La coalition allemande ébranlée par les appels à la sortie de la Grèce de la zone euro
D’éminents hommes politiques de la coalition de centre-droit de la chancelière allemande, Angela Merkel, ont ouvertement commencé à évoquer d’un défaut de paiement grec, ce qui reflète une inquiétude croissante quant à la gestion de la crise de la zone euro. Vendredi, Jürgen Stark, haut responsable allemand à la Banque centrale européenne, annonçait sa démission, ce qui souligne les divisions de l’institution quant à son programme de rachat d’obligations.
D’éminents hommes politiques de la coalition de centre-droit de la chancelière allemande, Angela Merkel, ont ouvertement commencé à évoquer d’un défaut de paiement grec, ce qui reflète une inquiétude croissante quant à la gestion de la crise de la zone euro. Vendredi, Jürgen Stark, haut responsable allemand à la Banque centrale européenne, annonçait sa démission, ce qui souligne les divisions de l’institution quant à son programme de rachat d’obligations.
« Pour stabiliser l'euro, il ne doit plus y avoir de tabous », a déclaré Philipp Rösler, ministre de l'économie et dirigeant du parti minoritaire de la coalition d'Angela Merkel, le Parti libéral-démocrate (FDP), au journal Die Welt.
« Cela implique, si nécessaire, une faillite ordonnée de la Grèce, si les instruments nécessaires sont disponibles », a-t-il ajouté.
Philipp Rösler, qui est également vice-chancelier, a déclaré que des sanctions devraient être imposées aux Etats qui ne parviennent pas à maîtriser leurs déficits, notamment la suppression possible du droit de vote à l'UE.
Christian Lindner, secrétaire général du FDP, est allé plus loin, confiant au Berliner Morgenpost que son parti n'avait pas exclu la possibilité de faire sortir la Grèce de la zone euro.
Même d'éminents hommes politiques appartenant aux chrétiens-démocrates conservateurs d'Angela Merkel n'écartent pas la possibilité d'une faillite.
Lorsque Reuters l'a interrogé quant à une faillite de la Grèce ou sa sortie de la zone euro, Norbert Barthle, expert budgétaire de la CDU, a déclaré : « Etant donné les circonstances, on ne peut plus exclure une restructuration possible de la Grèce ».
L'Allemagne a dit et répété que la Grèce devait remplir les conditions établies par l'Union européenne, la Banque centrale européenne et le Fonds monétaire international pour obtenir la prochaine tranche d'aide.
En partie en vue d’intensifier la pression exercée sur la Grèce pour la faire rentrer dans le rang, les législateurs allemands ont durci le ton ces derniers jours.
Le magazine Der Spiegel a écrit que les représentants du ministère allemand des finances se préparaient à la possibilité d'un défaut de paiement de la Grèce et travaillaient à un ensemble de scénarios qui impliquaient la réintroduction de la drachme.
Démission de Jürgen Stark
Des discussions relatives à un défaut ordonné de la Grèce sont survenues alors que le haut responsable allemand de la Banque centrale européenne, Jürgen Stark, annonçait sa démission vendredi, évoquant des « raisons personnelles ». Cette action a souligné des divergences croissantes d'opinion entre Jürgen Stark et les partisans d'une politique de rachat d'obligations souveraines au sein de la banque, pour lutter contre la crise de la zone euro.
« C'est le signe de graves problèmes au sein de la banque centrale. Les Allemands ont visiblement un problème avec la direction de la BCE », a déclaré Manfred Neumann, professeur émérite d'économie à l'Université de Bonn.
La démission surprise de Jürgen Stark a causé des remous sur les marchés vendredi, faisant chuter l'euro à 1,37 $ pour la première fois depuis février.
Jürgen Stark était l'un des quatre membres du Conseil des gouverneurs de la BCE, qui décide de la politique à adopter ; des sources ont déclaré que le mois dernier, il avait voté contre la décision controversée de réactiver le programme de rachat d'obligations en sommeil et de commencer à acheter des titres de dette italienne et espagnole, suite à l'explosion des coûts d'emprunt de ces deux pays.
Depuis, la BCE a acheté plus de 35 milliards d'euros d'obligations, ce qui a réduit de manière significative les spreads italien et espagnol par rapport au Bund allemand de référence, en plus des 76 milliards d'euros qu'elle a achetés à la Grèce, au Portugal et à l'Irlande depuis mai 2010.
La BCE a essuyé de vives critiques en Allemagne pour avoir acheté des obligations, une décision que beaucoup voient comme l'entrée de la Banque dans l'arène budgétaire, menaçant ainsi son rôle clé de limitation de l'inflation.
Jörg Asmussen, fonctionnaire pragmatique souvent perçu comme europhile et pleinement impliqué dans la gestion de la crise financière, a été nominé pour remplacer Jürgen Stark au conseil exécutif de la BCE.
Vote sur le FESF
Dans le même temps, la démission de Jürgen Stark et les appels du FDP à un défaut de paiement ordonné de la Grèce ont augmenté les enjeux pour la chancelière allemande, Angela Merkel, qui lutte pour convaincre les détracteurs au sein de sa coalition de voter en faveur de nouveaux pouvoirs pour le Fonds européen de stabilité financière (FESF) le 29 septembre.
Même si elle obtiendra l'adoption de la loi grâce au soutien des partis de l'opposition, si elle ne parvient pas à assurer une majorité dans les rangs des partis de sa propre coalition, son autorité en pâtira grandement et elle devra peut-être même organiser des élections.
Certains membres de son parti ont soulevé la question de garder ou non la Grèce au sein de la zone euro.
« Si les efforts du gouvernement grec pour effectuer des réductions budgétaires ne sont pas efficaces, nous devrons également nous demander si nous n'avons pas besoin de nouvelles règles pour rendre possible la sortie d'un Etat de la monnaie unique », aurait affirmé Volker Bouffier, membre de la CDU, selon Der Spiegel.
Angela Merkel a elle-même exclu une expulsion de la Grèce, déclarant que cela déclencherait un effet domino, mais des désaccords ont émergé à ce sujet dans sa coalition.
Samedi, l'Union chrétienne-sociale (CSU) a proposé de menacer les Etats fortement endettés d'expulsion de la zone euro.
Angela Merkel est dans une situation difficile, tentant de réaliser un programme de meilleure intégration économique alors que les Allemands sont de plus en plus sceptiques à ce sujet. Un sondage cette semaine a montré que 76 % des Allemands étaient opposés à l'octroi d'aides supplémentaires à la Grèce, très endettée.
Joschka Fischer, ancien ministre des affaires étrangères allemand, a nourri l'inquiétude publique en déclarant dimanche que l'euro pourrait même s'effondrer.
« La situation en Europe est vraiment plus grave que jamais. Jusque-là, je ne pensais pas que l'euro puisse s'effondrer, mais si les choses se poursuivent de la sorte, il s'effondrera », a déclaré dans le Bild am Sonntag Joschka Fischer, ministre des affaires étrangères du parti des Verts, au pouvoir avec les socio-démocrates lors de la coalition de 1998 à 2005.
Peer Steinbrueck, pressenti comme l'opposant socio-démocrate à Angela Merkel pour les élections de 2013, a déclaré que l'UE avait besoin de nouvelles structures pour faire face à une nouvelle réalité, notamment l'émission de titres de dette communs à la zone euro, une action exclue par la chancelière.
« Cela signifie bien entendu que l'Allemagne doit payer. Mais cet argent est correctement investi dans l'avenir – le nôtre et celui de l'Europe –, dans la paix et l'opulence.
EURACTIV avec Reuters – Article EURACTIV traduit de l'anglais