Géorgie : Viktor Orbán en visite à Tbilissi après des élections controversées
Le Premier ministre hongrois Viktor Orbán, allié politique du gouvernement Rêve géorgien, se rend en Géorgie lundi 28 octobre, alors que l’UE peine à se prononcer sur les résultats contestés des élections législatives qui ont eu lieu samedi 26 octobre dans le pays.
Le Premier ministre hongrois Viktor Orbán, allié politique du gouvernement du Rêve géorgien, se rend en Géorgie lundi 28 octobre, alors que l’Union européenne (UE) peine à se prononcer sur les résultats contestés des élections législatives qui ont eu lieu samedi 26 octobre dans le pays.
Viktor Orbán a été l’un des premiers responsables européens à féliciter le parti Rêve géorgien après les résultats des élections du week-end dernier, déclarant que le mouvement avait remporté une « victoire écrasante ».
Le dirigeant hongrois se rendra en Géorgie lundi pour une visite officielle de deux jours, selon Bloomberg. Mardi 29 octobre, il devrait participer à une cérémonie officielle au siège du gouvernement géorgien.
« Viktor Orbán, le Premier ministre de la Hongrie, qui assure la présidence [du Conseil de] l’Union européenne, effectuera une visite officielle en Géorgie les 28 et 29 octobre », a confirmé le gouvernement géorgien dans une déclaration dimanche.
Or, selon les observateurs internationaux, le scrutin de samedi a été entaché d’irrégularités importantes, telles que le bourrage des urnes, l’intimidation des électeurs et les pots-de-vin, alors que l’opposition se prépare à boycotter la prochaine législature et appelle à des manifestations en réponse aux résultats contestés.
Dimanche soir, aucun autre dirigeant européen n’avait félicité le Rêve géorgien et son fondateur et leader du parti, l’oligarque Bidzina Ivanichvili.
Une fois de plus, les actions unilatérales de la Hongrie pourraient en irriter plus d’un à Bruxelles.
Budapest avait déjà été critiquée par les autres États membres de l’UE au début de l’année en raison de ses « missions de paix » auto-proclamées pour l’Ukraine, pour lequelles le Premier ministre hongrois s’était rendu en Ukraine, mais également en Russie, en Chine et aux États-Unis, où il avait rencontré l’ancien président républicain Donald Trump.
Lundi, le Haut représentant de l’Union pour les Affaires étrangères, Josep Borrell, a tenu à souligner à la radio publique espagnole (RNE) que Viktor Orbán « ne représente pas l’Union européenne », et ce « quoi que [ce dernier] dise durant sa visite » en Géorgie.
Incertitudes concernant l’adhésion à l’UE
Pour rappel, le processus d’adhésion de la Géorgie à l’UE avait été de facto interrompu après l’adoption par les autorités du pays d’une loi controversée sur les « agents étrangers », d’inspiration russe, au mois de mai.
Réagissant aux résultats du scrutin de samedi, le président du Conseil européen, Charles Michel, a affirmé que « les irrégularités présumées [lors des élections] doivent être sérieusement clarifiées et traitées ».
« Nous réitérons l’appel de l’UE aux dirigeants géorgiens pour qu’ils fassent preuve d’un engagement ferme sur la voie de l’UE pour le pays, conformément aux conclusions de juin et d’octobre de l’EUCO [Conseil européen] », a insisté Charles Michel.
Au début du mois, Bruxelles avait averti Tbilissi de ne pas revenir sur son orientation pro-européenne actuelle et de veiller à ce que les législatives restent libres et équitables.
Le président du Conseil européen a annoncé que cette question serait inscrite à l’ordre du jour du sommet informel de l’UE qui se tiendra à Budapest au début du mois de novembre, et qui permettra « d’évaluer la situation et de définir les prochaines étapes de nos relations avec la Géorgie ».
De son côté, le Premier ministre géorgien, Irakli Kobakhidzé, a soutenu lundi que l’intégration au sein de l’Union européenne demeurait « la priorité » pour Tbilissi, malgré de vives critiques de l’opposition qui accuse le parti au pouvoir de dérive autoritaire pro-russe.
« Notre principale priorité en matière de politique étrangère est, naturellement, l’intégration européenne », a-t-il expliqué aux journalistes, selon l’AFP.
L’homme politique a également déclaré s’attendre « à un redémarrage des relations » avec l’UE, après de vives tensions ces derniers mois. « Tout sera mis en œuvre pour que la Géorgie soit pleinement intégrée à l’UE d’ici 2030 », a-t-il promis.
Les irrégularités électorales
« Nous appelons la Commission électorale centrale de Géorgie et les autres autorités compétentes à remplir leur devoir d’enquêter et de juger rapidement, de manière transparente et indépendante, les irrégularités électorales et les allégations à ce sujet », explique Josep Borrell dans une déclaration commune avec la Commission européenne.
« Nous avons vu de nombreux cas de tentatives de bourrage d’urnes, et certains bureaux de vote ont dû fermer », explique pour sa part à Euractiv l’eurodéputée tchèque Markéta Gregorová (Verts/ALE), membre de la délégation d’observation des élections du Parlement européen à Tbilissi.
« Il est possible que ce soit individuel ou systémique, nous ne pouvons pas le savoir, mais cela signifie que nous ne pouvons pour l’instant pas avoir confiance dans le résultat des élections », soutient Markéta Gregorova.
Dimanche, plusieurs États membres de l’UE se sont déclarés préoccupés par ces manquements, les États baltes étant les plus inquiets à ce sujet.
« Le peuple géorgien a un rêve européen, personne n’a le droit de voler ce rêve par l’intimidation et la manipulation », a réagi le président letton Edgars Rinkēvičs au lendemain des élections.
« Les élections doivent être basées sur la liberté et l’équité. Je prends très au sérieux les allégations d’irrégularités dans toute élection et je serai très attentif à l’évolution de la situation en Géorgie », a pour sa part indiqué le ministre des Affaires étrangères de Lituanie, Gabrielius Landsbergis.
Du côté de Tallin, le ministre des Affaires étrangères estonien Margus Tsahkna, a expliqué que « les rapports faisant état d’irrégularités lors des élections en Géorgie suscitent de vives inquiétudes ». « Nous suivons de près les évaluations des observateurs internationaux et locaux », a-t-il ajouté.
Des élections « ni libres ni équitables »
« Nous avons affirmé très clairement qu’il y avait déjà un recul démocratique, et l’élection de samedi l’a confirmé », confie à Euractiv l’eurodéputée française Nathalie Loiseau (Renew), qui faisait partie de la délégation d’observation des élections du Parlement européen.
« Maintenant, c’est aux Géorgiens de décider ce qu’ils veulent, mais, comme nous voyons la campagne du parti au pouvoir dire “nous pouvons faire ce que nous faisons tout en restant sur la voie européenne”, cela semble très contradictoire ; ils ne peuvent pas avoir le beurre et l’argent du beurre », s’inquiète Nathalie Loiseau.
Certains eurodéputés de premier plan sont allés plus loin et ont publié une déclaration commune avec leurs homologues canadiens, affirmant que « les élections n’étaient ni libres ni équitables », et que « l’Union européenne ne peut pas en reconnaître le résultat ».
Ces derniers ont également demandé que des sanctions personnelles soient prises à l’encontre des « responsables de l’influence électorale déloyale, de l’intimidation et des menaces à l’encontre de l’opposition et de la société civile ».
« Nous ne devons pas abandonner les parties pro-européennes de la société », peut-on lire dans la déclaration commune, qui rejette l’idée de réduire le régime de libéralisation des visas avec la Géorgie.
« Nous craignons cependant de voir un exode de la jeunesse qualifiée et pro-européenne. Même si nous vous accueillons volontiers dans l’UE, ce serait une tragédie pour l’orientation européenne de la Géorgie », écrivent-ils encore.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]