Infidèle à l’euro, un village italien attend son prince
Refusant le mariage forcé avec une autre commune, le maire de Filettino a lancé sa propre monnaie et cherche une tête couronnée pour représenter son village.
Refusant le mariage forcé avec une autre commune, le maire de Filettino a lancé sa propre monnaie et cherche une tête couronnée pour représenter son village.
Ils sont moins de 600 habitants, blottis dans le parc montagneux des Apenins, à organiser la résistance pour sauver l’intégrité de Filettino. Avec les coupes budgétaires annoncées mi-août par Silvio Berlusconi entraînant la fusion de nombreuses petites communes, ce village italien risque d’être rattaché à celui de Trevi, distant d’une dizaine de kilomètres.
Il n’en a pas fallu plus pour que le maire, Luca Sellari, lance un plan de bataille cocasse digne d’une Commedia dell’arte.Au cœur du projet de l’édile, l’ambition de transformer Filettino en principauté indépendante. En plein anniversaire de l’unité de l’Italie, le geste ne manque pas de sel.
La République de Saint-Marin, pourtant située dans les terres, bénéficie d’un statut dérogatoire qui semble avoir inspiré le maire du village. Une indépendance qui a ses limites puisque l’euro y est la devise officielle. De son côté, Luca Sellari s’est mis en tête de doter son village d’une nouvelle monnaie, égratignant au passage la légitimité de la monnaie unique qui n’a pourtant pas besoin d’un désaveu supplémentaire.
Le « fiorito » en concurrence avec l’euro
Ainsi est né le « fiorito » (fleuri en français), dont la valeur unitaire est estimée à 50 centimes d’euro. 20 000 coupures de billets ont d’ores été déjà été imprimées et 20 000 autres devraient bientôt suivre.
L’initiative pourrait laisser croire à une vaste farce mais elle est au contraire bien huilée. Un site web officialisant la démarche rebelle de la commune, qui résonne jusque dans les colonnes du New York Times, a été lancé le 29 août. Le prince Emanuele Filiberto de Savoie a même été sollicité pour prendre le trône, mais il a poliment décliné l’invitation. Des avocats accompagnent en revanche le maire dans ses démarches et planchent à ses côtés sur la compatibilité constitutionnelle du projet de sécession.
En cas d’échec, synonyme de mariage forcé avec Trevi, le village de Filettino aura quand même remporté une victoire : des centaines de touristes se déversent dans les rues du village depuis l’avènement du fiorito, achetant au passage les tee-shirts décorés du blason de la principauté encore fictive. Les velléités indépendantistes du village seraient-elles la partie émergée d’un plan de relance économique local ?