Hollande envoie des émissaires à Berlin et à Madrid
Deux députés socialistes, Jean-Louis Bianco et Arnaud Montebourg, ont été chargés de défendre l’alternative portée par le candidat de la gauche pour sortir de la crise.
Deux députés socialistes, Jean-Louis Bianco et Arnaud Montebourg, ont été chargés de défendre l’alternative portée par le candidat de la gauche pour sortir de la crise.
A l’approche du deuxième tour des élections présidentielles, les émissaires du candidat socialiste François Hollande se rendent dans les capitales européennes pour préparer le terrain d’une future coopération.
La semaine dernière, des déplacements ont été effectués le même jour dans deux pays-clés de la zone euro. Jeudi 26 avril, Arnaud Montebourg, promu représentant spécial de François Hollande début mars, est allé porter la voix du candidat à Madrid. « Les plans d’austérité de Merkel et Sarkozy » mus par un « intérêt égoïste et non solidaire » sont en train de « ruiner l’Europe », a déclaré le député, dont les propos ont été rapportés par le journal El Pais, à l’occasion d’un débat organisé par l’association des économistes face à la crise.
Espoir fou
Pour le promoteur de la démondialisation, la facture aurait dû être présentée non pas aux travailleurs mais aux marchés. L’instauration d’une taxe sur les transactions financières aurait pu, en un an, assurer selon lui le sauvetage de la Grèce. « Nous allons défendre un programme alternatif qui renforce l’euro », a-t-il ajouté.
Egalement présent, le chef de file des socialistes espagnols, Alfredo Rubalcaba, a résumé en une phrase la portée presque démesurée de l’espoir suscité par François Hollande de l’autre côté des Pyrénées. Sûr que sa victoire pourrait entraîner une rupture de doctrine en Europe, le député espagnol a conclu que « le sort de l’économie espagnole se joue en France ».
Cultivant un intérêt certain pour l’Allemagne, le député socialiste Jean-Louis Bianco s’est quant à lui chargé des relations franco-allemandes à l’occasion d’un débat organisé par un think tank (European council of foreign relations) à Berlin.
Couple franco-allemand moins exclusif
Pour le proche de François Hollande, l’alternance entraînerait une vision moins exclusive des relations entre les deux pays, afin de ne pas laisser sur le bas-côté les autres partenaires européens, qui ont selon lui été trop souvent délaissés ces dernières années.
Dans le contexte de crise, « certaines décisions ont dû être prises très urgemment, et il restait peu de temps pour la coordination avec les autres, mais chaque pays mérite de l’attention et du respect », a souligné le député socialiste.
Sur les sujets les plus brûlants, François Hollande s’efforcera de trouver des compromis viables avec le partenaire allemand, a-t-il ajouté. Les « eurobonds » en font partie. Dans un premier temps, il ne s’agira pas de mutualiser la dette, a nuancé le député, mais de faciliter les emprunts dédiés au financement d’infrastructures.
« Nous savons très bien que cela est difficile pour l’Allemagne. Nous voulons avancer de manière pragmatique avec ce qui est acceptable pour le gouvernement allemand, avec ce que nous pouvons faire ensemble », a insisté Jean-Louis Bianco.
Les eurobonds, dans leur version défendue par François Hollande, correspondent en fait à des « project bonds », ces emprunts obligataires que la Commission européenne a déjà proposés en octobre 2011. Après l’approbation par les autres institutions, l’instrument entrera dans une phase pilote entre 2012 et 2013 et pourrait généralisée à plus grande échelle à partir de 2014 si l’expérience est probante.
Inquiétudes atténuées
Autre enjeu, le pacte budgétaire que François Hollande a promis de renégocier s’il est élu.
Jean-Louis Bianco a réitéré la position du candidat de la gauche. « C’est un fait. M. Hollande ne ratifiera pas ce pacte tant que nous ne disposons pas, dans le même temps, d’un pacte de solidarité et de croissance », a-t-il précisé.
Côté allemand, cette annonce ne semble plus inquiéter personne. Les responsables politiques allemands se disent prêts à compléter le traité, tant que son « cœur » est préservé.
« Nous nous attendons à ce que les pays qui ont revendiqué le pacte budgétaire, le ratifient et le transposent dans leur droit national. C’est un point crucial pour nous. Mais après, nous pouvons négocier les autres questions qu’Hollande a évoquées », a déclaré le député allemand Johann Wadepuhl (CDU) lors du débat avec M. Bianco.
Cette situation apaisée contraste avec les annonces publiques d’Angela Merkel, qui avait exclu toute renégociation du traité la semaine dernière. « L’Allemagne ne décidera pas seule », avait rétorqué François Hollande.
Sanctions
Les Allemands tiennent notamment à préserver le rôle attribué à la Cour de justice dans le traité budgétaire. Cette dernière se prononcera sur la bonne transposition de la règle d’or dans le droit national par les États. Les juges de Luxembourg pourraient infliger des sanctions aux États réfractaires. Or, François Hollande refuse de graver la règle d’or dans le marbre de la constitution, et préfère opter pour une loi de programmation visant le retour à l’équilibre des comptes publics d’ici 2017.