La Commission européenne dévoile ses objectifs climatiques pour 2040

La Commission européenne a présenté ses recommandations concernant l’objectif climatique de l’UE pour 2040, plaidant pour une réduction de 90 % des émissions par rapport à 1990 et ouvrant la voie au captage et au stockage du carbone pour réduire les émissions résiduelles de l’industrie.

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EP Plenary session – Strengthening the CO2 emission performance targets for new heavy-duty vehicles
Un objectif climatique pour 2040 « aidera l’industrie, les investisseurs, les citoyens et les gouvernements européens à prendre des décisions au cours de cette décennie, ce qui permettra à l’UE d’atteindre son objectif de neutralité climatique en 2050 », explique la Commission. [<a href="https://multimedia.europarl.europa.eu/en/photo/ep-plenary-session-strengthening-the-co2-emission-performance-targets-for-new-heavy-duty-vehicles_20231121_EP-159341D_MCU_PBU_046" target="_blank" rel="noopener">Parlement européen, 2023</a>]

La Commission européenne a présenté, ce mardi (6 février), ses recommandations concernant l’objectif climatique de l’UE pour 2040, plaidant pour une réduction de 90 % des émissions par rapport à 1990 et ouvrant la voie au captage et au stockage du carbone pour réduire les émissions résiduelles de l’industrie.

Sur la base d’une analyse d’impact détaillée, « la Commission recommande une réduction nette des émissions de gaz à effet de serre de 90 % d’ici à 2040 par rapport aux niveaux de 1990 », a déclaré l’exécutif de l’UE dans un communiqué de presse publié mardi.

Un objectif climatique intermédiaire pour 2040 « aidera l’industrie, les investisseurs, les citoyens et les gouvernements européens à prendre des décisions au cours de cette décennie, ce qui permettra à l’UE d’atteindre son objectif de neutralité climatique en 2050 », peut-on lire dans le communiqué.

À ce stade, la Commission ne fixe pas encore d’obligations juridiquement contraignantes pour les pays de l’UE ou l’industrie. Elle ne fait que lancer un débat qui débouchera sur une initiative législative après les élections européennes de juin, au terme desquelles une progression des conservateurs et de l’extrême droite est attendue.

« Une proposition législative sera présentée par la prochaine Commission, après les élections européennes, et approuvée avec le Parlement européen et les États membres, comme l’exige la loi européenne sur le climat », a fait savoir la Commission.

L’objectif de 90 % recommandé pour 2040 est celui qui était indiqué dans les documents de travail qui avaient fait l’objet d’une fuite et correspond au bas de la fourchette d’objectifs préconisée par le Conseil consultatif scientifique sur le changement climatique de l’UE.

Un objectif d’émissions plus faible de 80 % ou 85-90 % d’ici 2040 a également été envisagé, mais il n’a finalement pas été retenu parce qu’il « renvoie largement le déploiement des nouvelles technologies à 2041-2050, et risque donc de ne pas aboutir à la neutralité climatique d’ici 2050 », explique la Commission.

En revanche, l’objectif de 90 % « s’accompagne d’investissements plus rapides pour le déploiement de nouvelles technologies de réduction des émissions de carbone, telles que la production d’hydrogène par électrolyse, le stockage et l’utilisation du carbone et l’élimination du carbone dans l’industrie entre 2031 et 2040 », ajoute la Commission.

Le déploiement de ces technologies sera toutefois coûteux : « près de 660 milliards d’euros » seront nécessaires chaque année pour les investissements énergétiques au cours de la période 2031-2050, ce qui équivaut à 3,2 % du PIB de l’UE. Pour les transports, les dépenses sont estimées à environ 870 milliards d’euros par an sur la même période, soit 4,2 % du PIB du bloc.

Mais ne pas agir serait tout aussi coûteux : selon la Commission européenne, les dommages économiques dus au climat en Europe ont été estimés à 170 milliards d’euros au cours des cinq dernières années. En outre, la réduction des émissions et le passage à des énergies propres contribueront également à réduire la dépendance de l’Europe à l’égard des combustibles fossiles, qui représentaient plus de 4 % du PIB en 2022, selon l’exécutif européen.

Priorité à la mise en œuvre

Selon Simone Tagliapietra, du groupe de réflexion Bruegel basé à Bruxelles, l’objectif de 90 % proposé par la Commission s’inscrit à la fois dans la continuité et constitue une révolution.

« Continuité parce qu’une mise en œuvre correcte des mesures de l’“Ajustement à l’objectif 55” [Fit for 55] déjà approuvées d’ici 2030 et leur application continue jusqu’en 2040 permettraient à l’UE de se rapprocher de l’objectif », a déclaré Mme Tagliapietra.

« Révolutionnaire parce que cela nécessitera une décarbonation massive de secteurs difficiles [à décarboner] tels que les bâtiments et les transports. Pour être socialement acceptable et politiquement viable, cette démarche nécessitera de nouvelles actions fortes de la part de l’UE dès les prochaines années, notamment un nouveau financement vert de l’UE pour faire face aux investissements massifs nécessaires pour y parvenir. »

Atteindre l’objectif de 90 % ne sera toutefois pas chose aisée.

« Dire que le travail est déjà presque fait n’est tout simplement pas vrai », a déclaré l’eurodéputé allemand Peter Liese (Union chrétienne-démocrate, CDU), membre du Parti populaire européen (PPE), le plus grand groupe politique de l’hémicycle.

« Le plus important pour moi est que la Commission se concentre beaucoup plus sur les développements internationaux qu’elle ne le faisait auparavant », a indiqué M. Liese aux journalistes mardi. Il recommande la mise en place d’une « task force sur les marchés internationaux du carbone » afin de traiter les demandes des pays tiers liées au système de tarification du CO2 récemment adopté par l’UE, le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF).

La Commission « est inondée de demandes sur la manière d’éviter le MACF. Il est évident qu’il fonctionne. Mais en même temps, elle n’a pas le personnel pour cela », souligne-t-il.

La Commission en est consciente et affirme que « le point de départ est la mise en œuvre intégrale de la législation existante visant à réduire les émissions d’au moins 55 % d’ici à 2030 ».

Et les pays de l’UE ne sont actuellement pas sur la bonne voie, puisque les plans nationaux actuels devraient mener à une réduction des émissions estimée à 51 % seulement.

« La mise à jour en cours des projets de plans nationaux en matière d’énergie et de climat (PNEC) est un élément clé du suivi des progrès accomplis et la Commission collabore avec les États membres, l’industrie et les partenaires sociaux afin de faciliter les mesures nécessaires. », a indiqué la Commission.

Absorptions de carbone

Un autre aspect clé du débat sur l’objectif climatique pour 2040 est la place réservée aux absorptions de carbone dans les domaines de l’agriculture et de la sylviculture ou via des technologies industrielles émergentes telles que le captage direct de l’air (DAC) et la bioénergie avec captage et stockage du carbone (BECSC).

« La réalisation de l’objectif de 90 % recommandé nécessitera à la fois des réductions des émissions et des absorptions de carbone », soutient la Commission. « Elle nécessitera le déploiement de technologies de captage et de stockage du carbone, ainsi que l’utilisation du carbone capté [provenant de] l’industrie », ajoute-t-elle.

La Commission a souligné la « stratégie industrielle de gestion du carbone de l’UE » publiée mardi, qui vise à soutenir le développement de chaînes d’approvisionnement en CO2 et d’infrastructures de transport.

« Le captage du carbone devrait cibler les secteurs difficiles à réduire où les solutions de remplacement sont moins viables sur le plan économique. Les absorptions de carbone seront également nécessaires pour générer des émissions négatives après 2050 », affirme l’exécutif européen.

Selon les estimations de la Commission, « le niveau des émissions de GES [gaz à effet de serre] restantes de l’UE en 2040 devrait être inférieur à 850 Mt éq. CO2 et l’absorption du carbone (de l’atmosphère par le biais de l’absorption du carbone terrestre et industriel) devrait atteindre jusqu’à 400 MtCO2 ».

Cependant, les groupes environnementaux avertissent que cette politique pourrait être très risquée. Avant l’annonce de la Commission, les groupes de défense de l’environnement avaient prévenu que la combinaison de l’absorption du carbone avec l’objectif existant de réduction des émissions de l’UE applicable aux industries règlementées risquait de réduire les incitations des entreprises à réduire leurs émissions.

« Cela pourrait avoir pour conséquence de retarder les réductions d’émissions ou de les remplacer par des promesses d’absorptions ou de stockage futures », ont averti Carbon Market Watch et d’autres groupes écologiques dans un article d’opinion pour Euractiv.com.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]