L’UE doit agir avec fermeté sur les sables bitumineux

Un chef canadien autochtone exhorte l’Union européenne à lutter contre les tentatives du Canada d’assouplir la législation européenne qui qualifierait les sables bitumineux de plus polluants que le pétrole conventionnel. Il indique que l’industrie de l’énergie en plein essor menace les autochtones du nord-ouest du pays.

EURACTIV.fr
Sable bitumineux, Alberta, Canada, 2008. [Howl Arts Collective/Flickr]
Sable bitumineux, Alberta, Canada, 2008. [Howl Arts Collective/Flickr]

Un chef canadien autochtone exhorte l’Union européenne à lutter contre les tentatives du Canada d’assouplir la législation européenne qui qualifierait les sables bitumineux de plus polluants que le pétrole conventionnel. Il indique que l’industrie de l’énergie en plein essor menace les autochtones du nord-ouest du pays.

 

Le gouvernement canadien poursuit une politique d'extraction de pétrole à partir de sables bitumineux dans les provinces occidentales, qui contiendraient les sources les plus importantes de pétrole après l'Arabie saoudite.

 

Ottawa a renforcé la pression exercée sur l'UE, qui vise en partie à supprimer la législation en cours de préparation. Le Canada indique que cette législation pourrait nuire à l'industrie des sables bitumineux.

 

Conformément aux amendements proposés à la directive sur la qualité des carburants, l'UE considérerait que le pétrole non conventionnel est 20 % plus polluant que d'autres sources de carburant.

 

« Nous ne pouvons pas nier le changement climatique en cours […] ni la remise en question de l'avenir de mère Nature », a déclaré Bill Erasmus, le chef régional du nord-ouest de l'Assemblée des Premières Nations, l'organisme canadien de populations autochtones.

 

« L'Union européenne indique désormais que […] les sables bitumineux ne peuvent plus être utilisés comme autrefois », a-t-il indiqué à EURACTIV dans un entretien. « Nous en sommes très heureux. Nous savons que le Canada fait pression contre [cette décision]. »

 

L'exploitation minière nécessite de grandes quantités d'énergie, d'eau et de solvants chimiques afin d'extraire du pétrole du bitume, une substance visqueuse présente dans le sable et l'argile. L'arsenic et d'autres composants toxiques sont souvent produits au cours du processus d'extraction, ce qui soulève davantage de préoccupations quant à la pollution de l'eau et de la terre.

 

Les autochtones du nord-ouest, notamment les Dénés, dont M. Erasmus est le chef, vivent en aval des points d'extraction. Ils déplorent l'afflux de produits chimiques dangereux néfaste à leur mode de vie.

 

« Des personnes luttent maintenant contre de nouvelles maladies comme des cancers, le diabète, etc. Notre peuple n'est pas en mesure de chasser, de pêcher, de placer des pièges comme il avait l'habitude de le faire. Nous sommes donc directement touchés », a-t-il expliqué.

 

La révision de l'UE de la directive sur la qualité des carburants fixe un objectif de 6 % des réductions des émissions pour les carburants dans le secteur des transports. Conformément aux amendements proposés, l'UE classera les sources de carburant en fonction de leur intensité en carbone. Les variétés les plus écologiques contribueront davantage à l'objectif de 6 %. L'UE propose de classer le pétrole issu des sables bitumineux comme entraînant 22 % d'émissions de gaz à effet de serre de plus que le pétrole traditionnel.

 

Une question de discrimination ?

 

Le Canada répond que l'UE fait preuve de discrimination à l'égard des sables bitumineux canadiens. Ottawa affirme que la science des émissions liées au cycle de vie du processus d'extraction n'est pas assez fiable pour affirmer que les sables bitumineux sont plus polluants que le pétrole conventionnel.

 

« Il est faux [d'affirmer] que leurs émissions de gaz à effet de serre sont 20 % supérieures », a déclaré Jeffrey Sundquist, représentant du gouvernement de l'Alberta à Londres. « La science ne soutient certainement pas cela. »

 

Lors d'une conférence le 5 mars à Bruxelles, à laquelle a participé la commissaire en charge de l'action pour le climat, Connie Hedegaard, M. Sundquist a déclaré que l'UE discriminait le Canada, car il est extrêmement transparent dans les rapports sur ses émissions de CO2, contrairement à d'autres pays producteurs de pétrole.

 

Connie Hedegaard a déclaré : « Nous n'essayons pas de sanctionner. Nous tentons simplement de mesure l'incidence des carburants sur l'environnement, rien de plus, rien de moins. Nous dialoguons avec le gouvernement canadien. »

 

L'UE a suspendu sa révision de la directive sur la qualité des carburants en partie en raison des positions divergentes des États membres. De nombreuses grandes compagnies pétrolières d'Europe disposent d'intérêts majeurs dans le domaine, notamment BP, Shell, Statoil et Total.

 

M. Sundquist a appelé à des « données transparentes et vérifiables » avant que l'UE ne s'engage à émettre une réglementation qui paralyserait en réalité le marché européen du pétrole extrait de sables bitumineux. Mme Hedegaard a répondu que la science qui supporte la proposition sur les carburants était « très transparente » et fondée sur la meilleure méthodologie disponible.

 

La commissaire a indiqué que la même méthodologie avait été utilisée dans des analyses d'impact destinées à mesurer l'intensité de carbone de sources différentes de carburant, mais que ces « intérêts particuliers » n'étaient pas aussi forts.

 

Contestation juridique

 

Des groupes autochtones canadiens ont ouvert une procédure judiciaire contre l'Alberta et le gouvernement canadien sur les sables bitumineux.

 

Au cours d'une affaire introduite par la Première Nation des Chipewyans d'Athabasca, le tribunal a jugé en 2011 que les gouvernements provinciaux et régionaux n'avaient pas protégé les populations de caribou boréal, dont se nourrissent généralement les populations autochtones.

 

Le tribunal a également confirmé les droits spéciaux de la population autochtone en vertu du traité de 1921 avec le Royaume-Uni, l'ancienne puissance coloniale du Canada, qui remplace l'autorité du gouvernement canadien actuel.

 

Les populations aborigènes du Canada disposent d'un statut constitutionnel spécial et d'un degré d’autonomie considérable.

 

« En d'autres termes, les ressources nous appartiennent, car nous n'avons jamais été conquis ni vaincus lors d'une bataille », a déclaré Bill Erasmus depuis l'Allemagne, où il fait pression afin de lutter contre la poursuite de l’exploitation du sable bitumineux.

 

« Le pétrole appartient donc à notre peuple […] Les terres desquelles les ressources sont extraites sont […] détenues par notre peuple, sur le plan légal. Il s'agit d'une autre question à laquelle nous devons répondre avec l’aide de la Couronne du chef du Canada. »

 

Des examens ont révélé des niveaux d'arsenic 453 fois supérieurs aux quantités acceptables dans la viande de caribou, chassé près de sables bitumineux. Le gouvernement de l'Alberta a répondu que ces niveaux étaient « seulement » 17 à 33 fois supérieurs aux niveaux acceptables.

 

La population locale s'inquiète des taux élevés de cancers et de la contamination de l'eau.

 

« Les gens ont peur de pêcher dans le lac Athabasca, le Grand Lac des Esclaves et le fleuve Mackenzie », a déclaré M. Erasmus. « Nous découvrons que nous ne pouvons plus boire l'eau que nous buvions. Quand j'étais petit, nous plongions simplement le verre dans l'eau et nous le buvions. On ne peut plus le faire maintenant. L'environnement pur est clairement en train de changer. »