Hydrogène : les ambitions allemandes pourraient accélérer le changement climatique

Le ministre allemand de l’Économie Robert Habeck prévoit d’importer de l’hydrogène du monde entier pour satisfaire les besoin en énergie de l’Allemagne, malgré une nouvelle étude remettant en cause l'impact climatique de l’hydrogène transporté.

EURACTIV Allemagne
Berlin Energy Transition Dialogue Conference 2022
Le ministre allemand de l’Économie et du Climat, Robert Habeck, s’exprimant lors de l’ouverture du 8e Dialogue de Berlin sur la transition énergétique (BETD) à Berlin, en Allemagne, le 17 mars 2022. [EPA-EFE/CLEMENS BILAN]

Le ministre allemand de l’Économie Robert Habeck prévoit d’importer de l’hydrogène du monde entier pour satisfaire les besoin en énergie de l’Allemagne, malgré une nouvelle étude remettant en cause l’impact climatique de l’hydrogène transporté.

Une chose est claire pour tous les politiciens et les experts : l’Allemagne est un pays importateur d’énergie.

Pour se rapprocher de la neutralité climatique, le gouvernement allemand veut compter principalement sur l’importation d’hydrogène du monde entier — des efforts qui se sont encore accélérés en raison de la guerre en Ukraine et de la dépendance de l’Allemagne aux importations d’énergie russe.

L’idée est de fractionner l’eau à l’aide d’électricité renouvelable, puis d’expédier l’hydrogène en Allemagne et de l’utiliser comme matière première et source d’énergie pour l’industrie allemande. À cette fin, M. Habeck a récemment annoncé un partenariat pour l’hydrogène avec les Émirats arabes unis.

La mise en place de « chaînes d’approvisionnement en hydrogène » à l’échelle mondiale permettrait « d’atteindre nos objectifs climatiques et, parallèlement, notre sécurité énergétique », a déclaré M. Habeck le 21 mars.

Le « Dialogue de Berlin sur la transition énergétique », qui s’est tenu au ministère des Affaires étrangères mi-mars, était également axé sur l’économie mondiale de l’hydrogène. Des représentants de gouvernements du monde entier ont conclu des contrats entre eux ainsi qu’avec des représentants allemands pour la fourniture d’hydrogène.

Le commerce mondial de l’hydrogène est soutenu par la fondation gouvernementale allemande H2Global, qui soutiendra le commerce du gaz avec 900 millions d’euros provenant du Trésor public.

Des doutes sur la décarbonisation

Il n’est toutefois pas certain que l’hydrogène, qui est censé décarboner les processus industriels ainsi que le transport maritime et aérien, tienne ses promesses.

En effet, l’hydrogène pourrait être beaucoup plus nocif pour le climat qu’on ne le pensait initialement, notamment s’il devait s’échapper et pénétrer dans l’atmosphère avant d’être utilisé.

« Nous estimons que le PRG(100) de l’hydrogène est de 11 ± 5  ; une valeur supérieure de plus de 100 % aux calculs publiés précédemment », écrit l’étude du gouvernement britannique, commandée par le ministère britannique du Commerce, de l’Énergie et de la Stratégie industrielle.

Le PRG, ou potentiel de réchauffement planétaire, mesure la contribution relative de divers composés chimiques à l’effet de serre. En se basant sur le CO2, le PRG montre à quel point des gaz comme le méthane ou les chlorofluorocarbones, désormais interdits, sont néfastes pour le climat.

Cela signifie que l’hydrogène est, au mieux, six fois plus nocif pour le climat que le CO2 sur une période de 100 ans. Dans le pire des cas, l’hydrogène pourrait même se révéler 16 fois plus nocif que le gaz à effet de serre le plus répandu.

Accélérer le changement climatique

Selon l’étude, l’hydrogène contribuerait également de manière significative au changement climatique, même à un horizon de 20 ans.

« Pour un horizon de 20 ans, le PRG(20) de l’hydrogène est de 33 [33 fois plus mauvais pour le climat que le CO2], avec une marge d’incertitude de 20 à 44 », indiquent les auteurs.

L’hydrogène n’est pas en soi un « vrai » gaz à effet de serre et montre son effet principalement en stabilisant d’autres gaz d’une manière nouvelle.

« L’hydrogène qui est relâché dans l’atmosphère est un gaz à effet de serre puissant parce qu’il prolonge la durée de vie du méthane dans l’atmosphère, de sorte qu’il y reste et continue de contribuer à l’effet de serre », a déclaré Steven Hamburg, scientifique principal à l’Environmental Defense Fund (EDF), une ONG américaine, et auteur principal du rapport des Nations unies sur le climat.

« L’hydrogène réagit dans la troposphère et forme de l’ozone, qui contribue également à l’effet de serre. Et l’hydrogène se décompose dans la stratosphère en vapeur d’eau, qui contribue également à l’effet de serre », a-t-il ajouté.

L’impact négatif de l’hydrogène a déjà été signalé l’année dernière, ce qui signifie que les conclusions des scientifiques britanniques ne font que renforcer le fait que l’hydrogène n’est pas une source d’énergie dite « verte » et neutre pour le climat, du moins pour l’instant.

On ne sait toutefois pas encore exactement quelle quantité d’hydrogène pourrait être relâchée dans l’atmosphère. Bien qu’un commerce florissant de l’hydrogène soit attendu à partir de 2025 au moins, la production d’hydrogène a été limitée jusqu’à présent. Pratiquement aucun hydrogène n’a été expédié jusqu’à présent.

L’hydrogène « est, pour ainsi dire, une technologie en cours de développement, qui a maintenant passé l’étape des tests et qui est en train de monter en puissance », a expliqué M. Habeck lundi 11 avril.

Ce qui reste certain, c’est que les molécules d’hydrogène sont beaucoup plus petites que les molécules de méthane, et qu’environ 0,5 à 3 % du méthane s’échappe déjà pendant le transport, selon Falko Ueckerdt, chercheur en climatologie à l’Institut de recherche sur le climat de Potsdam.

La plupart des fuites d’hydrogène devraient se produire pendant le transport par bateau, par exemple depuis les Émirats arabes unis. Lorsque l’hydrogène est transporté sous forme liquide par des pétroliers, plus de 13 % de la cargaison pourrait être perdue en cours de route, écrit Recharge News, en se référant à une autre étude du ministère britannique.

L’optimisme demeure

Cependant, selon les analystes, il existe également des raisons d’être optimiste.

L’expert en hydrogène Gniewomir Flis a déclaré qu’il n’était « pas trop inquiet des fuites d’hydrogène », car l’hydrogène est « relativement beaucoup plus cher » que le gaz fossile, ce qui incite à limiter les fuites.

M. Flis s’attend également à ce qu’une grande partie de l’hydrogène soit consommée là où elle est produite, ce qui minimisera le risque de fuite.