La Commission européenne lance son forum « Global Gateway »
La Commission européenne a lancé mercredi le forum de son programme phare d’investissement dans les infrastructures étrangères, le « Global Gateway », une semaine seulement après que la Chine a organisé son propre forum pour célébrer les succès de ses Nouvelles routes de la soie.
La Commission européenne a lancé mercredi (25 octobre) le forum mondial de son programme phare d’investissement dans les infrastructures étrangères, le « Global Gateway », une semaine seulement après que la Chine a organisé son propre forum pour célébrer les succès de ses Nouvelles routes de la soie.
Lancé il y a deux ans, le programme « Global Gateway » de l’UE vise à investir 300 milliards d’euros d’ici à 2027 dans le développement d’infrastructures matérielles et immatérielles dans le monde entier, telles que des installations de production de vaccins, des routes ou encore des connexions Internet à haut débit, ainsi que dans la numérisation des transports et la conclusion d’accords portant sur des matières premières essentielles.
L’initiative des Nouvelles routes de la soie, dotée de 1 000 milliards d’euros, a été lancée par Pékin il y a dix ans. À l’instar de l’ancienne Route de la soie, elle a pour objectif de relier la Chine au monde.
Toutefois, certains pays qui se sont laissés tenter par les investissements chinois se retrouvent pris dans le « piège de la dette ». La stratégie Global Gateway de l’UE a donc été présentée comme une alternative à ce piège chinois.
« Nous devons également nous demander : que pouvons-nous accomplir de plus, ensemble ? Qu’avons-nous appris jusqu’ici ? Sur quoi devons-nous nous concentrer pour être encore plus rapides, aller encore plus loin et avoir encore plus d’impact ? » a demandé Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, aux pays partenaires et aux investisseurs dans son discours d’ouverture du forum mercredi à Bruxelles.
La Commission européenne a organisé le forum Global Gateway pour réfléchir à l’avenir de son aide au développement et de ses relations avec les pays tiers, alors qu’elle est confrontée à la concurrence de la Chine, de la Russie et d’autres acteurs majeurs sur la scène internationale.
Depuis son lancement, le programme européen a lancé 89 projets en Amérique latine, dans les Caraïbes, au Moyen-Orient, en Asie, dans le Pacifique et en Afrique subsaharienne, et a engagé 66 milliards d’euros.
L’évènement de l’UE intervient une semaine après le forum des Nouvelles routes de la soie, auquel le président russe Vladimir Poutine a participé en tant qu’invité aux côtés du président indonésien Joko Widodo, de dirigeants africains ou encore du Premier ministre hongrois Viktor Orbán.
Les investissements chinois
La voix des Européens peine toutefois à se faire entendre dans les pays en développement, où elle est en concurrence avec des investissements plus rapides, notamment chinois.
« Comme vous le savez, beaucoup de nos projets en sont encore à leurs prémices. Vous connaissez les défis mais vous connaissez aussi les bénéfices. Nous sommes déterminés à surmonter tous les obstacles. Ensemble, nous pouvons y arriver. […] C’est pourquoi vos contributions et conseils sont si importants à nos yeux », a déclaré Mme von der Leyen devant les représentants des pays tiers et les investisseurs.
Certains pays, comme le Brésil, se sont plaints du fait que les offres de l’UE ne sont pas décidées en coordination avec les autorités nationales et ne tiennent pas compte des besoins locaux.
Par rapport à cela, Mme von der Leyen a déclaré que l’objet de Global Gateway était d’« offrir des choix aux pays concernés — de meilleurs choix ». « Pour de nombreux pays de la planète, en effet, les options d’investissement sont non seulement limitées, mais soumises en outre à un très grand nombre de conditions, et parfois assorties d’un prix très élevé », a-t-elle expliqué.
« Parfois, c’est l’environnement qui paie le prix. Parfois, ce sont les travailleurs, qui se voient privés de leurs droits. Parfois, c’est de la main-d’œuvre étrangère qui est embauchée. Et parfois, la souveraineté nationale est compromise. Aucun pays ne devrait être confronté à une situation dans laquelle la seule option possible pour financer ses infrastructures essentielles consiste à hypothéquer son avenir », a-t-elle soutenu.
En marge du sommet, elle a également annoncé de nouveaux accords sur les matières premières essentielles avec la République démocratique du Congo et la Zambie, afin de réduire leur dépendance de chaque partie vis-à-vis des marchés de l’autre en termes d’offre et de demande.
« Nous parlons de plus en plus de la concurrence des offres, et pas seulement de la concurrence des récits », avait indiqué la commissaire européenne au Développement, Jutta Urpilaine, à Euractiv au début du mois.
Selon un responsable de l’UE, le fait que le premier forum Global Gateway ait rassemblé plus de 40 représentants gouvernementaux de haut niveau montre que cette stratégie « tient ses promesses », laissant entendre qu’il rivalise bien en termes de volume avec son homologue chinois.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]