La crise en Egypte domine l'agenda du sommet de l'UE

Le développement de la crise en Egypte a éclipsé l'agenda du sommet de l'UE aujourd'hui (4 février) qui devait se concentrer sur l'énergie et l'innovation. Cette situation a également révélé les limites de la haute représentante pour la politique étrangère, Catherine Ashton, qui a dû s'effacer alors que la révolution du « Jasmin » se propageait.

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Le développement de la crise en Egypte a éclipsé l'agenda du sommet de l'UE aujourd'hui (4 février) qui devait se concentrer sur l'énergie et l'innovation. Cette situation a également révélé les limites de la haute représentante pour la politique étrangère, Catherine Ashton, qui a dû s'effacer alors que la révolution du « Jasmin » se propageait.

Les chefs d'Etat et de gouvernement se réunissent aujourd'hui à Bruxelles alors que la situation se détériore en Egypte. En effet, les affrontements font rage entre les détracteurs du président Hosni Moubarak et ses sympathisants et un vent de guerre civile souffle sur le pays.

Les affrontements d'hier ont fait au moins dix morts et plus de 600 blessés. Un million de manifestants devraient se rassembler aujourd'hui au Caire pour ce qu'ils ont intitulé le « vendredi du départ » pour M. Moubarak.

Toutefois, les téléspectateurs étrangers restent largement privés d'images dans la mesure où les journalistes sont constamment la cible des sympathisants de M. Moubarak.

Déclaration des cinq « plus grands » de l'UE

Les premiers ministres britannique, allemand, italien et espagnol, ainsi que le président français ont publié hier (3 février) une déclaration commune qui condamne la violence et les attaques perpétrées contre les journalistes et demande qu'un processus de transition débute immédiatement.

« Seule une transition rapide et ordonnée vers un gouvernement à représentation élargie permettra de surmonter les défis auxquels l'Egypte doit faire face aujourd'hui. Ce processus de transition doit commencer dès maintenant », peut-on lire dans la déclaration.

La haute représentante, Catherine Ashton, a quant à elle publié une déclaration qui selon sa porte-parole n'est « pas différente » dans son essence.

« Je demande aux autorités égyptiennes d'entreprendre dès à présent une réelle transition significative vers une vraie réforme démocratique ouvrant la voie à des élections libres et justes », a-t-elle déclaré.

« Second violon »

Ce n'est pas la première fois que Mme Ashton semble avoir des difficultés à réagir de manière suffisamment forte. Toutefois, les récents développements qui ont suivit la « Révolution du Jasmin » en Tunisie ont clairement mis en évidence ce handicap.

Selon le Traité de Lisbonne, la haute représentante devrait exprimer la position de l'Union européenne envers les pays tiers, mais les positions communes sont encore formulées par les Etats membres eux-mêmes.

Il y a deux jours, les eurodéputés ont accusé Mme Ashton de ne pas être à la hauteur de sa position et de ne jouer qu'en tant que « second violon » dans la politique étrangère de l'UE.

Guy Verhofstadt, le leader de groupe ALDE, lui a ironiquement fait remarqué que la seule réaction « européenne » jusqu'à présent avait été faite par le premier ministre turc, Recep Tayyip Erdo?an, qui a dit que M. Moubarak devrait écouter sa population et se retirer.

Mme Ashton s'est défendue et a demandé de manière rhétorique aux eurodéputés s'ils pensaient lui avoir donné les « outils et ressources » nécessaires pour qu'elle puisse jouer un rôle plus important.

Quoi qu'il en soit, Mme Ashton reprendra aujourd'hui son rôle de modérateur et présidera la seconde moitié du déjeuner avec les chefs d'Etat et de gouvernement de l'UE dont le sujet sera la situation en Egypte.

Un texte sur l'Egypte devrait également faire partie des conclusions du sommet. La questions principale serait de savoir si les dirigeants de l'UE feront pression ou non sur M. Moubarak pour qu'il démissionne immédiatement.

Une réforme supervisée par M. Moubarak ?

L'administration Obama est en pleine discussion avec de hauts fonctionnaires égyptiens sur la possible démission immédiate du président Hosni Moubarak et la formation d'un gouvernement intérimaire qui pourrait préparer le pays à des élections libres et justes plus tard cette année, ont déclaré des fonctionnaires américains tard ce jeudi.

M. Moubarak a fait une apparition à la télévision mardi et a promis de ne pas se représenter aux élections de septembre et d'apporter son aide pour mettre en place des réformes constitutionnelles et sociales jusqu'à la fin de son mandat. Il a également indiqué qu'il n'avait pas l'intention de quitter le pays comme l'a fait le dictateur tunisien, Zine al-Abidine Ben Ali, suite à la révolution à Tunis.

Depuis lors, Washington et les pays de l'UE ont clairement fait savoir que le départ de M. Moubarak du pouvoir devrait voir lieu bien avant le mois de septembre, dans l'espoir qu'une transition plus rapide puisse minimiser les facteurs de risque.

Selon une analyse réalisée par la société mondiale de renseignement, Stratfor, la vérité, c'est qu'il ne devrait pas y avoir de réel changement de régime en Egypte, ce qu'espère d'ailleurs l'administration américaine. L'opposition devrait se satisfaire du départ de M. Moubarak, mais ensuite, tout nouveau pouvoir serait dépendant de l'armée, écrit le site Internet basé à Washington.

« Les garants de la stabilité de l'Etat sont les forces armées du pays, ce qui signifie que l'ordre établit par Gamal Abdel Nasser en 1952 ne subira pas de changement majeur de si tôt. C'est pour cette raison que les Etats-Unis ne s'inquiètent pas de la fin de l' « ère Moubarak » et qu'ils demandent que le président parte le plus tôt possible », conclut Stratfor.

Un des arguments en faveur de cette prévision pourrait être le fait qu'aucune opposition ne se tient derrière les protestations qui sont dirigées par la société civile.

Perspectives orientales

Les dirigeants des pays membres situés en Europe de l'est n'ont pas été invités à signer la lettre rédigée par les cinq plus grands Etats. Personne n'a pourtant semblé s'en offenser dans la mesure où la caractéristique commune des cinq signataires semble être qu'ils peuvent réellement parler à M. Moubarak et faire pression sur celui-ci.

Les pays d'Europe de l'est, et la Pologne en particulier, seraient satisfaits si, en échange, ils pouvaient bénéficier du même pouvoir vis-à-vis des pays faisant partie du Partenariat oriental, rapporte le réseau EURACTIV.

Contrairement à la situation de la guerre en Irak, il n'y a pas de division entre l' « ancienne » et la « nouvelle » Europe, ont déclaré des experts contactés par EURACTIV Allemagne.

Almut Möller, du groupe de réflexion DGAP (Association allemande des politiques étrangères), a déclaré qu'il n'y avait pas de grande contradiction entre la stratégie des Etats membres de l'UE vis-à-vis de l'Egypte et celle des Etats-Unis. Elle a expliqué que le principal problème de l'UE était que les Etats membres n'avaient pas vu venir les évènements.

Afin de regagner de la crédibilité, l'UE devrait s'impliquer et envoyer une équipe d'observateurs pour les élections présidentielles. L'Union devrait chercher à établir des contacts avec toutes les forces de l'opposition, même les mouvements islamistes, a-t-elle ajouté.

2011 au Moyen-Orient comme 1989 en Europe centrale ?

Comme l'a rapporté EURACTIV Slovaquie, les récents développements dans les pays du sud de la Méditerranée suite à la révolution tunisienne ressemblent pour beaucoup à la vague de révolutions de 1989 en Europe centrale et orientale.

Le premier ministre slovaque, Mikuláš Dzurinda, a déclaré que la situation en Egypte lui apparaissait « un peu comme la révolution de velours », mais il a ajouté qu'il y avait plus de différences que de similitudes.

Son collègue tchèque, Karel Schwarzenberg, qu'il vient juste de rencontrer, aurait indiqué que l'UE n'avait pas de réel interlocuteur au sein de l'opposition.

« L'UE connaît [l'ancien directeur de l'AIEA, Mohamed] El Baradei, et c'est à peu près tout. Le dirigeant des Frères musulmans a dit qu'il avait été libéré de prison mais que personne n'avait pris contact avec lui. Ce sera donc un mouvement relativement inconnu qui devrait prendre le pouvoir. Ce n'était pas le cas dans notre pays avant 1989, le dirigeant Václav Havel était déjà connu depuis de nombreuses années », a expliqué M. Schwarzenberg.

« Nous ne connaissons personne comme ça en Egypte », a-t-il ajouté.

« Je suis convaincu que si un régime démocratique s'établit dans le pays, l'Union européenne devra aider considérablement l'Egypte. Pas seulement avec de belles paroles, mais aussi via une réelle assistance », a-t-il déclaré.