L’Italie sous la pression des marchés alors que le plan d’austérité faiblit
Signe clair de la montée de l’inquiétude des marchés, lundi (5 septembre), la prime exigée par les investisseurs pour l'achat d'obligations italiennes a augmenté par rapport aux titres de dette allemands de référence, ce qui déplace le cœur de la crise de la zone euro sur l’Italie. Dans le même temps, le parlement italien commence à débattre aujourd’hui d’un plan d’austérité très critiqué.
Signe clair de la montée de l’inquiétude des marchés, lundi (5 septembre), la prime exigée par les investisseurs pour l'achat d'obligations italiennes a augmenté par rapport aux titres de dette allemands de référence, ce qui déplace le cœur de la crise de la zone euro sur l’Italie. Dans le même temps, le parlement italien commence à débattre aujourd’hui d’un plan d’austérité très critiqué.
La prime demandée par les investisseurs pour acheter des titres de dette italienne est passée à 369 points de base lundi (5 septembre), soit 30 points de plus que le spread espagnol équivalent.
Le rendement des obligations italiennes à 10 ans est passé à près de 5,6 %, s'approchant des plus de 6 % survenus avant que la Banque centrale européenne ne commence à racheter des obligations le mois dernier.
Lundi, Mario Draghi, qui reprend la direction de la BCE en novembre, a de nouveau enjoint à l'Italie d’agir, affirmant en particulier que la bonne volonté de la banque centrale dans l'achat d'obligations « ne devait pas être tenue pour acquise ».
Les partenaires européens ont observé avec une inquiétude croissante les tractations du gouvernement italien jeter de l'ombre sur son plan d'austérité, présenté en août. Angela Merkel, la chancelière allemande, a déclaré lundi aux membres de son parti que la situation en Italie était « extrêmement fragile ».
Bientôt une crise politique ?
L'Italie est aux prises avec une croissance stagnante et l'une des dettes publiques les plus élevées au monde, malgré un déficit modeste, une large épargne privée et un système bancaire conservateur qui l'ont maintenue hors de la crise jusqu'en juillet.
Le gouvernement de Silvio Berlusconi, qui se targuait jusqu'à récemment d’avoir préservé l'Italie de la crise, a été bien en peine de protéger le pays de la pression des marchés, entravé par de fortes divisions dans ses propres rangs sur des questions comme le budget et les retraites.
Des mesures, allant d’un impôt sur la fortune au report de l'âge de la retraite pour certains diplômés universitaires, en passant par des réductions budgétaires de gouvernements locaux et la suppression de petits conseils municipaux, ont été proposées et abandonnées à une vitesse fulgurante.
Le ministre de l'économie, Giulio Tremonti, assailli de toutes parts, s'en remet donc à des mesures de lutte contre les évasions fiscales, en dépit d'une longue succession d'échecs en la matière par les gouvernements italiens successifs.
Silvio Berlusconi et Giulio Tremonti sont de plus en plus en désaccord au sujet du plan, ce qui accroît la possibilité d’une crise politique qui pourrait bien faire tomber le gouvernement.
Le plan d'austérité aux mains du sénat
Mardi (6 septembre), le parlement italien a commencé à débattre du plan d'austérité très critiqué après que le président, Giorgio Napolitano, a émis une sévère mise en garde, affirmant qu'une action urgente était nécessaire pour restaurer la confiance dans les finances publiques.
Le plus grand syndicat italien, la CGIL, a appelé à une grève générale contre les mesures et prévoit des rassemblements dans tout le pays mardi, exacerbant le sentiment d'urgence pour la troisième économie de la zone euro.
Dans une déclaration faite après la fermeture des marchés, M. Napolitano a déclaré que les ventes d'obligations italiennes lundi envoyaient un « signal d'alarme » montrant que l'Italie avait perdu la confiance des marchés.
« C'est un signe de la difficulté permanente de restaurer la confiance, qui s’avère urgemment et absolument nécessaire », a-t-il déclaré, appelant tous les partis à ne pas bloquer des mesures qui viseraient à restaurer la crédibilité du pays.
Il a affirmé qu'il était encore temps de mettre en place des mesures « capables de renforcer l'efficacité et la crédibilité » du plan d'austérité, approuvé par le parlement le mois dernier et actuellement en révision.
Le débat de mardi au sénat doit commencer à 16 h 30, avec une approbation possible par la chambre haute dès mercredi, dans la mesure où l'opposition de centre-gauche du Parti démocrate a annoncé lundi dans la soirée qu'elle était disposée à accepter un vote rapide.
Le plan serait ensuite transmis à la chambre basse avant approbation finale, qu'on attendait à l'origine d'ici le 20 septembre.
La Banque centrale européenne a protégé Rome d'une partie de l'attaque des marchés en achetant des obligations italiennes, afin de faire baisser les rendements et éviter que les taux d'emprunt n’atteignent des taux insoutenables.
Sa patience a toutefois été émoussée par le chaos dans lequel a été gérée la question du plan d'austérité et par l'absence d'étapes concrètes pour assurer l'engagement du gouvernement de rééquilibrer le budget d'ici 2013.
EURACTIV avec Reuters – Article EURACTIV traduit de l'anglais