Italie : la Commission européenne refuse de commenter la réforme du service public de radiodiffusion

La Commission a refusé de commenter la réforme du radiodiffuseur public Radiotelevisione Italiana (Rai) imposée par le gouvernement Meloni, qui prévoit notamment que les membres du gouvernement ne seront pas soumis à la limitation du temps de parole lors des débats électoraux.

/ EURACTIV
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La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen et la Première ministre italienne Giorgia Meloni.

La Commission européenne a refusé de commenter la réforme du radiodiffuseur public Radiotelevisione Italiana (Rai) imposée par le gouvernement de Giorgia Meloni, qui prévoit notamment que les membres du gouvernement ne seront pas soumis à la limitation du temps de parole lors des débats électoraux, contrairement aux membres d’autres partis politiques.

Dans le cadre de cette réforme, le gouvernement autorisera également la diffusion de messages gouvernementaux sans médiation journalistique sur la chaîne Rai News 24.

Cette réforme pose question, alors que les élections européennes de juin approchent et que la campagne électorale commence à s’intensifier en Italie.

Interrogé par Euractiv sur cette réforme, un porte-parole de l’exécutif de l’UE a répondu : « Nous sommes au courant des délibérations de la commission parlementaire italienne responsable de la supervision de la Rai, sur les règles italiennes de minutage […]. Nous suivons l’évolution de la situation. Nous n’avons pas de commentaire immédiat sur les projets d’amendements à ces règles nationales ».

De manière plus générale, le porte-parole a déclaré que la Commission insiste sur l’importance pour les démocraties d’avoir accès à des médias indépendants, à la pluralité des points de vue et à des sources d’information fiables pour les citoyens. Il a également précisé qu’il était du devoir des autorités nationales d’établir les règles adéquates au niveau national.

Les institutions européennes ont finalisé lors de ce mandat une législation sur la liberté des médias, un ensemble de règles qui permettront d’évaluer les fusions sur le marché des médias qui pourraient avoir un impact significatif sur le pluralisme de ceux-ci et l’indépendance éditoriale.

« En outre, en vertu de cette loi, les fournisseurs de services de médias — par exemple les éditeurs d’actualités destinées au grand public — devront divulguer, entre autres, les noms de leurs propriétaires », a expliqué le porte-parole.

En dépit des critiques, la coalition gouvernementale composée des Frères d’Italie (Conservateurs et Réformistes européens) de la Première ministre Giorgia Meloni, du parti la Lega (Identité et Démocratie) du vice-Premier ministre Matteo Salvini, et de Forza Italia (Parti populaire européen), a décidé d’aller de l’avant avec cette réforme.

Les journalistes de la Rai ont eux aussi publiquement exprimé leur opposition au nouveau cadre régissant la chaîne publique pour laquelle ils travaillent.

Le 13 avril, le syndicat de la Rai, l’USIGRAI, a publié un communiqué de presse dans lequel il expose son point de vue sur la réforme. Ce communiqué a été lu en direct par plusieurs journalistes lors de journaux télévisés du radiodiffuseur public.

« Ce n’est pas notre conception du service public, au centre duquel se trouve le travail des journalistes qui posent des questions (même gênantes), vérifient ce qui est dit, signalent les incohérences. C’est pourquoi nous vous informons que nous sommes prêts à nous mobiliser pour vous garantir une information indépendante, équilibrée et plurielle », a-t-on pu entendre sur plusieurs chaînes ce jour-là.

Le cas d’Antonio Scurati

Parallèlement à cela, l’intervention d’Antonio Scurati, écrivain italien connu pour une trilogie à succès sur le dictateur Benito Mussolini, qui devait avoir lieu samedi dernier (20 avril) sur la Rai, a été déprogrammée.

L’écrivain devait intervenir au programme Chesarà, pour lire un monologue à l’occasion de la commémoration de la libération de l’Italie de l’occupation nazie, le 25 avril. Cependant, la veille, la présentatrice, Serena Bortone, a appris que son intervention avait été annulée et a révélé l’affaire en affirmant ne pas avoir reçu d’« explications plausibles » de la part de la chaîne.

Dans un post Facebook, Giorgia Meloni a affirmé n’avoir « voulu censurer personne » et a laissé entendre que l’annulation résulterait du montant excessif demandé par Antonio Scurati pour son intervention. Cependant, un document interne à la Rai évoque plutôt des « raisons éditoriales ».

M. Scurati a réagi en envoyant son discours à Mme Bortone, qui l’a lu en direct en début d’émission.

Les liens entre médias et politique

Ces dernières années, la situation de la liberté de la presse a été au cœur du débat politique italien, les conflits d’intérêts et les liens entre la politique et les médias faisant partie de l’actualité.

Le premier exemple significatif est celui de l’ex-Premier ministre Silvio Berlusconi, qui était propriétaire de Mediaset, un important groupe de médias italien regroupant plusieurs chaînes nationales, alors qu’il était à la tête du gouvernement.

Un exemple plus récent de ce lien entre médias et politiques est l’acquisition en cours de l’agence de presse italienne AGI par le sénateur d’extrême droite Antonio Angelucci (Lega, ID), qui possède déjà plusieurs médias locaux ainsi que les médias nationaux Il Giornale et Libero.

AGI appartient actuellement au groupe ENI, la plus importante compagnie pétrolière du pays, détenue à 30 % par le ministère de l’Économie et des Finances dirigé par le ministre de la Lega Giancarlo Giorgetti.

Questionnée cette acquisition la semaine dernière, le porte-parole de la Commission a sèchement répondu « nous ne commentons pas les rumeurs ».

Rapport sur l’État de droit

Dans son rapport 2023 sur l’État de droit dans l’UE, la Commission européenne a évalué positivement l’Italie en ce qui concerne le secteur des médias, définissant son cadre juridique comme « robuste et efficace, tandis que l’autorité de régulation des médias est indépendante et dispose de ressources suffisantes ».

L’accès à l’information a été évalué comme étant « assuré », mais des améliorations doivent être apportées au processus de mise en œuvre.

Cependant, en ce qui concerne la protection des journalistes, malgré la mise en place d’un cadre juridique, les journalistes continuent de faire l’objet d’intimidations pouvant prendre différentes formes.

À cet égard, l’un des éléments les plus inquiétants est le nombre croissant de poursuites-bâillons visant les journalistes, pour lesquelles une réforme de la loi sur la diffamation est nécessaire, souligne le rapport.


Simone Cantarini a contribué à la rédaction de cet article depuis Rome.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]