L'Espagne dans la ligne de mire de Moody's

L'agence de notation Moody's a annoncé aujourd'hui (29 juillet) qu'elle pourrait dégrader la note de l'Espagne. Cette nouvelle amplifie encore les craintes que le sauvetage de la Grèce n'ait eu que peu d'effet s'agissant d'empêcher une propagation de la crise de la dette en Europe.

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L'agence de notation Moody's a annoncé aujourd'hui (29 juillet) qu'elle pourrait dégrader la note de l'Espagne. Cette nouvelle amplifie encore les craintes que le sauvetage de la Grèce n'ait eu que peu d'effet s'agissant d'empêcher une propagation de la crise de la dette en Europe.

L'euro a chuté et les Bund allemands se sont envolés après que Moody's a déclaré envisager de dégrader la note Aa2 des obligations d'Etat espagnoles. Pour justifier cette décision, l'agence de notation a mentionné des craintes quant à la croissance du pays et a affirmé que les coûts de financement resteraient élevés suite à l'accord conclu par les dirigeants de la zone euro sur la Grèce la semaine dernière.

L'Espagne reste bien notée par rapport à la Grèce, au Portugal et à l'Irlande, les trois pays qui ont dû demander un renflouement jusqu'à présent.

Toutefois, même si Moody's a affirmé que la dégradation éventuelle de l'Espagne se limiterait à un cran, elle a déclaré que le sauvetage de la Grèce avait marqué un tournant dans les risques encourus par les détenteurs d'obligations dans la zone euro.

« L'agence de notation […] remarque que les défis demeurent s'agissant de l'équilibre budgétaire à long terme, à cause de la faible croissance économique de l'Espagne et d'un dérapage budgétaire au sein de certains secteurs de ses collectivités régionales et locales », a déclaré l'agence.

Sa note actuelle pour l'Espagne correspond à la note AA de S&P's, alors que Fitch évalue le pays un cran plus haut, à AA+.

Les investisseurs internationaux craignent que la quatrième plus grande économie de la zone euro, paralysée par une croissance anémique et un taux de chômage élevé, ne parvienne pas à remettre son budget sur les rails et doive donc avoir recours à un renflouement. Ces craintes ont fait grimper les rendements obligataires à leur plus haut niveau en plus de dix ans.

L'euro a chuté de plus de 0,4 point de pourcentage par rapport au dollar suite à l'annonce de Moody's, atteignant ce matin 1,4281 dollar. Les obligations d'Etat allemandes à 10 ans ont grimpé de plus d'un demi point alors que l'on prévoyait des rendements obligataires plus élevés pour l'Espagne.

« Le déclencheur a été que l'accord (sur la Grèce) de la semaine dernière n'a pas réellement redonné confiance aux investisseurs dans la zone euro, donc l'Espagne est toujours dans la ligne de mire et ses coûts augmentent », a expliqué Giada Giani, analyste chez Citi.

Le plan de sauvetage de la Grèce a établi un précédent pour la participation du secteur privé dans les futures restructurations de la dette souveraine dans la zone euro, a déclaré Moody's. Mais l’agence a intensifié les craintes sur les marchés de ces derniers jours quant à l'incertitude du moment où le fonds de sauvetage de la zone euro serait mis en place pour intervenir avec plus de poids dans la crise.

« Ce programme n'a pas apaisé les craintes du marché sur la situation des dettes souveraines car premièrement, il établit un précédent pour la participation du secteur privé dans les futures restructurations de la dette souveraine dans la zone euro, et deuxièmement, bien qu'un élargissement des compétences ait été proposé pour le FESF, nous ne savons pas encore quand ces compétences seront effectives », a déclaré l'agence.

Moody's envisage également de dégrader la note Aa2 du fonds de restructuration bancaire, le FROB, dans la mesure où sa dette est garantie en totalité par l'Etat espagnol.

L'agence de notation a aussi abaissé la note de six régions du pays.

Le gouvernement espagnol a défini un objectif de déficit d'1,3 % du PIB pour ses 17 régions cette année et l'année prochaine, mais certains nouveaux gouverneurs affirment qu'il s'agit d'un objectif impossible à atteindre à cause de la mauvaise gestion budgétaire des dirigeants précédents.

EURACTIV avec Reuters – Article traduit de l'anglais par Amandine Gillet