L’Allemagne choisit un gouvernement de centre-droit [FR]
Un coup historique a été porté aux socialistes allemands hier alors que le pays a choisi les libéraux pour former une coalition gouvernementale avec les chrétiens-démocrates sortants (CDU), dont la dirigeante Angela Merkel a décroché un second mandat en tant que chancelière. Un reportage d’EURACTIV Allemagne.
Un coup historique a été porté aux socialistes allemands hier alors que le pays a choisi les libéraux pour former une coalition gouvernementale avec les chrétiens-démocrates sortants (CDU), dont la dirigeante Angela Merkel a décroché un second mandat en tant que chancelière. Un reportage d’EURACTIV Allemagne.
Ce résultat décevant a provoqué la consternation au quartier général socialiste (SPD) à la Maison Willy Brandt. Le parti n’était pas préparé à une telle défaite, le pire résultat qu’il ait obtenu depuis la guerre – aux alentours de 23 %.
Le CDU, au centre droit, s’est assuré une majorité confortable avec 33,5 % des voix et le FPD libéral a colleté 14,5 % des voix, le meilleur score qu’il n’ait jamais réalisé au niveau national.
Le parti de gauche Die Linke a reçu 13 % des voix, les Verts 10 % – faisant tous deux leurs meilleurs scores au niveau national.
Un faible taux de participation
Le taux de participation aux alentours de 71,2 % constitue le plus faible taux jamais enregistré depuis l’établissement de la république fédérale, battant sans équivoque le précédent record de 77,7 % en 2005.
La Maison Willy Brandt est désormais le théâtre de débats sur la modernisation du parti. Le SPD était au gouvernement depuis onze ans. Le parti va devoir aujourd’hui se renouveler en tant que parti d’opposition.
Le candidat du SPD pour la chancellerie, Frank-Walter Steinmeier, avait fixé pour le vote d’hier un modeste objectif de 25 %.
M. Steinmeier a parlé hier d’une défaite amère et il a déclaré que son parti ne pourrait pas faire comme si rien ne s’était passé. Le SPD va maintenant devenir un parti d’opposition qui surveillera si le nouveau gouvernement est taillé pour ses responsabilités, ce dont il doute. Le SPD ne permettra pas un retour aux années 1990 avec une coalition noire-jaune (CDU/CSU/FDP).
Une fois le choc de la défaite dissipé, les membres du parti n’ont plus laissé M. Steinmeier s’exprimer. Des applaudissements frénétiques ont rempli la salle, comme si le parti essayait de se consoler lui-même.
M. Steinmeier va dorénavant conduire le groupe d’opposition du SPD au Bundestag, la chambre basse du Parlement.
Le SPD a perdu des voix en faveur de Die Linke et des Verts mais aussi en raison du nombre croissant d’abstentionnistes. Le fait que le SPD ait perdu le plus grande proportion de ses voix chez les jeunes devrait servir à tirer la sonnette d’alarme.
La chancelière Angela Merkel, dirigeante de la CDU, s’est exprimée une heure après la fermeture des bureaux de vote. Il n’y avait alors aucune indication de la perte par la CDU d’un nombre important d’électeurs, et le parti s’en est encore une fois remis à la chancelière gagnante et a réussi à remplir son second objectif : former un gouvernement de coalition avec le FDP.
Des politiques divergentes dans la nouvelle coalition
Il existe toutefois des différences politiques importantes entre les Chrétiens démocrates (CDU) de Mme Merkel, le parti jumeau bavarois de l’Union sociale chrétienne (CSU), et le FDP. Ces différences devront être débattues afin de parvenir à un accord de coalition.
Le FDP ne devrait pas s’opposer à une régulation financière plus sévère, mais il devrait temporiser toutes nouvelles mesures plutôt que les soutenir. Il souhaiterait que l’Etat se retire le plus vite possible du secteur bancaire en crise.
Le FDP aimerait réduire les impôts de 35 milliards d’euros – un objectif bien plus important que la CDU. Mais au regard du déficit budgétaire de l’Allemagne, il y a peu de chance qu’une telle baisse ne soit mise en œuvre. La CSU a rejeté toute réduction des prestations de sécurité sociale pour financer ces baisses d’impôts.
Le FDP s’oppose fortement aux projets de la CDU/CSU de déployer l’armée allemande afin de soutenir la police en tant que force de sécurité intérieure. Il a également rejeté un certain nombre de mesures sécuritaires prises par la grande coalition des conservateurs de Mme Merkel et du SPD socialiste ces quatre dernières années, allant jusqu’à porter ses désaccords devant la plus haute juridiction allemande. Le FDP s’oppose avec force à l’enregistrement des activités des individus sur leurs ordinateurs personnels.
Mme Merkel a d’ores et déjà exclu de mettre en place les projets du FDP visant à faciliter le licenciement des employés. Le FDP souhaiterait également remplacer le Bureau fédéral du travail par un modèle à trois étages : centres d’emploi régionaux, bureaux d’allocations et une agence centrale d’emploi. Le FDP veut complètement réviser les soins de santé statutaires, en introduisant des contributions de santés forfaitaires à la place des paiements d’assurance basées sur le revenu.
Les futurs partenaires ont également des visions différentes quant à l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne. La CDU s’y oppose par principe, tandis que le FDP explique que pour l’instant, la Turquie n’a pas encore rempli les exigences pour adhérer.
La CDU/CSU souhaite la continuation du service militaire, tandis que le FDP aimerait voir la création d’une armée de professionnels.
Sur la question du désarmement, le FDP souhaite disparaître du sol allemand toutes les armes nucléaires américaines qui y sont encore.
(EURACTIV avec Reuters. Article traduit de l’anglais par EURACTIV).