La dimension « extérieure » de la politique migratoire, une priorité pour le second mandat d’Ursula von der Leyen
Ursula von der Leyen, candidate à sa propre succession à la tête de la Commission, se dit prête à renforcer la dimension extérieure de la politique migratoire de l’UE en envisageant d’externaliser les procédures d’asile et de développer des partenariats économiques avec les pays voisins.
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, candidate à sa propre succession, a indiqué aux dirigeants de l’UE qu’elle était prête à renforcer la dimension extérieure de la politique migratoire européenne en envisageant d’externaliser les procédures d’asile et de développer des partenariats économiques avec les pays voisins.
À la veille du sommet des dirigeants européens qui aura lieu jeudi et vendredi (27-28 juin) à Bruxelles, Ursula von der Leyen, pressentie pour rester à la tête de l’exécutif européen durant les cinq prochaines années, a envoyé aux Vingt-Sept une lettre datée du 25 juin dans laquelle elle promet de prendre l’immigration au sérieux durant un éventuel second mandat. Euractiv a pu consulter cette lettre.
La gestion des flux migratoires, notamment irréguliers, est un sujet clé pour les gouvernements des États membres. Lors du sommet de cette semaine, les dirigeants de l’UE devront entre autres adopter un nouvel agenda stratégique pour la législature 2024-2029, dans lequel l’immigration devrait figurer en tête des priorités, selon un document consulté par Euractiv qui devrait être adopté lors de la rencontre.
Il s’agit également d’un sujet controversé, car les 27 gouvernements ont des approches différentes quant aux mesures à mettre en œuvre.
Davantage d’externalisation
L’UE a récemment adopté son nouveau Pacte sur l’asile et la migration, et a ensuite rapidement commencé à chercher à adopter des mesures supplémentaires pour « externaliser la migration ».
« Seul, [le Pacte] ne garantira pas notre succès […]. La dimension extérieure de notre travail sur les migrations est un facteur clé pour le succès du Pacte dans son ensemble », explique Ursula von der Leyen dans sa lettre.
Ces derniers mois, les États membres ont envoyé une série de lettres à la Commission pour lui demander de prendre des mesures visant à renforcer la coopération avec les pays tiers afin de lutter contre l’immigration clandestine, insistant sur la « dimension extérieure » de la politique migratoire de l’Union.
En mai 2024, 15 capitales ont demandé à l’exécutif de développer des mécanismes européens « qui viseraient à détecter, intercepter ou, en cas de détresse, secourir les migrants en haute mer et les amener dans un lieu sûr prédéterminé dans un pays partenaire en dehors de l’UE ». Cette demande fait notamment écho à l’accord migratoire controversé conclu à la fin de 2023 entre l’Italie et l’Albanie.
Dans sa lettre, Ursula von der Leyen semble s’engager à prendre en compte leurs demandes au cours de la prochaine législature, sans toutefois les mentionner explicitement.
« De nombreux États membres envisagent des stratégies innovantes pour prévenir la migration irrégulière en traitant les demandes d’asile en dehors des frontières extérieures de l’UE », a-t-elle expliqué.
« Des réflexions sont en cours sur des idées qui mériteront certainement notre attention lors de notre prochain cycle institutionnel », a ajouté l’Allemande, précisant que l’UE travaillerait toujours en étroite collaboration avec le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) et « dans le respect du droit international ».
Mais l’externalisation des procédures ne fait pas l’unanimité au sein de l’Union.
Par exemple, le ministre espagnol de l’Intérieur, Fernando Grande-Marlaska, a récemment confié à Euractiv que l’Espagne ne voyait pas l’externalisation des procédures comme l’option « la plus raisonnable », appelant plutôt à des méthodes « préventives » à long terme pour freiner l’immigration en « collaborant au développement des pays d’origine et de transit » des exilés.
À ce niveau, Ursula von der Leyen souligne dans sa lettre qu’elle continuerait, si elle devait être reconduite, à travailler sur des partenariats avec les pays voisins afin de coopérer dans un large éventail de domaines politiques. Elle cite par exemple les investissements de la France, de l’Espagne et de l’Allemagne dans l’économie de l’hydrogène vert en Mauritanie dans le cadre de la stratégie « Global Gateway », qui vise à renforcer l’influence de l’UE au niveau mondial.
« Les partenariats globaux ne peuvent fonctionner que si l’immigration est associée à une série d’intérêts communs tels que la sécurité, le développement économique, l’énergie et le commerce », a-t-elle poursuivi.
Récemment, l’UE a conclu des accords avec la Tunisie, la Mauritanie et l’Égypte visant à réduire les flux migratoires, qui impliquent d’importantes sommes d’argent, après un autre accord controversé avec la Libye.
Instrumentalisation des migrations
Plus tôt ce mois-ci, le Danemark, l’Estonie, la Lettonie, la Lituanie, la Finlande, la Suède et la Pologne ont envoyé une lettre à la Commission pour lui demander d’élargir les possibilités pour les États membres de « déroger temporairement à la législation de l’UE pour des raisons de sécurité nationale ».
La lettre contenait une proposition visant à développer davantage la législation européenne pour contrer l’instrumentalisation des flux migratoires par la Russie aux frontières orientales de l’UE.
En réponse aux demandes de ces pays, la présidente de la Commission a affirmé que « les États membres doivent être en mesure de contrer efficacement [l’instrumentalisation] et de garantir la stabilité et la sécurité de notre Union ».
« Nous devrons donc continuer à réfléchir au renforcement du cadre juridique de l’UE afin de fournir une réponse appropriée, non seulement du point de vue de l’immigration, mais aussi du point de vue de la sécurité, conformément aux traités », a-t-elle conclu.
[Édité par Anna Martino]