La Commission se retire d'une conférence suite à la participation de Taïwan

La députée européenne Pina Picierno a établi un lien entre cette décision et les plaintes formulées par la Chine

EURACTIV.com
Hsiao Bi-khim [Annabelle Chih/Getty Images]

La Commission européenne a annulé sa participation à une conférence en Italie après l’annonce de la présence, à titre d’invitée surprise, de la vice-Première ministre taïwanaise Hsiao Bi-khim.

Des dissidents et des militants pour la démocratie originaires d’Ukraine, de Russie et du Venezuela se sont réunis sur l’île de Ventotene pour discuter de la lutte de l’UE contre l’autocratie. Cette conférence de trois jours, co-organisée par le Parlement européen, était présidée par Pina Picierno, députée européenne du groupe Renew et vice-présidente du Parlement.

Jeudi, le bureau du Parlement européen en Italie a annoncé l’arrivée de la vice-Première ministre taïwanaise sur l’île. Le ministre des Affaires étrangères de Taïwan était également présent à la conférence.

La représentation de la Commission européenne en Italie a ensuite informé le bureau de liaison du Parlement européen – dont le personnel se trouvait déjà sur l’île – qu’elle souhaitait que son propre logo soit retiré de l’événement, a indiqué un responsable parlementaire à Euractiv. La dernière version du programme disponible en ligne ne comporte désormais plus que le logo du Parlement.

Un fonctionnaire de la Commission, Alessandro Giordani, devait intervenir samedi après-midi lors d’une table ronde aux côtés de Picierno. Il a annulé sa participation alors qu’il était en route pour Ventotene.

Dans un échange de messages consulté par Euractiv, Giordani a confirmé que la Commission européenne lui avait donné pour instruction de ne pas y assister.

Picierno a déclaré à Euractiv que la participation de Hsiao avait été gardée secrète par crainte que la Chine ne l’empêche de voyager.

La députée européenne de haut rang s’est dite convaincue que la décision de la Commission de ne pas assister à la conférence était due aux protestations chinoises concernant la présence de Hsiao.

Elle a indiqué qu’elle soumettrait lundi une question parlementaire à Ursula von der Leyen afin d’obtenir des explications. Selon Reuters, Pékin a adressé des plaintes à Rome et à Bruxelles concernant la participation de la vice-Première ministre.

« L’UE reste pleinement attachée à sa politique d’une seule Chine. Dans le cadre de cette politique, l’UE reconnaît le gouvernement de la République populaire de Chine comme le seul gouvernement de la Chine », a déclaré un porte-parole de la Commission dans un communiqué écrit.

« Dans le cadre de cette politique, l’UE et ses États membres ont intérêt à entretenir des échanges avec Taïwan, afin de promouvoir les intérêts de l’UE et dans le respect de la politique de l’UE d’une seule Chine […] La Commission européenne n’organise ni n’accueille cette conférence », a ajouté le porte-parole.

Cela intervient à un moment délicat dans les relations entre l’UE et la Chine, Bruxelles menaçant de prendre des mesures de rétorsion économiques en raison de pratiques commerciales déloyales et accusant Pékin de soutenir la guerre menée par la Russie contre l’Ukraine.

(adm, ew)