L'absence de majorité claire en Allemagne renforce le climat d'incertitude au sein de l'UE [FR]

La formation d'une "grande coalition", résultat le plus probable des élections allemandes du 18 septembre, placerait le pays dans une situation de grande instabilité politique. Un tel scénario aurait des conséquences importantes au niveau européen, notamment pour plusieurs dossiers clés du moment (REACH, candidature turque, etc.).

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La formation d’une « grande coalition », résultat le plus probable des élections allemandes du 18 septembre, placerait le pays dans une situation de grande instabilité politique. Un tel scénario aurait des conséquences importantes au niveau européen, notamment pour plusieurs dossiers clés du moment (REACH, candidature turque, etc.).

Poids de l’Allemagne au sein de l’UE

Au cours des prochaines semaines, les responsables politiques allemands devraient essentiellement se consacrer aux tractations menées en vue de la formation d’une nouvelle majorité gouvernementale, délaissant quelque peu les dossiers européens. Cet effacement relatif de l’Allemagne sur la scène européenne pourrait se prolonger en cas de formation d’une « grande coalition » SPD – CDU, qui aurait les pires difficultés à trouver une position commune sur plusieurs dossiers sensibles (relations UE – Turquie, politiques environnementales, etc.).

Stratégie de Lisbonne

En accordant la majorité des voix aux différentes formations de gauche (parmi lesquelles le parti d’extrême-gauche d’Oskar Lafontaine), les électeurs allemands ont clairement rejeté le programme néo-libéral porté par les conservateurs de la CDU/CSU et leurs alliés du FDP. Il semble aujourd’hui hautement improbable que le pays aille plus avant dans le sens d’une réforme de son marché du travail et de son système de protection sociale, décevant ainsi tous ceux qui – à Bruxelles ou dans les capitales nationales – espéraient voir l’Allemagne prendre la tête d’un vaste mouvement de relance de la stratégie de Lisbonne.     

Dans le cadre d’une « grande coalition », la CDU se verrait contrainte de prendre en compte les exigences de ses partenaires sociaux-démocrates, et de renoncer ainsi largement à son réformisme radical. Les désaccords entre les deux formations pourraient même aboutir à une paralysie complète de l’action gouvernementale – hypothèse redoutée par le patronat, qui estime que l’Allemagne n’a plus de temps à perdre pour combler les handicaps structurels qui plombent sa compétitivité au niveau international.  

Une coalition « noire-verte-jaune », formée de la CDU/CSU, des libéraux du FDP et des Verts, serait plus cohérente en matière de politique économique : comme le souligne Jannis Emmaouilidis, chercheur au Centre de recherche politique appliquée (CAP), « sur les questions économiques, les programmes de ces trois partis se recoupent fortement ». « Au cours des dernières années, les Verts se sont certainement montrés plus ouverts aux réformes que certaines composantes du SPD », ajoute M. Emmaouilidis.

Sur le dossier REACH, l’industrie chimique européenne comptait sur l’arrivée aux affaires d’un gouvernement CDU (largement acquis à ses vues) pour faire prévaloir sa position au sein du Conseil. Le résultat des élections de dimanche rend caduc un tel scénario, et ouvre la voie à l’adoption par les Etats membres de la proposition de compromis récemment présentée par la présidence britannique.

Elargissement

L’échec relatif de la CDU/CSU dégage singulièrement l’horizon de la candidature turque à l’adhésion à l’UE. En position de faiblesse, les chrétiens-démocrates pourront difficilement faire pencher la balance, au niveau du Conseil, en faveur de la solution d’un « parteneriat privilégié » avec Ankara.

Politique européenne de l’Allemagne

L’ensemble des partis politiques du pays étant attachés au projet d’intégration européenne, le nouveau gouvernement allemand – quelle que soit sa composition – continuera à suivre la voie pro-européenne empruntée par ses prédécesseurs. « En matière de politique européenne, l’émergence d’une grande coalition ne marquerait pas de réelle différence. Elle aboutirait sans doute à la création d’un ministère des affaires européennes – signe positif certes, mais qui pourrait aussi être perçu comme un risque que ce domaine soit séparé des autres dossiers politiques », analyse Bernd Hüttenmann, membre de la branche allemande du Mouvement européen.