L’UE cherche à relancer l’Union pour la Méditerranée
Alors que le Parlement européen doit exposer sa méthode pour relancer l’Union pour la Méditerranée, l’Union européenne se prépare au deuxième sommet de l’UpM en juin prochain.
Alors que le Parlement européen doit exposer sa méthode pour relancer l’Union pour la Méditerranée, l’Union européenne se prépare au deuxième sommet de l’UpM en juin prochain.
La position que va adopter le Parlement européen (PE) sur les façons de redonner de la vigueur à l’Union pour la Méditerranée (UpM) les 27 et 28 avril 2010 pourrait être décisive.
Peu avant le second sommet des chefs d’États et de gouvernements de l’Union pour la Méditerranée, prévu à Barcelone en juin 2010, un rapport sur les développements de l’Union pour la Méditerranée, dirigé par le député européen (PS – S&D) Vincent Peillon doit être présenté devant la commission des affaires étrangères du Parlement européen. Ce texte vise à poursuivre la réflexion politique engagée en tenant compte du nouvel environnement institutionnel de l’UE et des inconnues qui pèsent encore sur l’UpM, tant sur le plan de son fonctionnement que de son financement.
L’UpM a connu quelques déboires depuis sa création, notamment une interruption de 8 mois à la suite des évènements de Gaza de décembre 2008. Elle semble cependant commencer progressivement à sortir de sa léthargie.
Ses travaux ont repris depuis l’été 2009. L’installation attendue d’un secrétariat permanent le 4 mars 2010 à Barcelone, a également insufflé un souffle nouveau à cette organisation que certains disaient moribonde.
Cette structure permanente, composée d’un secrétaire général, et de 6 secrétaires généraux adjoints, dont, pour la première fois, un Palestinien et un Israélien, incarne désormais l’Union pour la Méditerranée.
Six axes de coopération prioritaires ont d’ores et déjà été fixés : la dépollution de la mer Méditerranée, la création d’autoroutes de la mer, le lancement d’initiatives de protection civile destinées à lutter contre les catastrophes d’origine naturelle et humaine, l’élaboration d’un plan solaire méditerranéen, un soutien aux PME et micro-entreprises et le développement d’universités.
Finaliser le secrétariat
Malgré la mise en place d’un secrétariat et la définition de projets concrets, de nombreuses questions cristallisent encore les débats, laissant peu de latitude pour le moment aux développements des actions de l’UpM.
L’Union travaille ainsi à la finalisation des statuts de son secrétariat. Après dix réunions ministérielles à ce sujet, les dernières tractations sont en cours. Certains points demeurent sensibles et sources de tensions, comme la question du nombre de fonctionnaires par délégations, ou encore celle du budget de 10 millions d’euros. Certains États comme le Royaume-Uni ne souhaitent pas engager des sommes plus importantes que celles versées dans le cadre d’Euromed.
Le salaire du secrétaire général de l’UpM, le Jordanien Ahmad Massa’deh, est aussi hautement controversé, celui-ci réclamant des sommes exorbitantes.
Selon toute vraisemblance, ces différentes modalités ne devraient pas être tranchées avant le sommet des 6 et 7 juin.
Par ailleurs, Jean-Christophe Menet, conseiller à la cellule pour l’UpM de l’Elysée, estime que « le pari de l’implication des partenaires de la rive sud n’est pas encore gagné » (voir contexte). « L’Union européenne a inventé un nouveau mode de fonctionnement, la cogestion d’un processus. Si cela est plus ambitieux, plus responsabilisant, c’est aussi plus dangereux », a-t-il expliqué lors d’une conférence à Sciences Po le 23 avril, exposant les nombreux blocages résultant du conflit au Proche-Orient.
Le conflit israélo-palestinien
Pour Dominique Baudis, député européen (PPE-UMP), interviewé par Euractiv.fr, la difficulté majeure de l’Union pour la Méditerranée réside en effet « dans l’impasse du conflit israélo-palestinien et les crispations que cela engendre ».
Deux événements ont porté selon lui un coup dur à l’Union pour la Méditerranée depuis sa création, à savoir l’attaque contre Gaza, et l’accession à la tête du gouvernement israélien de Benyamin Netanyaouh. Le ministre des Affaires étrangères israélien Avigdor Liberman est perçu comme « intransigeant » par les pays arabes, qui « refusent de s’asseoir à la même table que lui », déclare Dominique Baudis. Selon lui, l’Union européenne ne peut pas rester passive dans le processus de paix au Proche-Orient, à l’instar des États-Unis « il faut très clairement qu’elle prenne position ».
La période d’interruption après les événements de Gaza, ou l’échec de la conférence ministérielle sur le thème de l’eau qui s’est tenue le 13 avril 2010 illustrent ces difficultés.
Cette réunion devait déboucher sur l’adoption d’une stratégie pour l’eau en Méditerranée, afin de garantir un accès équitable à cette denrée rare dans la région et d’éviter qu’elle ne devienne l’enjeu de nouveaux conflits à l’avenir. Elle n’aura cependant mené à aucun accord politique. « Le blocage du processus de paix au Proche-Orient a rejailli sur les questions techniques », a déclaré à EURACTIV.fr un porte-parole du ministère des Affaires étrangères, précisant toutefois que le conflit israélo-palestinien n’avait pas été le facteur exclusif de blocage, les questions des cours d’eaux transfrontaliers en Turquie ayant également conduit à l’échec de cette réunion. « Il y a des fois où à l’impossible nul n’est tenu », avait d’ailleurs déclaré Pierre Lellouche, secrétaire d’État aux Affaires européennes après la rencontre.
L’absentéisme parfois criant lors des réunions de l’organisation est également une faiblesse. Ainsi, Jean-Basptiste Buffet, chercheur associé à l’Institut Thomas More spécialisé sur les questions euro-méditerranéennes dénonce le peu de mobilisation que suscite parfois ces rencontres, citant l’exemple du Caire en novembre 2009, où seuls cinq membres étaient présents. « Pas d’échéances, pas de budget, boycott de certaines réunions » sont autant de difficultés pour l’Union pour la Méditerranée. « C’est pour le moment le contexte régional ou international qui a dominé les réunions », explique-t-il.
Le chercheur se dit toutefois confiant. Selon lui, la logique intrinsèque de l’Union pour la Méditerranée est positive, notamment la modalité de co-présidence, et la part faite aux pays du sud dans le processus. Il faudrait toutefois « dépolitiser ou apolitiser cette structure », ajoute-t-il. « Si les personnes à la tête de l’Union sont trop politisées, il y a un risque de blocage constant, il faut mettre davantage en avant le société civile. »
CALENDRIER :
- 25 et 26 avril 2010 : Réunion ministérielle sur l’éducation et l’enseignement supérieur, à Brdo en Slovénie
- 11 et 12 mai 2010 : Réunion ministérielle sur la justice, en Italie
- 20 mai 2010 : Réunion ministérielle sur le tourisme, Barcelone
- 6 et 7 juin 2010 : Sommet des chefs d’État et de gouvernement, à Barcelone, Espagne.
- 15 et 16 juin 2010 : Réunion ministérielle sur l’agriculture et le développement durable, Le Caire, Egypte.