L’Estonie adopte l’euro en douceur

Depuis le 1er janvier, cet État balte est entré dans la zone euro. Il devient à la fois le pays le plus vertueux et le plus pauvre de la monnaie unique.

EURACTIV.fr

Depuis le 1er janvier, cet État balte est entré dans la zone euro. Il devient à la fois le pays le plus vertueux et le plus pauvre de la monnaie unique.

En pleine tempête, l’Estonie a intégré la zone euro, le 1er janvier. Le pays devient le premier État balte et la première ex-république soviétique à être admise dans ce bloc monétaire.

Le 2 janvier au soir, 26% des paiements s’effectuaient en euros, et 90% de la monnaie était rendue dans la monnaie unique. Des chiffres très positifs, selon la Commission européenne, pour qui « le passage à l’euro de l’Estonie s’est bien passé ».

Son adhésion à ce club comptant désormais 17 membres est un acte de foi et couronne vingt ans d’intégration au sein de l’Occident, après une annexion douloureuse et une longue domination de son voisin soviétique, puis russe.

Le Premier ministre Andrus Ansip a été l’un des premiers Estoniens à retirer des euros à un distributeur mis en place pour l’occasion. « C’est un petit pas pour la zone euro, mais un grand pas pour l’Estonie », a-t-il dit, une poignée de billets à la main. « Nous sommes fiers de devenir un État membre de la zone euro », a-t-il ajouté.

Le commissaire européen aux Affaires économiques et monétaires, Olli Rehn, et les Premiers ministres letton et lituanien avaient fait le voyage de Tallinn pour célébrer l’événement .

La Lituanie et la Lettonie en 2014 ?

Quelques heures plus tard, la banque centrale d’Estonie, dont le patron siègera désormais au Conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne (BCE), a confirmé que le changement de devise s’était opéré sans heurt .

« Les euros sont parvenus à temps dans les distributeurs automatiques de billets et chez les commerçants d’une part; de l’autre, d’importantes quantités de couronnes estoniennes ont commencé à être échangées », a indiqué le n°2 de la banque centrale, Rein Minka.

Les deux autres États baltes espèrent imiter leur voisin en 2014 et ainsi renforcer leur indépendance par rapport à Moscou. Les grands pays de l’ancien bloc communiste, à commencer par la Pologne, la Hongrie et la République tchèque, considèrent pour leur part que leurs économies sont plus à l’abri en dehors de la zone euro qu’en dedans.

3,9% de croissance

Avec sa prévision pour 2010 d’un déficit public équivalant à 1,3% du produit intérieur brut (PIB) et une dette de 7,2% du PIB en 2009, l’Estonie est le meilleur élève de la zone euro en ce qui concerne la rigueur budgétaire.

Elle devient aussi le pays le plus pauvre – en PIB par habitant – même si la croissance est revenue après la forte récession due à la crise. La banque centrale prévoit une croissance de 3,9% en 2011.

La zone euro ne sera pas profondément modifiée : le PIB de l’Estonie représente 0,2% de l’ensemble.

Année noire

L’Estonie, dont le PIB s’est contracté de 14% en 2009 du fait de la crise, espère que le passage à l’euro marquera la fin de ses difficultés économiques. Tallinn attend notamment les investisseurs internationaux, qui n’ont désormais plus à craindre de dévaluation, et escompte que l’adoption de la monnaie unique sécurisera les crédits des 1,3 million d’Estoniens.

Mais l’entrée dans l’euro au terme d’une année noire pour la monnaie unique européenne n’est pas du goût de tous les Estoniens. Et les « anti-euros », s’appuyant sur les déboires de la Grèce au printemps puis de l’Irlande cet automne, estiment qu’adopter aujourd’hui la devise européenne revient à « acheter le dernier billet à bord du Titanic ».

Paul Krugman, lauréat du prix Nobel d’économie, juge lui que l’adhésion à l’euro couronne la mutation de l’Estonie et son émancipation de l’aire soviétique, mais en souligne le coût pour son économie.

« Félicitations à l’Estonie, mais condoléances aussi, écrit-il sur son blog. Ce n’est pas vraiment l’adhésion éclatante à l’euro qu’on vous avait promis. »

POSITIONS

Lors de ses vœux aux Français, le président français Nicolas Sarkozy a affirmé que la France n’avait pas intérêt à quitter la zone euro. «Ne croyez pas, mes chers compatriotes ceux qui proposent que nous sortions de l’euro. L’isolement de la France serait une folie. La fin de l’euro serait la fin de l’Europe», a-t-il affirmé. 

«Je m’opposerai de toutes mes forces à ce retour en arrière qui ferait fi de 60 ans de construction européenne qui ont apporté la paix et la fraternité sur notre continent», a-t-il ajouté. 

«Nous devons renforcer l’euro», a affirmé de son côté la chancelière allemande, Angela Merkel, dans son message à ses compatriotes pour la nouvelle année. «L’euro est la base de notre prospérité. L’Allemagne a besoin de l’Europe. (…) Nous, Allemands, assumons notre responsabilité, même si c’est parfois très dur. »

Le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, a félicité l’Estonie pour son entrée dans la zon euro. «L’Euro est là pour améliorer la vue de tous les jours. Il permet aux Estoniens de voyager plus facilement et moins cher dans toute la zone euro», a-t-il affirmé.

Le commissaire en charge des Affaires économiques et monétaires, Olli Rehn, a affirmé : «Je suis très heureux d’accueillir l’Estonie dans la zone euro. La monnaie unique donnera un réseau stable à l’économie estonienne.» Il a ajouté que l’euro permettrait de créer les conditions d’une prospérité économique pour le pays.