EXCLUSIF : L’industrie de la fourrure se fracture alors que Bruxelles réfléchit à l’avenir du secteur

Le secteur est confronté à des divisions internes concernant les certifications en matière de bien-être animal

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[Albert Foss/ullstein bild via Getty Images]

Le secteur européen de la fourrure est divisé sur la question de savoir qui est autorisé à vendre des fourrures « certifiées bien-être animal », alors même que Bruxelles s’apprête à décider de l’avenir de ce secteur. 

Le grand producteur de fourrure Van Ansem est en train de mettre en place une maison de vente aux enchères concurrente après s’être opposé au lobby européen Fur Europe au sujet de l’accès au label de bien-être animal du secteur, WelFur, selon une lettre obtenue par Euractiv. 

Cette polémique survient à un moment délicat. Bruxelles réfléchit encore à la manière de répondre à l’initiative citoyenne Fur Free Europe, qui réclame l’interdiction par l’UE de l’élevage d’animaux à fourrure et de la vente de fourrure. 

Dans une lettre datée du 16 août adressée à Fur Europe et à la Fédération internationale de la fourrure (IFF), Van Ansem a déclaré qu’il lancerait sa propre plateforme d’enchères après avoir échoué à obtenir des conditions lui permettant de vendre des peaux certifiées directement aux acheteurs. 

« Nous sommes dans le même bus depuis des années », a écrit l’entreprise. « Nous avons donc décidé de construire notre propre bus et, si nécessaire, de le conduire nous-mêmes. »

Fur Europe n’a pas souhaité commenter cette lettre, tandis que Van Ansem n’a pas répondu à la demande de commentaires d’Euractiv. La Commission européenne a indiqué à Euractiv que les travaux se poursuivent concernant sa communication sur l’élevage d’animaux à fourrure dans l’UE.

La bataille autour de WelFur

Van Ansem reste un acteur de premier plan dans une industrie mondiale de la fourrure en déclin.  

Fondée aux Pays-Bas en 1964, cette entreprise familiale est aujourd’hui présente dans plusieurs pays et commercialise ses produits sous la marque Unicorn Fur Farms. Lors de la seule vente aux enchères de Saga Furs organisée en mars 2026 à Helsinki, elle a proposé 343 900 peaux de vison.  

Mais l’entreprise fait également l’objet d’une surveillance étroite concernant ses pratiques en matière de bien-être animal. En 2024, une association polonaise de défense du bien-être animal a diffusé des images montrant des employés donnant des coups de pied à des visons et les projetant contre les parois de leurs cages. 

Au cœur de la polémique se trouve WelFur, le programme européen de certification du bien-être animal de l’industrie de la fourrure, en vigueur depuis 2018. Des inspecteurs indépendants évaluent les élevages avant que les peaux puissent être commercialisées avec la certification WelFur. 

Contrairement à de nombreux produits agricoles, les producteurs vendent généralement leurs peaux à des maisons de vente aux enchères spécialisées, qui les classent et les regroupent avant de les vendre à des acheteurs internationaux.

La société finlandaise Saga Furs est désormais la seule maison de vente aux enchères de l’Union européenne à commercialiser de la fourrure certifiée. Pour les producteurs européens souhaitant commercialiser leurs peaux sous le label WelFur, ce système d’enchères revêt une importance cruciale. 

Van Ansem fait valoir que le système actuel laisse aux producteurs trop peu de contrôle sur la manière dont leurs peaux sont vendues et les oblige de fait à passer par les circuits d’enchères existants s’ils souhaitent bénéficier de la certification WelFur.

L’entreprise demande désormais à Fur Europe de définir les conditions dans lesquelles sa nouvelle maison de vente aux enchères pourrait continuer à vendre des peaux certifiées WelFur. 

L’entreprise conteste également les prélèvements liés aux ventes de ses peaux lors des ventes aux enchères de Saga en mars et en juin, affirmant vouloir davantage de contrôle sur la manière dont cet argent est dépensé, notamment en matière de lobbying politique et de promotion de la fourrure. 

Lorsque les peaux sont vendues par l’intermédiaire de Saga, une redevance est prélevée sur le produit de la vente et reversée à Fur Europe. Selon les calculs d’Euractiv basés sur des sources du secteur, les seules ventes de Van Ansem en mars auraient généré 24 000 € pour Fur Europe. 

Une fragmentation croissante  

Le différend concernant Van Ansem n’est que le dernier signe en date des tensions au sein du secteur mondial de la fourrure.

WelFur relève de Furmark, le système de certification supervisé par la Fédération internationale de la fourrure (IFF), qui regroupe des groupes de pression régionaux tels que Fur Europe.

Ce système est lui aussi soumis à des pressions. En novembre, Saga Furs a annoncé qu’elle mettait fin à son accord de longue date avec l’IFF concernant le prélèvement de cotisations, en raison de problèmes juridiques et administratifs non résolus. Saga a déclaré qu’elle avait été, de loin, le principal bailleur de fonds de la fédération.

L’IFF a par la suite résilié l’accord de certification Furmark de Saga. 

La perte du financement de Saga Furs a aggravé les difficultés financières de l’IFF. En juillet, la fédération a annoncé la mise en place de nouveaux frais destinés à financer ses activités de lobbying.

Pour une industrie qui se bat déjà pour sa survie politique à Bruxelles, la bataille pour le contrôle du label de bien-être animal ouvre un nouveau front. 

(adm, cm)