La Belgique veut mettre fin aux diamants russes
Les diamants russes « symbolisent la guerre » et devraient être interdits sur le marché du G7 à partir du 1er janvier 2024, a déclaré le Premier ministre belge mardi à New York, confirmant ainsi que la Belgique, plaque tournante mondiale du diamant, est prête à étendre les sanctions à l’encontre de Moscou à ce secteur lucratif.
Les diamants russes « symbolisent la guerre » et devraient être interdits sur le marché du G7 à partir du 1er janvier 2024, a déclaré le Premier ministre belge Alexander De Croo mardi soir (19 septembre) à New York, confirmant ainsi que la Belgique, plaque tournante mondiale du diamant, est prête à étendre les sanctions à l’encontre de Moscou à ce secteur d’activité lucratif.
Vendredi dernier (15 septembre), un fonctionnaire belge avait déclaré à des journalistes que, conformément à une proposition belge, une interdiction des diamants russes serait mise en place à partir de janvier prochain, selon Reuters.
Mercredi (20 septembre), Alexander De Croo a écrit sur X que « le G7 souhaite faire baisser les revenus des diamants russes » et que la Belgique, « en tant que principale plaque tournante du commerce du diamant », avait « la responsabilité de contribuer au succès » de l’initiative visant à interdire les diamants russes.
« J’ai rencontré les leaders de l’industrie pour discuter de la manière de saisir cette opportunité et de relever les normes de transparence pour l’ensemble de l’industrie », a-t-il poursuivi.
En effet, devant un panel d’acteurs de l’industrie joaillière réunis à la résidence du consul général de Belgique à New York mardi soir, M. De Croo a déclaré que les diamants russes devraient être interdits sur le marché. Il a demandé à l’industrie de « faire le dernier mile » pour assurer le succès de l’initiative proposée par la Belgique en vue d’interdire ces pierres précieuses russes sur le marché des pays du G7.
« Les diamants russes sont devenus le symbole de la guerre et des violations des droits humains », a affirmé le Premier ministre.
Anvers, capitale du diamant
Les diamants russes n’ont fait l’objet d’aucune sanction de la part de l’Union européenne. Cependant, les revenus générés par leurs ventes aident le Kremlin à financer sa guerre d’agression contre l’Ukraine.
Jusqu’à récemment, la Belgique se montrait réticente à l’idée d’imposer une telle interdiction, le pays abritant le centre mondial du commerce de diamants bruts et polis : Anvers, une ville située dans la partie flamande du pays.
Chaque jour, 220 millions de dollars de diamants sont échangés à Anvers, ce qui représente environ 47 milliards de dollars par an. La ville contrôle 86 % du commerce mondial de diamants bruts et 50 % du commerce de diamants polis. Et si les importations de diamants russes en Belgique ont nettement diminué depuis le début de la guerre en Ukraine en février 2022, elles n’ont pas complètement cessé.
Compte tenu de ces éléments, la Belgique joue un rôle central dans les discussions sur l’interdiction au sein du G7 (qui représente 70 % du marché de consommation) et de l’UE.
L’une des principales préoccupations exprimées par les acteurs de l’industrie, notamment en Belgique, concernant l’imposition de sanctions est qu’une interdiction pourrait être inefficace si les importations russes venaient à être détournées vers des pays comme l’Inde ou la ville de Dubaï.
Un mécanisme presque opérationnel
En outre, la Belgique souhaitait un mécanisme efficace permettant de tracer chaque diamant et d’empêcher ainsi ceux provenant de Russie de se retrouver sur les marchés des pays du G7 (États-Unis, Canada, Allemagne, France, Royaume-Uni, Italie, Japon et UE) en dépit de l’interdiction. Ce mécanisme est désormais presque opérationnel, avait déclaré le fonctionnaire belge à la presse vendredi dernier.
« Rendre le système totalement transparent demande un travail important que nous devons mener ensemble. Faisons ce dernier pas pour implémenter le système au premier janvier 2024 », a pour sa part déclaré M. De Croo aux acteurs de l’industrie mardi.
Selon Lianne Keme — fondatrice d’Everledger, une entreprise spécialisée dans la transparence des systèmes d’approvisionnement qui développe une technologie utilisée pour tracer des marchandises telles que les produits de luxe et les minéraux sensibles — citée par Belga, le système envisagé peut être comparé à SWIFT, le système international de transactions bancaires, également basé en Belgique.
Le nouveau système de traçabilité impliquerait un mécanisme de contrôle à trois couches, comprenant le processus de Kimberley — un système de certification international établi en 2003 pour endiguer la circulation des « diamants de sang » sur le marché mondial. Il utiliserait également la technologie de la blockchain, a rapporté l’agence de presse belge.
« La Russie est le plus grand fournisseur au niveau mondial. Avec ce système, nous les éliminons, les laissant dans un marché inférieur avec des prix plus bas. Nous réduisons les flux financiers de ce secteur », a expliqué le fonctionnaire belge, selon Reuters. Cette décision devrait par ailleurs profiter aux diamants africains.
Aujourd’hui, la société publique russe d’extraction de diamants Alrosa, qui représente 90 % de la capacité d’extraction de diamants de la Russie, constitue 35 à 40 % de l’offre mondiale, avait rapporté l’agence vendredi dernier.
Mercredi, le Financial Times a rapporté que seize grands producteurs de diamants — dont le plus important, De Beers — avaient réagi négativement à la proposition d’interdiction présentée au G7 par M. De Croo.
Le quotidien américain a également révélé que le Antwerp World Diamond Centre (AWDC) avait collaboré avec le gouvernement belge pour élaborer la proposition d’interdiction — une information confirmée à Belga par une source sûre dans le secteur. D’autres gouvernements, y compris ceux du G7, auraient également collaboré à l’élaboration de la proposition.