Importations de céréales ukrainiennes : Bruxelles sous le feu des critiques pour son manque de transparence

Alors que la Commission européenne a désamorcé les tensions concernant les exportations de céréales ukrainiennes, les critiques se multiplient sur la façon dont l’exécutif a réagi face aux pays qui ont imposé des interdictions d’importations.

EURACTIV Allemagne
EU Parliament holds plenary session in Strasbourg
Ces critiques interviennent alors que la rumeur selon laquelle le commissaire européen à l’Agriculture, Janusz Wojciechowski, envisage d’occuper un poste politique dans son pays d’origine, la Pologne, circule. [EPA-EFE/JULIEN WARNAND]

Alors que la Commission européenne a désamorcé les tensions entourant les exportations de céréales ukrainiennes, les critiques se multiplient sur la façon dont l’exécutif européen a réagi face aux pays qui ont unilatéralement imposé des interdictions d’importations.

Bruxelles fait face à des critiques après avoir promis à plusieurs États d’Europe de l’Est un paquet d’aide supplémentaire de 100 millions d’euros pour soutenir les agriculteurs qui ont vu leurs marchés inondés par les produits ukrainiens à bas prix.

La Pologne, la Hongrie, la Roumanie, la Bulgarie et la Slovaquie ont pris des mesures pour restreindre, voire cesser, les importations de céréales en provenance d’Ukraine, pays voisin déchiré par la guerre, car ces importations massives ont fait chuter les prix nationaux, provoquant des mouvements de protestation de la part des agriculteurs.

Après la promesse faite par la Commission, fin avril, d’accorder aux agriculteurs de ces pays une nouvelle aide provenant du fonds de crise de la Politique agricole commune (PAC), les pays en question ont accepté de lever leur interdiction sur les importations.

Dans la foulée, quelque 13 ministres de l’Agriculture de l’UE ont envoyé une lettre à la Commission européenne pour critiquer sa gestion de la situation et son approche générale de la question.

Les mesures, que la Commission a adoptées « sans consulter les États membres », « suscitent de vives inquiétudes, car elles conduisent à un traitement différencié au sein même du marché intérieur », peut-on lire dans la lettre, publiée vendredi dernier (12 mai).

Les signataires craignent également que la promesse d’une aide financière ne crée un dangereux précédent. Les mesures « soulèvent des questions sur le traitement futur d’affaires de nature ou d’ampleur comparable ».

En outre, les 13 pays accusent la Commission d’un « manque de transparence » concernant les répercussions potentielles de l’aide agricole accordée à des États membres à titre individuel sur d’autres pays de l’UE. Ils se demandent également si cette aide continuera d’être versée aux pays voisins de l’Ukraine à l’avenir.

Un mauvais signal ?

L’Allemagne fait partie des États membres qui considèrent la réponse de la Commission comme un moyen de récompenser des actions unilatérales et potentiellement illégales, d’autant plus que la politique commerciale relève de la compétence de l’UE et non de celle des États membres.

Dans un discours prononcé vendredi (12 mai), le ministre allemand de l’Agriculture, Cem Özdemir, a appelé la Commission à revenir à un « système fondé sur des règles » lorsqu’elle distribue l’argent du fonds de crise.

En cas de crise exceptionnelle, les États membres peuvent être soutenus par des fonds provenant de la réserve de crise, dans laquelle est stocké un maximum de 450 millions d’euros de fonds de la PAC chaque année.

Bien qu’il ait exprimé sa solidarité avec les agriculteurs concernés, M. Özdemir a déclaré que si « nous prenons la solidarité au sérieux, des critères objectifs seront décisifs ».

En effet, d’autres agriculteurs de l’UE ont de bonnes raisons de réclamer une aide provenant du fonds de crise. C’est le cas, par exemple, des agriculteurs de la péninsule ibérique, qui sont actuellement confrontés à une sécheresse extrême.

Selon le ministre allemand écologiste de l’Agriculture, les problèmes du secteur agricole polonais sont en partie « d’origine nationale ». Le ministre polonais de l’Agriculture, Rafał Romanowski, a par exemple donné de mauvaises recommandations aux agriculteurs sur ce qu’ils devaient acheter et vendre.

Le commissaire Janusz Wojciechowski en campagne ?

Ces critiques interviennent alors que la rumeur selon laquelle le commissaire européen à l’Agriculture, Janusz Wojciechowski, envisage d’occuper un poste politique dans son pays d’origine, la Pologne, circule.

Vendredi (12 mai), lorsqu’on lui a demandé si M. Wojciechowski exerçait toujours ses fonctions de commissaire européen ou s’il s’était déjà lancé dans une campagne électorale, M. Özdemir a déclaré qu’il pouvait comprendre l’intérêt du responsable polonais à s’assurer que l’agriculture rurale ait un avenir dans son propre pays.

« Toutefois, je tiens également à dire que j’attends d’un commissaire qu’il soit d’abord un commissaire européen », a-t-il ajouté.

M. Wojciechowski appartient au parti Droit et Justice (PiS, groupe des Conservateurs et Réformistes européens) au pouvoir en Pologne. De manière répétée, il a récemment fait la promotion de l’aide financière de la Commission en langue polonaise et sur les médias polonais, notamment dans un tweet lundi (15 mai).

À l’échelle nationale, le parti Droit et Justice s’efforce de plus en plus de gagner des électeurs issus du secteur de l’agriculture et des zones rurales.

Beaucoup ont expliqué la décision de la Pologne d’arrêter les importations de céréales en provenance d’Ukraine par cette volonté de séduire les électeurs, même si le pays soutient fortement à d’autres égards l’Ukraine, déchirée par la guerre.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]