La Commission prête à enquêter sur des équipementiers télécoms chinois

La Commission européenne a prévenu mercredi (15 mai) la Chine qu’elle était prête à ouvrir une enquête sur le comportement anticoncurrentiel d'équipementiers télécoms, mais n’a pas entamé la procédure.

EURACTIV.com / Reuters
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La Commission européenne a prévenu mercredi (15 mai) la Chine qu’elle était prête à ouvrir une enquête sur le comportement anticoncurrentiel d'équipementiers télécoms, mais n’a pas entamé la procédure.

 

Karel De Gucht, le commissaire européen en charge du commerce, a déclaré dans un communiqué que lui-même et les autres commissaires s'étaient mis d'accord sur le principe d'une enquête antidumping et antisubventions, privilégiant toutefois une solution négociée avec la Chine.

 

« L'heure tourne. Nous laissons la porte ouverte à des négociations avec nos partenaires chinois depuis environ un an maintenant et nous espérons que les autorités chinoises fassent un pas en avant et s'adressent à nous sérieusement », a-t-il expliqué à des journalistes lors d'une conférence de presse.

 

Le doigt sur la détente

 

Une source de l'UE a reconnu que l'annonce manquait de mesures, mais a ajouté :  « Nous mettons notre doigt sur la détente et nous sommes prêtes à tirer, mais nous laissons la porte ouverte aux négociations. »

 

La position de Karel De Gucht est délicate étant donné que les États membres adoptent des points de vue divergents sur les avantages de la poursuite d'une enquête.

 

>> Lire : Enquête sur la Chine : Karel De Gucht jongle avec la politique et la diplomatie

 

EURACTIV a cru comprendre que le commissaire européen avait rencontré des diplomates allemands mardi pour discuter de ce sujet. Le plus grand État membre de l'UE hésite à poursuivre l'enquête contre la Chine, car il craint des représailles éventuelles sur son économie qui dépend des exportations.

 

L'Union européenne représente le partenaire commercial le plus important de la Chine. Du côté de l'UE, la Chine se trouve en deuxième position derrière les États-Unis. Les exportations de produits chinois vers l'Union européenne s'élevaient à 290 milliards d'euros l'année dernière alors que, dans le sens inverse, le montant équivalait à 144 milliards d'euros. Le déficit commercial en biens entre l'UE et la Chine est en déclin depuis le pic de 2008.

 

18 enquêtes commerciales

 

L'UE a augmenté le nombre d'enquêtes commerciales.

 

Elle en mène actuellement 31 liées au commerce, dont 18 concernant la Chine. La plus importante concerne l'importation de panneaux, cellules et wafers solaires chinois pour une valeur estimée à 21 milliards d'euros. L'UE devrait imposer des droits punitifs dans cette affaire.

 

L'enquête sur les équipementiers télécoms, si elle est ouverte, marquera un nouveau rebondissement dans les relations commerciales entre l'UE et la Chine, car elle sera menée à l'initiative de la Commission européenne elle-même, et non à la suite d'une plainte de professionnels concernés.

 

Selon des responsables, les équipementiers européens comme Alcatel-Lucent, Ericsson et Nokia Siemens Networks, qui souffrent des importations à bas prix, ne sont pas disposés à déposer une plainte officielle, car ils craignent des représailles de la part de la Chine.

 

L'UE a déclaré que si elle ouvrait une enquête de sa propre initiative, appelée enquête d'office, elle garantirait un certain degré de protection aux entreprises de l'UE.

 

« Cette possibilité est particulièrement importante puisqu'elle offre un "bouclier" quand le risque de représailles est élevé contre les entreprises européennes qui demandent des instruments de défense commerciale », a indiqué la Commission dans un communiqué visant à expliquer ses motifs.

 

Les exploitants chinois de télécommunications commenceront à accorder des contrats pour des réseaux mobiles super rapides cette année, ce qui devrait stimuler fortement Huawei, le deuxième plus grand fabricant au monde, et ZTE, le cinquième équipementier en télécommunications.

 

Le nouveau ministre chinois doit négocier

 

La Chine exporte vers l’Union européenne des équipements de réseau, des stations de base et des connexions utilisés par les opérateurs de télécommunications afin de transmettre des messages vocaux et de données pour une valeur supérieure à 1 milliard d'euros par an, soit près d'un quart du marché.

 

L'enquête ne concerne pas les appareils grand public, comme les téléphones et les modems.

 

Aucun fabricant chinois ou européen n'est menacé, selon la Commission.

 

Une source proche du dossier à Bruxelles a expliqué à EURACTIV que l'un des défis qui attendaient Karl De Gucht était la négociation avec Gao Hucheng, le nouveau ministre chinois du commerce depuis mars.

 

« Le genre d'accord commercial dont a besoin Karel De Gucht peut seulement être convenu au niveau du Politburo [chinois]. Gao Hucheng n'est donc pas dans une position pour négocier à un niveau adéquat », a déclaré la source, sous couvert de l'anonymat.