Global Gateway : l’initiative de l’UE accusée d’être néocoloniale et de favoriser les entreprises

Lors de la présentation du rapport Who profits from the Global Gateway ? (À qui profite Global Gateway ?) le 9 octobre, les ONG ont critiqué son aspect « néocolonial » et ses objectifs pro-business, qui vont à l’encontre des objectifs affichés de développement économique des pays du Sud.

EURACTIV.com
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Lancée en 2021, la stratégie Global Gateway de la Commission européenne vise à offrir aux pays en développement une alternative d’investissement plus durable et transparente que l’initiative chinoise des Nouvelles routes de la soie. [Shutterstock/maurodopereira]

Lancée en 2021, la stratégie Global Gateway de la Commission européenne vise à offrir aux pays en développement une alternative d’investissement plus durable et transparente que l’initiative chinoise des Nouvelles routes de la soie (Belt and Road Initiative).

Jusqu’en 2027, l’Europe entend mobiliser 300 milliards d’euros d’investissement dans des infrastructures physiques, telles que des câbles sous-marins, des corridors de transport, des solutions d’énergies renouvelables ou encore dans la promotion de réformes facilitant les investissements européens.

Mais le rapport Who profits from the Global Gateway ?, publié le 8 octobre et rédigé par les ONG Counter Balance, Eurodad, Oxfam, remet en cause l’idée selon laquelle cette initiative serait un partenariat gagnant-gagnant entre d’un côté, les pays du Sud qui cherchent à se développer et de l’autre, les entreprises européennes qui visent de nouveaux marchés.

Pro-business et néocolonial

En effet, selon Farwa Sial, responsable principale de la politique et du plaidoyer à Eurodad et l’une des autrices de l’étude, « quand nous pensons à Global Gateway, c’est presque comme une boîte noire où il y a de nombreuses marques».

L’une des critiques repose sur la forte influence des grandes compagnies privées européennes dans la gouvernance et l’établissement des priorités de ce fonds, mais aussi sur l’opacité des décisions et arbitrages pris durant le « Global Gateway Business Advisory Group ».

Outre la présence d’entreprises connues pour leurs impacts négatifs sur l’environnement ou la santé des populations locales comme Total Energies ou encore Bayer, ce groupe rassemble principalement des acteurs économiques d’Europe de l’Ouest (Allemagne, France, Italie, Belgique, Espagne) ayant des liens coloniaux historiques avec les pays « partenaires » du Sud.

« Si vous voulez vraiment savoir quelles sont les entreprises qui opèrent où, il suffit de regarder qui sont les colonisateurs. L’Allemagne veut toujours gérer des projets dans ses anciennes colonies. Dans mon pays [le Kenya], les Britanniques contrôlent toujours le territoire. C’est pourquoi la Finlande n’est pas présente dans la région », a souligné Paul Okumu, chef du secrétariat de la plateforme Afrique durant la conference de présentation du rapport des ONG.

Cette connivence entre les projets choisis dans le cadre du Global Gateway et les entreprises originaires d’anciennes puissances coloniales, rappelle pour Paul Okumu la conférence de Berlin (1884-1885), où l’Europe s’était entendue sur un partage des territoires en Afrique.

« Ce que nous faisons simplement, c’est Berlin 2.0 : diviser le continent en différents pays et leur donner des projets, ce que vous [les Européens] avez très bien fait dans le cadre du Global Gateway », note-t-il.

Une initiative qui exacerbe les inégalités

Outre le fait de perpétuer des pratiques coloniales, les ONG qui ont participé à la rédaction de ce rapport dénoncent également le fait que le Global Gateway risque d’exacerber la dette dans plusieurs pays.

« Nous avons étudié [les pays partenaires de ce fonds] et 29 pays sur 37 sont des pays pauvres très endettés », a déclaré la co-autrice du rapport Alexandra Gerasimcikova, responsable des politiques et du plaidoyer chez Counter Balance, avant de préciser que « ces types de projets sont vraiment risqués et menacent d’alourdir le fardeau de la dette de ces pays, qui sont déjà confrontés à d’énormes problèmes budgétaires pour pouvoir investir dans le développement ».

Le débat sur les types de financement, entre prêts et subventions, a donné lieu à une vive passe d’armes entre la représentante de la Commission et les ONG présentes durant la présentation du rapport.

Pour Marlene Holzner, responsable d’unité à la direction des partenariats internationaux de la Commission européenne, la stratégie Global Gateway cherche d’autres voies comme la participation d’acteurs privés ou d’investissement bancaires pour aider au développement des pays du Sud : « Nous n’avons pas réussi à réduire la pauvreté […] au cours des 50 dernières années, voire plus, en appliquant une approche très traditionnelle : “Je vous donne une subvention, je vous l’offre en cadeau, vous ne devez pas la rembourser”. […] La stratégie Global Gateway est donc conçue comme un changement de paradigme, et nous le faisons sur la base de ce que nous avons appris ».

À l’inverse, Farwa Sial dénonce le manque de volonté politique pour aider à la diminution de la pauvreté dans le monde en soumettant l’idée d’un nouveau plan d’aide à la reconstruction, comme les États-Unis ont fait après la Seconde Guerre mondiale pour reconstruire l’Europe.

« Le plan Marshall, un plan de prêts concessionnels basé sur des subventions, a permis à l’Europe de se remettre sur pied. Si nous voulons vraiment faire cette offre au monde, je pense qu’elle existe. L’argent est là, et nous pouvons le faire », soutient-elle.

Aides pour les ambitions européennes

Cette idée ne réjouit pas tous les représentants d’ONG, en témoigne la réaction de Paul Okumu, qui dénonce le fait que « nous avons glorifié les subventions même dans cette salle. Il n’y a rien d’aussi stupide que de me donner 70 milliards de dollars et m’enlever 480 milliards de mon continent ».

Pour lui, le problème réside essentiellement dans le fait que ce « fonds de développement » cherche avant tout à assurer les intérêts stratégiques de l’Europe et la compétitivité de ses entreprises.

« Le règlement sur les matières premières critiques, l’agenda du Green Deal, l’agenda des engrais, la déforestation…. Si vous regardez toutes les politiques que vous avez adoptées, elles s’intègrent très bien dans Global Gateway. Vous avez donc très bien réussi à trouver une voie qui vous permettra de mettre en œuvre toutes les décisions politiques que vous avez adoptées », a expliqué Okumu.

Dans le rapport, les ONG concluent en espérant que l’UE change sa stratégie Global Gateway. Elles placent également leurs espoirs dans l’impact positif de la quatrième Conférence des Nations Unies sur le financement du développement, qui se tiendra en Espagne mi-2025.