L’EFSA ouvre la voie à une réglementation des perturbateurs endocriniens dans l’alimentation
L’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) a approuvé la définition de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) sur les perturbateurs endocriniens, ce qui permet à la Commission européenne de réglementer ces substances chimiques dans l’alimentation. L’industrie des pesticides a réagi avec colère et a affirmé que le processus scientifique avait été « bâclé afin de respecter les échéances politiques ».
L’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) a approuvé la définition de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) sur les perturbateurs endocriniens, ce qui permet à la Commission européenne de réglementer ces substances chimiques dans l’alimentation. L’industrie des pesticides a réagi avec colère et a affirmé que le processus scientifique avait été « bâclé afin de respecter les échéances politiques ».
Dans son avis publié mercredi (20 mars), le comité scientifique de l'EFSA a souligné que toutes les substances actives sur le système endocrinien n'étaient pas nécessairement des perturbateurs endocriniens et qu'une distinction entre les deux était nécessaire.
Le comité a indiqué que les substances actives sur le système endocrinien étaient essentiellement inoffensives. Ces substances « peuvent interagir directement ou indirectement avec le système endocrinien, présenter en conséquence un effet nocif sur le système endocrinien et cibler des organes et des tissus ».
En revanche, un perturbateur endocrinien est « une substance ou un mélange exogène altérant les fonctions du système endocrinien et induisant donc des effets nocifs sur la santé d'un organisme intact, de ses descendants ou (sous-)populations ».
L'avis de l'EFSA survient après que la Commission européenne a demandé en 2012 à son agence basée à Parme de définir les critères scientifiques des perturbateurs endocriniens afin d'éventuellement réglementer ces substances à l'avenir.
« L’Autorité a examiné les tests actuellement disponibles afin d'aider les gestionnaires des risques à définir ce qui peut constituer ou pas un perturbateur endocrinien, en utilisant des critères scientifiquement fondés. Notre avis souligne également la nécessité de développer davantage de stratégies expérimentales afin de tester ces substances de façon systématique et transparente », a déclaré Hubert Deluyker, directeur de la stratégie et de la coordination scientifiques à l'EFSA.
Critiques sur l'avis de l'EFSA
L'industrie des pesticides a réagi violemment et a déclaré que le processus d'examen scientifique avait été « bâclé afin de respecter les échéances politiques » et « ignorait les principes scientifiques établis ».
« L'ECPA apprécie la contribution scientifique de l'EFSA, mais estime que cette dernière arrive malheureusement tard alors que les critères pour les perturbateurs endocriniens ne sont pas du tout finalisés », a déclaré Friedhelm Schmider, le directeur général de l'Association européenne de protection des cultures (ECPA).
« La perturbation endocrinienne est une question scientifique complexe et les commissions scientifiques de la Commission auraient pu apporter une contribution inestimable en présentant un avis d'expert clair pour les organismes de surveillance et les responsables politiques européens. »
Selon l'ECPA, la révision scientifique s’est fondée sur des risques perçus et non réels.
« Un avis scientifique fiable et indépendant est important afin de garantir que la réglementation européenne s'attaque aux inquiétudes confirmées et non aux craintes. Un retour plus large à une évaluation des risques et non des dangers contribuerait de manière significative à cet objectif », a déclaré l'ECPA dans un communiqué.
L'Europe risque par conséquent de priver les agriculteurs européens de « produits phytopharmaceutiques essentiels et innovants qu'ils utilisent sans problème aujourd'hui. »
« Effets cocktail »
Des défenseurs de l'environnement ont également critiqué l'EFSA pour différentes raisons.
Le Pesticide Action Network Europe (PAN Europe) a indiqué que l'EFSA avait ignoré les « effets cocktail » et a souligné que la combinaison de plusieurs produits chimiques inoffensifs dans le corps humain pouvait nuire au système endocrinien.
PAN Europe affirme que l'EFSA n'a pas pris en compte les nombreux mélanges de pesticides présents dans la nourriture vendue en Europe et a supposé à tort que les personnes étaient exposées à un seul pesticide au cours de leur vie.
En réalité, les consommateurs européens mangeront des dizaines de pesticides différents quotidiennement, selon PAN Europe.
« L'évaluation des risques fondée sur un seul pesticide n'est ni sensée ni scientifique. L'avis de l'EFSA devrait donc être laissé de côté, car il crée un faux sentiment de sécurité », peut-on lire dans le communiqué de PAN Europe.
Lors d'une conférence de presse, EURACTIV a demandé à Tony Hardy, le président du comité scientifique de l'EFSA, à quel point l'autorité avait analysé l'effet cocktail des produits chimiques. Il a répondu que la question des mélanges était très importante.
« C'est un sujet que l'EFSA étudie de près en ce moment. Nous envisageons des façons d'évaluer les mélanges de produits chimiques et de pesticides, le domaine le plus urgent, car la législation requiert une évaluation cumulative des pesticides dans des groupes similaires. Des travaux sont en cours et j'imagine qu'ils seront publiés plus tard cette année », a souligné M. Hardy.
Méthodes d'analyse
Les experts de l'EFSA ont également conclu que les tests qui sont disponibles, ou qui le seront bientôt, et qui font l’objet d’un accord au niveau international permettent d’identifier chez les mammifères et les poissons l’action de certaines substances chimiques, connues pour être sensibles aux perturbations endocriniennes.
Cette action peut se produire sur quatre voies endocriniennes importantes : oestrogène, androgène, thyroïde et stéroïdogénèse.
Dans sa recommandation destinée aux décideurs politiques, le comité scientifique conclut qu'une « approche d'évaluation des risques qui tienne compte à la fois des effets nocifs potentiels des substances actives sur le système endocrinien et de la probabilité d’exposition à ces substances exploiterait au mieux les informations disponibles afin de réglementer leur utilisation ».
Selon Hubert Deluyker, l'EFSA est consciente du fait que des organisations à l'échelle nationale, européenne et internationale ont effectué des révisions scientifiques sur les éventuels effets sur la santé des substances actives sur le système endocrinien.
« L'avis de l'EFSA vient compléter ces travaux », a-t-il ajouté.
Tony Hardy a déclaré que la révision des méthodes d'analyse actuelles avait constitué une partie importante des travaux de l'EFSA et contribue aux discussions menées au niveau de l’UE et au niveau international dans ce domaine.
« Cependant, un test unique n'est pas suffisant pour décider si une substance est un perturbateur endocrinien ; plusieurs tests doivent être effectués et être ensuite évalués dans leur ensemble par des experts dans le cadre d’une approche fondée sur le poids de la preuve », a-t-il ajouté.