L'indépendantiste écossais Alex Salmond promet que le "rêve ne mourra jamais"

Le leader de la campagne du Oui à l'indépendance, Alex Salmond, a annoncé qu'il allait démissionner de son poste de premier ministre et quitter la tête du Parti national écossais (SNP). La droite européenne se félicite à l'unisson de ce résultat.

EURACTIV.com
Alex Salmond a annoncé sa démission après la victoire du non au referendum sur l’indépendance de l’Écosse. [Alex Salmond/Flickr}
Alex Salmond, ancien Premier ministre écossais. [<a href="https://www.flickr.com/photos/thesnp/6044902947/in/photolist-adaH3B-oYAhc6-pbQ8hF-6KBaTz-fQN7JD-q4EjAT-grNtZD-6wmCvQ-CKJsf8-CKJsnT-D9CXBe-CKJtmg-CKBJJq-Dg1C3q-DyS7EX-CKBNjS-DEP3tA-DH8imx-DH8k6e-CKJvjp-57hxte-oUawhM-dkSkFP-c9X1m7-685ySt-oUaAGQ-grNnjp-oUaAJ3-7hZYV8-7i4Ted-img6eK-9dyWSP-9dC4zw-9dC48h-9dC1Sb-9F5joU-bvWmpK-9dyX1g-9dC1Kq-9dC1P5-bvWmpz-9dC4Hf-9dC4xJ-9qtc2s-bvWmpH-bvWmpX-9dyXgP-nJGsdK-9dyXsc-9dyXpB" target="_blank" rel="noopener">[SNP/Flickr]</a>]

Le leader de la campagne du Oui à l’indépendance, Alex Salmond, a annoncé qu’il allait démissionner de son poste de premier ministre et quitter la tête du Parti national écossais (SNP). La droite européenne se félicite à l’unisson de ce résultat.

Le verdict du référendum du 18 août est particulièrement douloureux pour les indépendantistes écossais. L’Écosse a répondu « non » à plus de 55 % lors du vote, refusant ainsi de sortir du Royaume-Uni. Le taux de participation de 84,59 % constitue un record outre-Manche et devrait amener des changements constitutionnels majeurs.

« Le temps d’occuper une fonction dirigeante est presque révolu pour moi, mais la campagne pour l’Écosse continue et le rêve ne mourra jamais », a déclaré à Édimbourg, Alex Salmond, le premier ministre écossais devant les journalistes, quelques heures après la publication des résultats.

« J’ai dû décider si j’étais le plus apte à [lutter pour l’indépendance] et j’en suis venu à la conclusion que d’autres l’étaient davantage », a-t-il admis.

Celui qui n’a cessé d’affirmer pendant toute sa campagne que l’Écosse indépendante ferait partie de l’UE et garderait la livre sterling, a néanmoins assuré qu’il ne comptait aucunement se retirer de la scène politique écossaise.

Selon un sondage commandé par l’homme d’affaires Lord Michael Ashcroft, 27 % des personnes interrogées, qu’elles aient voté en faveur ou contre l’indépendance, ont indiqué que l’une des raisons qui ont motivé leur décision étaient l’adhésion à l’Union européenneQuelque 90 % des votants interrogés  ont mentionné  le critère de la préservation du service national de santé, 78 % ont cité leur désaffection vis-à-vis de la politique menée par Westminster et 64 % ont nommé la livre sterling.

Alex Salmond a indiqué qu’il ne briguerait pas un nouveau mandat à la tête de son parti lors de la conférence annuelle du SNP du 13 au 15 novembre prochains.Dès qu’un nouveau chef exécutif sera nommé, il se retirera de ses fonctions de premier ministre. Il a certifié que ce nouveau chef serait « élu par un processus parlementaire en bonne et due forme ».

L’actuelle vice-première ministre et chef adjointe du parti, Nicola Sturgeon, semble en bonne position pour reprendre le flambeau. Mais pour cela, elle devra être confirmée en tant que successeure lors d’un vote qui se tiendra au Parlement écossais.

« Décentralisation maximum »

Les pro-unionistes ont remporté le référendum avec plus de deux millions de voix contre 1,6 million de voix pour le camp adverse. Le premier ministre britannique, David Cameron, a annoncé que des compétences en matière d’impôt, de dépense et d’aides sociales seraient transférées vers le Parlement écossais.

La « décentralisation maximum », ou « devo max », est une promesse faite par David Cameron après la publication d’un sondage montrant une poussée pour l’indépendance écossaise.Des représentants de la Commission ont préféré ne pas indiquer à EURACTIV si l’UE comptait redonner une autonomie similaire au Royaume-Uni dans le cas d’un « Brexit ».

« Nous avons maintenant la possibilité de faire pression sur Westminster pour qu’ils tiennent leur promesse de transférer de nouveaux pouvoirs vers l’Écosse. L’Écosse est en position de force, » s’est consolé le premier ministre écossais.

David Cameron a également annoncé de nouvelles mesures pour s’assurer que les députés britanniques soient les seuls à pouvoir voter sur des sujets qui ne concernent que l’Angleterre. En effet, à ce jour, les Écossais, les Gallois et les Irlandais du nord peuvent voter à Westminster sur les questions qui touchent avant tout l’Angleterre.

Il a également souhaité que les négociations sur le transfert de compétences supplémentaires vers le pays de Galles et de l’Irlande du Nord doivent avoir lieu dans le même temps. Il a par ailleurs établi un programme législatif pour janvier. Mais Alex Salmond a semé le trouble quant à certains aspects de son projet.

« J’ai parlé avec le premier ministre aujourd’hui et, même s’il a réitéré sa volonté [de mettre en œuvre ce programme de décentralisation] comme il l’avait annoncé, il ne s’engagerait pas dans un vote en deuxième lecture [à la Chambre des communes] d’ici au 27 mars sur le projet de loi écossais.

Il s’agissait d’une promesse claire faite par [l’ancien premier ministre] Gordon Brown lors de la campagne référendaire.Le premier ministre considère qu’un tel vote n’aurait aucun sens.Je crois qu’il ne peut s’assurer du soutien de son parti ».

En effet, les spéculations vont bon train sur les conservateurs de M. Cameron. Ils pourraient en effet faire front face au projet, car trop de pouvoirs seraient concédés, alors que ce sera le vote définitif qui sera crucial. Dans ce contexte, l’engagement visant à ce que seuls les députés anglais puissent voter sur les dossiers spécifiques à l’Angleterre est considéré comme une concession faite à son parti.

>> Lire : L’Écosse dit « non » à l’indépendance

La fin d’un règne

Alex Salmond a dominé le paysage politique écossais pendant des décennies. Premier ministre depuis 2007, il est à la tête du SNP depuis 20 ans jusqu’à aujourd’hui ainsi que la figure de proue des indépendantistes durant la campagne sur le référendum sur l’indépendance de l’Écosse.

Il a transformé le SNP, à l’origine un parti marginal, en une force politique de premier plan. Il a chapeauté un gouvernement écossais minoritaire de 2007 à 2011, puis a réussi à former un gouvernement majoritaire à la suite des élections de la même année.

Personnage parfois controversé, il a été qualifié par la presse britannique « du plus grand prestidigitateur politique des temps modernes ».

« Je suis extrêmement fier de la campagne menée par les pro-indépendantistes et en particulier des 1,6 million de votants qui ont rallié cette cause », s’est-il félicité lors d’une émouvante conférence de presse. 

Soulagement du côté de l’UE

Fervent opposant à l’indépendance de la Catalogne, le premier ministre espagnol, Mariano Rajoy, qui s’était déjà exprimé par le passé sur ce référendum écossais, a affirmé que les résultats écossais étaient la meilleure chose qui puisse arriver à l’Europe.

« Les Écossais ont évité des conséquences terribles sur le plan économique, social, institutionnel et politique », a-t-il souligné dans une intervention filmée publiée sur le site gouvernemental. « Ils ont opté pour l’option la plus favorable pour tous ; pour eux-mêmes, pour l’ensemble du Royaume-Uni et pour le reste de l’Europe ».

Le commissaire belge au commerce, Karel De Gucht, est originaire de la Flandre. Confronté à une montée du mouvement nationaliste flamand, celui-ci a expliqué qu’une séparation de l’Écosse aurait été « cataclysmique » pour l’Europe, et aurait provoqué un effet domino à travers le continent.

« Si [la séparation] avait eu lieu en Écosse, je pense que cela aurait constitué un séisme politique comparable à l’effondrement de l’Union soviétique », a-t-il estimé. Karel De Gucht est un libéral flamand qui ne soutient pas le mouvement indépendantiste mené par une partie de ses compatriotes.

Avant même la fin du vote référendaire, le président François Hollande avait exprimé ses craintes vis-à-vis d’une possible « déconstruction » de l’Europe après des décennies d’intégration toujours plus forte.