La crise gazière jette de nouveaux doutes sur le gazoduc de l’UE Nabucco [FR]
Hier (19 janvier) des experts de l’énergie de haut niveau ont posé des questions délicates au Parlement européen sur l’avenir du projet phare de l’UE, le gazoduc Nabucco, qui est considéré par beaucoup comme la panacée pour réduire la dépendance de l’UE aux importations de gaz russe.
Hier (19 janvier) des experts de l’énergie de haut niveau ont posé des questions délicates au Parlement européen sur l’avenir du projet phare de l’UE, le gazoduc Nabucco, qui est considéré par beaucoup comme la panacée pour réduire la dépendance de l’UE aux importations de gaz russe.
La crise gazière entre la Russie et l’Ukraine, qui a interrompu ou perturbé l’approvisionnement gazier de 18 Etats européens, n’a pas semblé être un argument suffisant en faveur de Nabucco pour les experts s’adressant hier à la commission des Affaires étrangères du Parlement européen.
Au niveau politique, il est en premier lieu apparu que Nabucco gagnerait en crédibilité à la lumière de la crise (EURACTIV 09/01/09). Mais il a été présenté hier aux eurodéputés un projet de rapport plus pessimiste sur la sécurité énergétique de l’UE, dans lequel Nabucco joue un rôle important. Le rapport a été présenté quelques jours avant que la Hongrie n’accueille un « sommet Nabucco » à Budapest le 27 janvier.
Le sommet a soulevé des espoirs que le projet soit relancé. En effet, la République tchèque, qui détient actuellement la présidence tournante de l’UE pour six mois, a indiqué qu’elle mettrait le projet Nabucco en tête de ses priorités (EURACTIV 16/12/08).
Le Professeur Alan Riley, du Centre for European Policy Studies (CEPS), a déclaré que la principale question concernant Nabucco était de savoir d’où allait provenir le gaz. Selon lui, le manque d’investissements rend les importations d’Iran problématiques, dans la mesure où ce pays est toujours un importateur net de gaz, en dépit du fait qu’il détient la troisième réserve mondiale. Par ailleurs, en raison des sanctions actuellement en vigueur contre l’Iran, l’intégralité du projet pourrait être réalisée dans un avenir lointain, a ajouté le Professeur Riley.
En ce qui concerne le Turkménistan, le Pr. Riley a indiqué que le gouvernement de ce pays est peu disposé à fournir du gaz à l’Europe, étant donné qu’il préfère le vendre à la Russie et a également la Chine comme client alternatif.
Concernant la question du transit, le Pr. Riley a prévenu que la Turquie, un pays de transit clé, a lui-même une demande nationale en gaz énorme, alors que les différends juridiques sur la délimitation de la mer Caspienne pourraient être utilisés par la Russie pour bloquer le projet. Il a également souligné que le financement de Nabucco était toujours un défi.
Le Dr. Andrew Monaghan du Collège de défense de l’OTAN à Rome, auteur du projet de rapport, s’est également montré sceptique à l’égard du projet. S’il est question de diversification, reste à savoir quelles sources et quelles routes seraient les plus avantageuses et les plus fiables, a-t-il déclaré.
Si l’un des objectifs de l’UE est de mettre l’accent sur les routes qui ne sont pas sous le contrôle de Moscou, alors il y a un risque que l’UE rivalise sur des marchés auxquels elle n’est pas familière et sur lesquels elle n’est pas bien placée, a-t-il prévenu.
Quant au rôle de la Turquie, le Dr. Monaghan a mis en garde contre le fait qu’un grand nombre des plans de diversification existants semblent se concentrer sur ce pays, et par conséquent, la question serait de savoir à quel point il s’agit vraiment de diversification.
Au moment où le Pr. Monaghan prononçait son discours, quelques eurodéputés étaient déjà conscients des menaces du Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan, qui a indiqué qu’Ankara pourrait repenser sous soutien à Nabucco si l’UE refuse de dégeler les négociations d’adhésion (EURACTIV 20/01/09).
Une phrase clé du rapport de l’analyste de l’OTAN semble paradoxale : selon lui, davantage d’engagement avec la Russie n’est probablement pas chose facile, mais il s’agit d’un élément essentiel. Pour lui, les autres partenaires sont bénéfiques, mais ne peuvent être vus comme des alternatives sérieuses et substantielles.