José Bové tire à vue sur la réforme de la PAC
Le député européen d’Europe Ecologie Les Verts accuse les grands partis de bloquer toute réforme en profondeur de la future politique agricole commune, préférant des arrangements "en coulisses" à un débat transparent.
Le député européen d’Europe Ecologie Les Verts accuse les grands partis de bloquer toute réforme en profondeur de la future politique agricole commune, préférant des arrangements « en coulisses » à un débat transparent.
Les élus membres de la commission Agriculture du Parlement européen travaillent actuellement d’arrache-pied sur la réforme de la politique agricole commune (PAC). Plus de 7000 amendements sont à examiner d’ici décembre par les députés avant d’arrêter une position claire face à celle des États et de la Commission. Pour la première fois de son histoire, la chambre élue aura son mot à dire.
Catastrophe
Mardi 14 septembre, le groupe des Verts a organisé une conférence de presse pour présenter sa vision de la réforme et quelques mesures concrètes phares. José Bové, vice-président de la commission Agriculture, n’y est pas allé avec de main morte.
Il a fustigé l’attitude des deux grands groupes politiques, à savoir le Parti populaire européen (conservateurs, UMP) et les sociaux-démocrates (socialistes, PS) qui « veulent confisquer le débat pour que rien ne change ». Pour l’élu, la plupart des amendements déposés ne sont que « l’écho de ce qui se passe au Conseil » avec des députés qui défendent des positions en raison « de leur origine géographique ».
Résultat? « La façon dont la discussion a été lancée est une catastrophe », a lancé l’ancien militant syndical, regrettant l’absence de vision. José Bové considère que seul le rapport du député UMP Michel Dantin sur les organisations communes de marchés propose une réelle alternative. Pour le reste, « chaque sujet est conflictuel ».
Même le président
Le président de la commission Agriculture n’a pas été épargné. « Je crains que ceux qui mènent la discussion, y compris Paolo de Castro, ne veulent pas assumer un débat en plénière », a asséné le député européen. Il craint aussi que des discussions avec le Conseil soient organisées de façon informelle en vue de trouver un compromis, avant même le vote en session plénière de la position du Parlement.
Cette attaque en règle a quelque peu étonnée ses homologues des autres groupes politiques. Le socialiste Eric Andrieu s’est dit « surpris » alors que « nous en sommes encore qu’au balbutiement des travaux » et que les discussions entre députés vont nombreuses.
Lignes de convergence
Sur le fond, José Bové a par ailleurs proposé de supprimer les aides à l’exportation et de plafonner les aides agricoles à 100 000 euros par exploitation, alors que la Commission propose 300 000. « Sur ce point, il pose une vraie question », estime M. Andrieu. « Pour ma part, j’ai déposé un amendement demandant 200 000, mais le sujet n’a pas encore été abordé en groupe de travail ».
Pour l’UMP Michel Dantin, le groupe des Verts cherche avant tout à se positionner dès maintenant. « Que des lignes de convergence existent entre les deux grands partis et que les Verts ne s’y reconnaissent pas, c’est tout à fait possible », reconnaît l’élu. « Mais faire pression en cherchant des alliés à l’extérieur ne sert pas à grand chose. Je les invite plutôt à négocier à l’intérieur de la commission Agriculture ». Connaisseur des dossiers agricoles, M. Dantin estime que demander un plafonnement à 100 000 euros n’est pas possible en l’état, alors que les pressions pour le supprimer de la réforme sont encore nombreuses.
« Il est aussi vrai que les ministres travaillent de près avec les députés », souligne l’élu UMP qui a remarqué que des élus de la même nationalité mais de couleurs politiques différentes ont déposé des amendements identiques. « On peut le regretter mais cela montre aussi que les gouvernements ont découvert le poids du Parlement européen ».