La BCE a sous-estimé le risque d'une récession à double creux

Dans sa lutte contre l’inflation et ses appels à une consolidation budgétaire, la Banque centrale européenne a surestimé l’ampleur de la reprise économique et sous-estimé la menace d’une deuxième récession, a confié Barry Eichengreen lors d’un entretien accordé à EURACTIV.

european_central_bank_02.jpg
european_central_bank_02.jpg

Dans sa lutte contre l’inflation et ses appels à une consolidation budgétaire, la Banque centrale européenne a surestimé l’ampleur de la reprise économique et sous-estimé la menace d’une deuxième récession, a confié Barry Eichengreen lors d’un entretien accordé à EURACTIV.

Le professeur de Berkeley, à l'université de Californie, a expliqué que l'Europe avait rapidement pris des mesures d'austérité « en partie à cause de l'aspect économique », dans le cas des pays surendettés comme la Grèce et l'Irlande, mais aussi à cause d'« une phobie politique des déficits budgétaires, car il existe une phobie politique de l'inflation ».

Le déficit public moyen des pays de la zone euro en 2010 était de 6 %, à savoir deux tiers de celui des Etats-Unis, à 9 %. Alors que Réserve fédérale américaine a établi son taux d'intérêt principal à 0 %, le plus bas possible pour encourager l'investissement, la Banque centrale européenne (BCE) a quant à elle augmenté son taux équivalent à 1,5 % en juillet dernier par peur de l'inflation.

M. Eichengreen a affirmé que la BCE avait commis une erreur.

« La relance maintenant, l'austérité plus tard »

« Elle a en particulier surestimé la relance et sous-estimé les dangers d'une récession à double creux ». Il a avancé que l'« Europe aurait davantage tiré parti d'une politique plus accommodante, étant donné que les pressions inflationnistes du début de l’année ont été transitoires et que la relance stagne à présent ».

Il a ajouté qu'une « monnaie un peu plus faible pourrait avoir résulté de cette politique et cela aurait peut-être permis de soutenir la relance ». L'euro s’échange actuellement contre 1,37 dollar américain ou 0,86 livre sterling.

M. Eichengreen aurait favorisé la devise « la relance maintenant, l'austérité plus tard ».

« Il est difficile d'imaginer qu'un observateur lucide des circonstances actuelles puisse y voir une autre solution. Je suppose que trop de dirigeants politiques ont une vision défaillante »

Vers un système financier international « tripolaire »

A moyen terme cependant, M. Eichengreen s'est montré optimiste quant au rôle de l'euro dans un système financier international « tripolaire » également fondé sur le dollar et le yuan.

« Dans la mesure où les Etats-Unis ne représentent que 20 % de l'économie mondiale, il n'est plus si évident que le dollar soit utilisé dans 85 % des opérations de change ou compte pour 60 % des réserves de change », a-t-il expliqué.

En mai dernier, la Banque mondiale a publié un rapport qui prévoyait la création d'un système financier basé sur le dollar, l'euro et le yuan d'ici 2025.

M. Eichengreen a également affirmé que la nécessité d'avoir une seule monnaie internationale dominante n'était plus aussi forte qu'auparavant, étant donné l'évolution technologique : « les coûts de la comparaison des prix en différentes devises ont fort diminué grâce aux smartphones et à l'Internet. Les coûts de l'échange de devises ont également diminué grâce à ces mêmes plateformes électroniques ».

« Alors qu'il y a vingt ans, la technologie ne laissait place qu'à une seule devise internationale dominante, les technologies d'aujourd'hui facilitent la coexistence de plusieurs devises internationales », a-t-il ajouté.

Il a avancé que depuis 1945, la position du dollar avait facilité les échanges commerciaux pour les banques et les sociétés américaines tournées vers l’international et avait permis au gouvernement des Etats-Unis d'emprunter à un meilleur prix.

« Les Etats-Unis peuvent disposer de déficits plus importants actuellement, et les consommateurs américains jouissent dès lors de conditions de vie un peu meilleures. En prenant ces données en compte, j'estime que les conditions de vie américaines sont 1 à 2 % meilleures qu’elles ne le seraient sinon », a-t-il affirmé.

Toutefois, M. Eichengreen a déclaré que les mauvaises décisions des dirigeants européens avaient entravé la croissance de la zone euro, arguant que leur incapacité à « résoudre la crise et les questions à présent soulevées quant à l'avenir de l'euro limitaient à coup sûr son pouvoir d'attraction en tant que devise internationale ».

« L'incohérence de la réponse européenne est le principal élément en faveur de la conservation du rôle international du dollar », a-t-il ajouté.

Lorsqu'EURACTIV lui a demandé pourquoi les Européens rencontraient tant de difficultés aujourd'hui, le professeur a répondu qu'une étude plus poussée serait nécessaire. « Il faudrait un livre entier pour répondre à cette question. D’ailleurs, il y en aura sûrement plus d’un », a-t-il affirmé.

Pour lire cet entretien dans son intégralité, veuillez cliquer ici.