Haut-Karabakh : les politiques français dénoncent la faiblesse de la réponse européenne

La réaction des autorités de l'UE aux opérations militaires de l’Azerbaïdjan contre le peuple arménien du Haut-Karabakh n’est « pas à la hauteur » selon plusieurs responsables politiques français, craignant que les intérêts économiques et énergétiques ne prennent le pas sur ceux géopolitiques.

Euractiv France
Russian peacekeepers evacuate civilians from Nagorno-Karabakh
Des civils évacués par les forces russes dans le Haut-Karabakh. [EPA-EFE/RUSSIAN DEFENCE MINISTRY PRESS SERVICE HANDOUT -- MANDATORY CREDIT -- BEST QUALITY AVAILABLE -- HANDOUT EDITORIAL USE ONLY/NO SALES]

La réaction des autorités de l’UE aux opérations militaires de l’Azerbaïdjan contre le peuple arménien du Haut-Karabakh n’est « pas à la hauteur » selon plusieurs responsables politiques français, craignant que les intérêts économiques et énergétiques ne prennent le pas sur ceux géopolitiques.

Trois ans après la précédente guerre, l’Azerbaïdjan a lancé en début de semaine une opération militaire qualifiée d’« activité antiterroriste », en demandant le retrait « total et inconditionnel » des Arméniens de la région du Haut-Karabakh, disputée depuis des décennies avec l’Arménie.

Le régime de Bakou a assuré vouloir ainsi « rétablir l’ordre constitutionnel », mais aussi « désarmer et assurer le retrait des formations des forces armées arméniennes de nos territoires, [et] neutraliser leurs infrastructures militaires », selon les mots du ministre azéri de la Défense.

L’Arménie a dénoncé une « agression à grande échelle » de la part de l’Azerbaïdjan, en l’accusant de bombarder des villes et des villages, en causant ainsi la mort de civils.

Le haut représentant de l’UE Josep Borrell a condamné l’offensive militaire au Karabakh, en appelant l’Azerbaïdjan à y mettre fin. « Il est urgent de reprendre le dialogue entre Bakou et les Arméniens du Karabakh. Cette escalade militaire ne doit pas servir de prétexte pour forcer l’exode de la population locale », a-t-il déclaré, en ajoutant que l’UE restait engagée dans la facilitation du dialogue entre les autorités azéries et arméniennes. Pour rappel, l’UE agit en tant que médiateur entre les deux pays.

La réaction de l’UE a suscité de vives réactions en France, où les responsables politiques ont critiqué la faiblesse des propos de M. Borrell.

« Le communiqué de presse du chef de la diplomatie européenne n’est pas à la hauteur », a déclaré le président de Renew Stéphane Séjourné, par ailleurs secrétaire général du parti d’Emmanuel Macron, Renaissance, et conseiller officieux du président français.

« Cela fait des mois qu’on alerte sur ce sujet au Parlement européen. C’était écrit que la Russie allait lâcher le pouvoir en place », a expliqué M. Séjourné jeudi (21 septembre) sur France Inter.

Ukraine bis

« J’ai peur qu’on fasse exactement les mêmes erreurs qu’avec l’Ukraine, avec un mélange de géopolitique, d’intérêts économiques [et que] pour les Européens l’intérêt économique soit supérieur aux intérêts territoriaux », a ajouté M. Séjourné.

En effet, l’UE a conclu en juillet 2022 un accord avec l’Azerbaïdjan dans une stratégie de diversification des approvisionnements en gaz, après la réduction des importations russes. Bakou s’est engagé à doubler les quantités fournies au bloc, pour atteindre 20 milliards de mètres cubes de gaz annuels livrés à l’UE d’ici 2027.

L’Azerbaïdjan dispose sur son territoire d’une immense réserve de gaz naturel, dont le potentiel est estimé à 2 600 milliards de mètres cubes. La consommation en gaz du continent européen est d’environ 400 milliards de mètres cubes par an et importe actuellement environ 8 milliards de mètres cubes d’Azerbaïdjan.

M. Séjourné a aussi déploré que la France ne fût pas suffisamment suivie par ses partenaires européens dans son engagement sur ce dossier. « On essaie de trouver une coalition », a-t-il indiqué.

La présidente de la sous-commission Défense au Parlement européen, Nathalie Loiseau (Renew), a affirmé mercredi que les bombardements azéris dans le Haut Karabakh poursuivaient comme objectif un « nettoyage ethnique » des populations arméniennes.

« En réalité, la Commission, le haut représentant, le Conseil, ont donné tacitement un feu vert à Ilham Aliyev, le président de l’Azerbaijan, pour mettre les Arméniens du Haut-Karabagh à genoux », a ajouté Mme Loiseau.

La gauche a aussi fustigé la réaction européenne, le sénateur communiste Pierre Ouzoulias accusant « l’Europe de fermer les yeux sur la dictature azérie », dans un entretien au magazine Telerama. L’eurodéputé Raphaël Glucksmann (S&D) s’est demandé si l’UE allait « continuer à abreuver d’euros la tyrannie de Bakou, forte de son gaz et de notre faiblesse, et ainsi nous rendre complices d’un nettoyage ethnique ».

L’UE et la France sont les « derniers alliés » de l’Arménie, selon l’élu. « Les abandonner serait une catastrophe morale ET géopolitique », a-t-il ajouté sur le réseau social X.

A droite, l’eurodéputé François-Xavier Bellamy (Les Républicains/PPE) a dénoncé « le silence de l’Europe et du monde occidental [qui] n’a fait qu’inciter [le président azéri Ilham] Aliyev à aller plus loin ». Il appelle ainsi à un sursaut de l’UE, car sous couvert d’une « opération antiterroriste », l’Azerbaïdjan « [tue] des enfants, des femmes, des civils innocents ».

Sanctions

Tout comme les responsables français du groupe Renew, M. Bellamy demande que des sanctions soient prononcées. « Pas dans une semaine, maintenant », a-t-il lancé, en demandant à l’UE de « dénoncer le contrat gazier qui nous lie à l’Azerbaïdjan ».

« Ceux qui sont en train de s’attaquer au Karabakh […] s’attaquent à un peuple qu’ils veulent faire disparaître […] parce qu’il est lié à la civilisation européenne, par son héritage, par sa culture », a déploré M. Bellamy.

Alors que « l’UE est née sur l’expérience d’un génocide, […] nous serons responsables devant l’histoire de ce que nous avons laissé commettre, et ce sera la trahison la plus grande que l’Europe puisse faire contre elle-même », a-t-il conclu.

60 eurodéputés de plusieurs groupes (PPE, S&D, Renew, Verts, ECR) ont adressé une question écrite à Josep Borrell en lui demandant quelles sanctions allaient être prises contre le régime de Bakou, « responsable de la violation du cessez-le-feu ».