L’Italie divisée célèbre ses 150 ans d’unité

Hier (17 mars), l’Italie a célébré le 150e anniversaire de son unification. Mais le pays n’a jamais été aussi divisé, avec des forces séparatistes qui gagnent du terrain au nord comme au sud.

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Hier (17 mars), l’Italie a célébré le 150e anniversaire de son unification. Mais le pays n’a jamais été aussi divisé, avec des forces séparatistes qui gagnent du terrain au nord comme au sud.

Les célébrations de cet anniversaire ont eu lieu partout en Italie. Le gouvernement a décidé de faire de cette journée un jour de fête nationale pour marquer l'occasion. A Bruxelles, des Italiens se sont rassemblés au Parc du Cinquantenaire et pour d'autres cérémonies organisées par les associations italiennes.

Les institutions de l'UE ont également reconnu cette journée spéciale pour l'Italie. Le président du Parlement européen, Jerzy Buzek, a souligné que cet évènement était une célébration européenne et a salué la contribution de l'Italie à l'intégration européenne. 

L'Italie fut l'un des six membres fondateurs de la Communauté européenne après la Seconde Guerre mondiale.

Le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, a relayé les commentaires de M. Buzek en saluant l'héritage culturel et historique de l'Italie, mais il a également souligné qu'une Europe forte et unie avait besoin d'une Italie forte et unie elle aussi.

Cette remarque n'a surpris personne, dans la mesure où l'Italie est actuellement au cœur d'une des phases les plus décisives de son histoire.

Les mouvements séparatistes gagnent du terrain et le gouvernement est dominé par un parti (Lega Nord) qui a débuté sa vie politique en demandant explicitement la sécession du nord plus riche du reste du pays.

La position anti-nationale de la Lega Nord a été ouvertement confirmée lors des célébrations d'hier. En plus de quatre ministres, seul un des 85 députés du parti de droite était présent à la cérémonie du parlement italien à Rome.

Roberto Maroni, le ministre italien de l'intérieur, a désespérément essayé d’esquiver la cérémonie en arrangeant une réunion de dernière minute à Bruxelles avec la commissaire européenne chargée des affaires intérieures, Cecilia Malmström, et ce pour discuter du problème de l'immigration dans la mer Méditerranée. Il a toutefois dû annuler cette réunion.

« Il a été obligé de rester à Rome car le présence du ministre de l'intérieur était requise pour les célébrations du 150e anniversaire de l'unification de l'Italie », a déclaré une source au gouvernement italien lors d'une réunion à Bruxelles.

La Lega Nord est fortement opposée à la célébration d'une fête nationale pour marquer cet anniversaire.

Le gouvernement, dont fait partie la Lega, a été obligé de s'incliner devant la demande du parti de proclamer un jour spécial de fête nationale pour la Padania (le territoire ancestral autoproclamé de la Lega) afin de faire passer la loi autorisant les festivités exceptionnelles en Italie.

Les séparatistes de la Lega se concentrent actuellement sur une réforme fédérale de l'Etat italien visant à accorder plus de pouvoir et d'argent aux autorités régionales et locales.

Toutefois, alors que le nord se fait entendre à Rome, les positions anti-nationales du sud sont elles aussi de plus en plus importantes.

Un des best-sellers italiens en 2010 fut un livre sur l'histoire de l'Italie du sud qui rebaptisait l'unification de l'Italie en une « annexion » du sud par le nord du pays.

Intitulé « Terroni », un surnom péjoratif pour les Italiens du sud, ce livre parle des massacres perpétrés par l'armée du Piémont au sud dans les années qui ont suivi l'unification.

Cet essai documenté, écrit par le journaliste Pino Aprile, cite des chiffres qui démontrent que la perception largement répandue selon laquelle l'Italie du sud est pauvre et constitue parasite économique qui tire le nord vers le bas n'est qu'un mythe.

En effet, le Royaume des Deux-Siciles était beaucoup plus riche que le Piémont lors de l'unification et a depuis lors été systématiquement pillé de ses richesses et de son industrie par les envahisseurs du nord, explique l'auteur.

L'émigration venue du sud a débuté à cette période alors que jusque là, seuls les Italiens du nord, surtout les habitants de la Vénétie (le bastion de la Lega), avaient émigré. 

Ce livre contribue à alimenter un mouvement anti-national croissant dans le sud de l'Italie où les partisans nostalgiques de l'ancienne dynastie française au pouvoir (les Bourbons) sont de plus en plus nombreux avec les mouvements qui reflètent les positions de la Lega Nord.

La Sicile, la plus grande région d'Italie du sud, est actuellement gouvernée par un parti appelé « Mouvement pour les autonomies – Alliés pour le sud ».