La campagne pour le référendum en Turquie prend une mauvaise tournure
Le premier ministre turc RecepTayyip Erdo?an a averti l'entreprise turque, TÜSIAD, qu’il risque « l’élimination » si elle ne prend pas position par rapport au référendum sur le changement constitutionnel, qui doit avoir lieu le 12 septembre. EURACTIV Turquie a contribué à cet article.
Le premier ministre turc RecepTayyip Erdo?an a averti l'entreprise turque, TÜSIAD, qu’il risque « l’élimination » si elle ne prend pas position par rapport au référendum sur le changement constitutionnel, qui doit avoir lieu le 12 septembre. EURACTIV Turquie a contribué à cet article.
Lors d'un débat télévisé du 17 août dans le cadre de la campagne, M. Erdo?an a appelé TÜSIAD, l'association des industries et des entreprises de Turquie, à se prononcer pour ou contre les amendements constitutionnels proposés par le gouvernement.
Donnez votre position. Si vous êtres contre, dites non, si vous êtes pour, dites oui […] Celui qui reste neutre sera éliminé, a dit M. Erdo?an.
D'autres déclarations réalisées ces derniers jours paraissent également douteuses. Le négociateur en chef de la Turquie avec l'UE, Egemen Ba???, a dit selon certaines informations qu'il remettrait en question la santé mentale et le patriotisme de quiconque tenterait de voter contre les amendements constitutionnels lors du référendum.
TÜS?AD a rejeté toute pression ou assistanat, évoquant le libre arbitre des individus, et a déclaré que la pression de M. Erdo?an sur le monde des entreprises n'avait pas sa place dans les démocraties modernes.
L'avertissement était un acte malencontreux qui ne servira certainement pas la cause du renforcement du rôle de la société civile dans les sociétés modernes, a affirmé TÜS?AD dans une déclaration.
S'adressant à EURACTIV, Bahadir Kaleagasi, coordinateur international chez TÜSIAD, a qualifié les déclarations déplacées de "désastreuses".
Cette formulation selon laquelle TÜSIAD serait supprimée va trop loin. Le gouvernement a le pouvoir en vertu de la Constitution, il contrôle le pouvoir militaire, il contrôle les forces de sécurité, le ministère des Finances, l'action publique… ayant ces trois pouvoirs, si le gouvernement menace une organisation légitime, il s'agit d'un abus de pouvoir constitutionnel, a affirmé M. Kaleagasi.
M. Kaleagasi a dit qu'il espérait toujours que M. Erdo?an corrige cette inquiétante erreur. Il a ajouté que quel que ce soit le résultat du référendum constitutionnel, la Turquie aurait tout de même besoin d'une nouvelle Constitution plus moderne.
La Constitution actuelle, modifiée ou non, ne correspond pas aux exigences d'une société turque compétitive du 21ème siècle, a-t-il insisté.
Il semblerait que l'AKP ait franchi certaines limites en accusant Kemal K?l?çdaro?lu, dirigeant du CHP, le principal parti de l'opposition, de ne pas avoir d'origines ethniques "légitimes". Sa mère est Arménienne et son père est Kurde, ce qui selon eux freine de nombreux Turques hostiles à ces groupes ethniques à soutenir ce parti.
Le président réagit
Visiblement inquiété par la mauvaise tournure que le débat a pris en amont du référendum, le président turc Abdullah Gül a dit aux dirigeants politiques de surveiller leurs manières lorsqu'ils font campagne, a rapporté la presse turque.
J'ai des difficultés à les faire s'entendre, a-t-il affirmé mercredi, s'adressant aux journalistes voyageant avec lui en Azerbaijan.
Le président a également critiqué les partis pour avoir poussé les citoyens à voter oui ou non sans expliquer les détails des amendements constitutionnels.