulnérables du monde entier. La Russie doit cesser de militariser la nourriture. »

La Russie devrait s’exprimer sous peu sur sa volonté ou non de prolonger l’accord. 

[Édité par Anne-Sophie Gayet]