La diplomatie française au Proche-Orient mise à l'épreuve par la visite d'Emmanuel Macron en Israël

Le président français Emmanuel Macron est à Tel-Aviv depuis mardi pour s’entretenir avec le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou, alors que Paris tente de définir le rôle que la diplomatie française peut jouer dans le conflit.

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French President Emmanuel Macron visits Albania
Au cours des deux dernières semaines, M. Macron a soigneusement équilibré la position de Paris entre la solidarité avec Tel-Aviv après les attaques terroristes lancées par le Hamas et la nécessité de respecter le droit humanitaire international et de protéger la vie des civils dans la bande de Gaza. [[EPA-EFE/MALTON DIBRA]]

Le président français Emmanuel Macron est à Tel-Aviv mardi et mercredi (24-25 octobre) pour s’entretenir avec le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou, alors que Paris tente de définir le rôle que la diplomatie française peut jouer dans le conflit.

Cette visite de deux jours de M. Macron en Israël intervient deux semaines après le début des hostilités entre les militants islamiques du Hamas et Israël, qui ont fait plus de 1 400 morts, dont 30 citoyens français. Plusieurs ressortissants français figurent également parmi les otages du Hamas.

Au cours des deux dernières semaines, le président de la République a pris le soin de tenir une position équilibrée entre la solidarité avec Tel-Aviv après les attaques terroristes lancées par le Hamas et la nécessité de respecter le droit humanitaire international et de protéger la vie des civils dans la bande de Gaza.

Jusqu’à présent, la France était restée en marge des efforts de médiation dans le conflit israélo-palestinien.

« Le but de la visite est également d’échanger avec les autorités israéliennes pour voir ce que nous pouvons faire […] pour ouvrir une perspective de paix crédible, qui prend en compte les besoins de chacun dans la région en termes de paix et de sécurité », a déclaré l’Élysée à la presse avant le départ du président.

Emmanuel Macron a également mis en garde contre un débordement régional du conflit, afin d’éviter « engrenage tragique pour la région ».

Éviter une guerre régionale

Au cours des deux dernières semaines, le président a appelé l’Iran, le Hezbollah et d’autres groupes affiliés au régime iranien à « [s’abstenir] d’ajouter aux tensions et aussi [à s’abstenir]  de tout soutien opérationnel au Hamas », explique l’Élysée.

Paris a été en contact avec plusieurs dirigeants régionaux, dont ceux de l’Arabie saoudite, des Émirats arabes unis, du Qatar, de l’Égypte, du Liban et du Bahreïn, a indiqué l’Élysée.

L’une des principales questions abordées a été de savoir comment éviter une guerre régionale à grande échelle, gérer les négociations sur la libération des otages et trouver un moyen de lancer le processus de paix.

« Au-delà des mesures nécessaires pour la protection de l’Israël et des Israéliens et aux mesures fortes qu’appellent les attaques du Hamas, il y a un besoin d’épargner les civils et d’ouvrir une perspective de coopération et de reprise de dialogue pour éviter un embrasement régional que personne ne pourrait contrôler », a indiqué l’Élysée.

Au contraire, « nous devons tous […] reconstruire une séquence politique qui nous permette à terme d’atteindre l’objectif de la sécurité d’Israël et de la création d’un État palestinien ».

Les attaques terroristes du Hamas et la riposte d’Israël ont servi de « leçon » pour montrer qu’« il n’y a pas moyen d’obtenir une normalisation au Moyen-Orient qui ignore le règlement de la question palestinienne », a ajouté la présidence.

Aujourd’hui, « il y a la nécessité d’établir une continuité ou ouvrir une perspective politique qui donne du corps à la seule position qui vaille, celle de deux États vivants côte à côte en paix et sécurité », ont-ils déclaré, ajoutant que les pourparlers devraient également impliquer d’autres pays de la région.

Implications pour la sécurité intérieure

L’escalade récente a « de nombreuses implications sur la paix et la stabilité de l’UE », a déclaré un responsable européen la semaine dernière, en référence aux menaces terroristes en Europe, à un éventuel afflux de nouveaux migrants et à l’instabilité générale si une guerre régionale devait éclater.

Ayant subi plus d’attaques terroristes au cours de la dernière décennie que tout autre État membre de l’UE, dont une attaque au couteau il y a deux semaines, la France s’est fortement impliquée au fil des ans dans la lutte contre le terrorisme au Sahel et au Moyen-Orient.

Par tradition, les dirigeants français « ont toujours été très prudents », a expliqué à Euractiv Michel Duclos, expert en géopolitique à l’Institut Montaigne et ancien diplomate.

La France a « la première communauté juive après Israël et les États-Unis, et la première communauté musulmane d’Europe », a-t-il expliqué.

La position équilibrée de M. Macron est donc « l’essence de la position française sur le conflit israélo-palestinien », a déclaré Éric Maurice, directeur du bureau bruxellois de la Fondation Schuman.

Elle a jusqu’à présent été suivie par l’ensemble de la classe politique française, à l’exception du parti de gauche radicale La France insoumise.

Emmanuel Macron a adopté une position prudente après l’attentat terroriste islamiste qui a coûté la vie à un professeur de lycée dans la ville d’Arras, dans le nord du pays, et son ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, a déclaré qu’il y avait « sans doute un lien » entre l’attaque et le conflit.

La France a déployé 7 000 militaires en réponse à l’attaque à l’arme blanche, a porté l’alerte de sécurité au niveau le plus élevé et a interdit, dans un premier temps, comme en 2021, les rassemblements pro-palestiniens « susceptibles de générer des troubles à l’ordre public, doivent être interdites », a déclaré M. Darmanin.

La prudence de la France laisse une place à l’Europe

La ministre française des Affaires étrangères, Catherine Colonna, est cette semaine au Conseil de sécurité des Nations unies, avec à l’esprit les appels à soutenir la solution des deux États et la nécessité de déployer tous les efforts pour éviter une guerre régionale.

L’Élysée a déclaré que « dans le contexte plus large des Nations Unies, nous voulons éviter une confrontation nord-sud, avec le nord qui se charge de la défense de l’Ukraine et d’Israël, et le sud qui est avec tous les autres — ce n’est pas juste ».

L’approche plus prudente de Paris à l’égard du conflit pourrait laisser plus de place à l’Europe, selon les experts, qui ont souligné qu’il était peu probable que Paris vole de ses propres ailes.

Jusqu’à présent, l’attention de M. Macron s’est davantage portée sur la Syrie, la conférence de Bagdad, la Libye et le Liban, où des troupes sont stationnées, contrairement à l’Allemagne, aux États-Unis et au Royaume-Uni, qui ont accordé un soutien militaire à Israël.

« Il a fait un retour sur la Russie, l’Afrique aussi… peut-être va-t-il faire pareil sur Israël-Palestine », a ajouté M. Duclos.

Pour M. Maurice, une initiative française en solo est peu probable, même si le pays peut être un « acteur important de la lutte anti-terroriste ». Il est plus probable, selon lui, que Paris fasse pression pour une initiative de l’UE ou une initiative internationale, par exemple par le biais des Nations unies.

M. Duclos a déclaré que toute initiative française « serait en conjonction avec des pouvoirs européens, voire les institutions européennes et les acteurs régionaux, avec les États-Uns et l’Égypte ».

Il a déclaré que « l’Europe pourrait être utile » pour relancer la médiation du conflit en cas de changement de leadership en Israël et en Palestine, quatre questions principales devant guider la suite des événements.

« La clé c’est de savoir si M. Netanyahou va rester au delà de quelques mois, quelles leçons seront sorties de la mort cérébrale de l’autorité palestinienne, et de ces évènements horribles, est-ce qu’on ne peut pas en ressortir une éclaircie, et est-ce que le Hamas ressortira renforcé ou affaibli ? »