Japon, Vietnam, Royaume-Uni, UE : les accords commerciaux conclus avec les États-Unis
Tour d’horizon des accords commerciaux conclus par Washington dans le cadre de la guerre des droits de douane lancée par Donald Trump depuis son retour à la Maison-Blanche.
Après le Japon et les Philippines mardi 22 juillet, l’Union européenne a conclu à son tour dimanche 27 juillet un accord commercial avec Washington, et ses produits exportés aux États-Unis seront taxés à hauteur de 15 % — deux fois moins que le taux dont Donald Trump avait brandi la menace.
Les taxes prévues par ces accords sont souvent nettement supérieures au niveau plancher de 10 % appliqué depuis avril par les États-Unis à la plupart des pays. Les analystes de Barclays évoquent dans une note « une tendance de droits de douane gravitant autour de 15 %-20 % ».
Ces accords, dont les détails restent souvent encore à négocier, ont aussi été obtenus au prix d’importantes concessions de la part des pays visés et après des discussions compliquées, comme l’UE a pu en faire l’expérience.
Union européenne : 15 %
Les États-Unis et l’UE ont annoncé dimanche soir un accord, à l’issue d’une ultime réunion de négociation en Écosse entre le président américain et la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen.
Les produits européens seront taxés à 15 %, au lieu des 30 % dont Donald Trump menaçait l’UE d’ici au 1er août si aucune entente n’avait été trouvée.
En contrepartie, l’UE s’est engagée à 750 milliards de dollars d’achats d’énergie et à 600 milliards d’investissements supplémentaires aux États-Unis, a indiqué le président américain.
L’UE va acheter aux États-Unis des quantités « significatives » d’hydrocarbures pour remplacer ceux de la Russie, a dit Ursula von der Leyen, saluant « un bon accord qui apportera de la stabilité et de la prévisibilité » des deux côtés de l’Atlantique.
Les États-Unis et l’UE vont aussi supprimer leurs droits de douane pour certains « produits stratégiques » dont les équipements aéronautiques, « certains produits chimiques », ainsi que « certains produits agricoles et des matières premières critiques », a indiqué la présidente de la Commission européenne, sans détailler davantage dans l’immédiat.
Les Européens espéraient notamment pouvoir arracher un traitement plus favorable pour les vins et spiritueux.
Donald Trump a en tout cas indiqué dimanche que le secteur pharmaceutique ne bénéficierait pas d’un traitement particulier, médicaments et produits médicaux étant exportés en masse aux États-Unis.
Japon : 15 %
Selon l’accord annoncé mardi par Donald Trump, les produits japonais importés aux États-Unis seront surtaxés à 15 %, bien en deçà de la surtaxe de 25 % dont l’archipel était menacé.
Tokyo a en particulier obtenu des droits de douane totaux de 15 % pour son crucial secteur automobile, qui représentait l’an dernier presque 30 % des exportations du Japon vers les États-Unis et est actuellement soumis à une surtaxe de 25 %.
« Avant l’arrivée de Trump à la présidence, les droits de douane étaient de l’ordre de quelques pour cent », rappelle cependant Stefan Angrick, économiste de Moody’s Analytics. « À 15 %, on est largement au-dessus des attentes. »
Les surtaxes de 50 % sur les exportations japonaises d’acier et d’aluminium continuent de s’appliquer.
L’accord a comme contrepartie des investissements japonais à hauteur de « 550 milliards de dollars » sur le sol américain, et « 90 % des bénéfices générés resteront aux États-Unis », selon un mémo diffusé par la Maison-Blanche.
Le Japon achètera également pour 8 milliards de dollars de produits américains (maïs, soja, engrais, bioéthanol…), ajoute ce document sans livrer de calendrier. Et les deux pays « étudient un nouvel accord d’achat de gaz naturel liquéfié (GNL) d’Alaska », souligne-t-il.
Tokyo s’est engagé à acheter des avions américains, « notamment 100 Boeing », à muscler ses achats à l’industrie de défense américaine, et « à lever des restrictions de longue date » qui entraveraient selon Washington l’accès des automobiles américaines au marché japonais, indique ce mémo.
La Maison-Blanche assure que l’archipel « augmentera immédiatement de 75 % ses importations de riz américain ».
Le sujet est sensible pour Tokyo. « Rien n’impose des sacrifices à nos agriculteurs », a affirmé mercredi le Premier ministre Shigeru Ishiba.
Alors que le Japon importe actuellement jusqu’à 770 000 tonnes de riz exemptées de droits de douane (de tous pays confondus), ce plafond sera maintenu mais l’archipel importera davantage de céréales américaines au détriment d’autres origines, a-t-il expliqué.
Philippines : 19 %
Selon l’accord également annoncé mardi, les Philippines ont obtenu une petite réduction des droits de douane qui s’appliqueront sur leurs produits à l’entrée aux États-Unis.
Ils ont été fixés à 19 %, contre 20 % annoncés début juillet.
Royaume-Uni : 10 % en moyenne
En mai, Londres et Washington avaient conclu un accord prévoyant la réduction de 27,5 % à 10 % des droits de douane sur les voitures (dans la limite de 100 000 véhicules par an) ainsi qu’une exemption des droits pour le secteur aérospatial, comme les moteurs d’avion du britannique Rolls Royce.
Londres négocie toujours des exemptions pour l’acier et l’aluminium, prévues dans l’accord annoncé en mai, contre 25 % actuellement.
En contrepartie, le Royaume-Uni a accepté d’ouvrir davantage son marché à l’éthanol ou au bœuf américains, suscitant des inquiétudes dans le pays.
Le reste des importations de produits manufacturés britanniques est toujours soumis aux droits planchers de 10 %.
Vietnam : 20 %
Le Vietnam s’est entendu début juillet avec les États-Unis, son principal marché d’exportation pour notamment le textile et les chaussures, sur une surtaxe de 20 %, et non 46 % comme initialement programmé par l’administration Trump.
L’accord prévoit cependant de doubler le taux à 40 % pour les produits conçus ailleurs et qui ne font que transiter par le Vietnam par des méthodes dites de transbordement. Mais aucun détail n’a été donné sur ce qui définirait de tels produits (proportion de composants étrangers, par exemple), attisant les spéculations.
L’accord prévoit une taxation nulle pour les produits américains exportés vers le Vietnam.
Indonésie : 19 %
L’accord-cadre prévoit des droits de douane de 19 % sur les produits indonésiens, loin de la menace de 32 % un temps évoquée.
D’après Washington, Jakarta a accepté en échange de dispenser la quasi-totalité des produits américains de droits de douane et de reconnaître les normes américaines pour un certain nombre d’entre eux (automobile, produits pharmaceutiques…)
L’Indonésie devrait également reculer sur la mise en place d’une taxation de l’économie numérique, prévue jusqu’ici, et s’est engagée à lever les restrictions existantes concernant les exportations des minerais critiques.
L’archipel avait fait un premier pas vers Washington le 8 juillet, en s’engageant à importer davantage de produits agricoles et de pétrole américains.