L’Europe mise en garde contre « l’Obamania » [FR]

Les décideurs et analystes ont commencé à mettre en garde les Européens contre des attentes excessives quant à la capacité de Barack Obama à tenir ses engagements par rapport à son agenda de réformes, du moins sur le court terme.  

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Les décideurs et analystes ont commencé à mettre en garde les Européens contre des attentes excessives quant à la capacité de Barack Obama à tenir ses engagements par rapport à son agenda de réformes, du moins sur le court terme.  

M. Obama peut être vu comme le nouveau Messie, mais des initiatives efficaces pour répondre à la crise financière et aux besoins liés au changement climatique et pour soutenir le multilatéralisme doivent être appuyées par l’Europe par le biais d’aide matérielle, et pas seulement avec des paroles en l’air, a mis en garde Mark Leonard, directeur du European Council on Foreign Relations (ECFR).

Dans une déclaration, ce think tank basé au Royaume-Uni a appelé les dirigeants européens à développer leurs propres positions par rapport aux réponses à la crise financières et aux questions en matière de politique étrangère.  

Les défis sont nombreux, notamment : venir au secours de la mission de l’OTAN en Afghanistan, trouver une solution à l’instabilité au Pakistan, répondre à l’animosité de la Russie et gérer les questions liées à l’émergence de la Chine, au terrorisme international, à la propagation des armes de destruction massive et aux troubles au Moyen-Orient. 

M. Leonard a indiqué que les dirigeants européens devraient travailler au cours des deux prochains mois à l’élaboration d’un paquet de solutions relatif à toutes ces questions pour ensuite approcher le président Obama avec des lignes directrices en vue d’un plan d’action commun, et pas avec une simple énumération de demandes.  

M. Andrew Wilson du ECFR a ajouté que la recherche d’une position commune à l’égard de la Russie pourrait bien être un des sujets les plus épineux auquel le nouveau président américain devra faire face dans le cadre des discussions transatlantiques. 

Pour l’Europe, la question est lentement en train de devenir la priorité numéro un, alors que les Etats-Unis ne la considéreront que comme une question stratégique parmi d’autres, a fait remarquer M.Wilson. Au lieu de disputer des sphères d’influence à la Russie, l’UE et l’Etats-Unis devraient, selon lui, travailler main dans la main pour défendre les valeurs occidentales.

Incertitudes quant à un accord sur le changement climatique 

Dans un même ordre d’idées, le soutien américain à un accord international significatif sur le climat est loin d’être acquis, même avec Obama à la présidence. C’est ce qu’un analyste a récemment confié à EURACTIV (EURACTIV 31/10/08). 

Il faut que l’Europe apprenne à « gérer ses attentes » vis-à-vis de l’agenda climatique de la prochaine présidence américaine et des chances d’un accord international, a déclaré Thomas Kleine-Brockhoff, directeur de programmes politiques auprès du German Marshall Fund à Washington, DC. 

A propos des détails des mesures américaines pour réduire les émissions de GES dans le pays, le Congrès et le Sénat ne signeront probablement aucun texte plus ambitieux que le American Climate Security Act bipartisan de 2007, proposé par les sénateurs Joe Lieberman (démocrate indépendant, Connecticut) et John Warner (républicain, Virginie), a indiqué M. Kleine-Brockhoff à EURACTIV.

Régler la crise financière

Par ailleurs, un consensus transatlantique sur les modalités de résolution de la crise financière pourrait lui aussi s’avérer difficile à atteindre, selon des décideurs à Bruxelles.

Graham Watson, le leader du groupe libéral au Parlement (ADLE), a signalé qu’on ne pouvait pas s’attendre à des miracles sur le court terme. M. Watson a indiqué à EURACTIV que les premiers pas seraient probablement modestes et qu’ils se concentreraient sur la recherche d’un consensus à propos des politiques destinées à réformer la régulation du secteur des services financiers. « Actuellement, nos approches sont très très différentes », a-t-il affirmé. 

Francis Wurtz, leader du groupe socialiste au Parlement européen, a indiqué qu’après la crise financière, l’agenda du nouveau président subirait sans doute une pression acharnée de Wall Street en vue de réaffirmer le leadership américain sur la finance mondiale. Les Etats-Unis avaient en effet perdu leur leadership en faveur de Londres après le scandale Enron.

Le terrorisme également au sommet de l’agenda

L’eurodéputé libéral allemand Alexander Graf Lambsdorff a en outre mis en garde contre des attentes trop élevées à l’égard du président Obama. 

A son avis, le président Obama devrait également exiger davantage des Européens à l’avenir, particulièrement dans le cadre de la lutte contre le terrorisme. 

De leur côté, les Européens doivent enjoindre les Etats-Unis à réaliser des progrès sur des questions essentielles telles que la recherche d’une solution commune à la crise financière et au changement climatique, la non-prolifération et l’Afghanistan. Selon M. Lambsdorff, d’autres questions sont elles aussi urgentes dans un avenir proche : la réforme des Nations unies, le nouvelle politique américaine à l’égard de la Cour internationale de justice et la fermeture de Guantanamo. 

Récemment, Gilles de Kerchove, coordinateur de la lutte contre le terrorisme de l’UE, a révélé que l’UE avait l’intention d’aider les Etats-Unis à fermer leur centre de détention controversée de Guantanamo, à Cuba (EURACTIV 30/09/08).