La filière bois alpine, une opportunité à saisir

La Stratégie de l’Union européenne pour la région alpine (SUERA) soutient le développement économique et vise à accroître les nombreux potentiels des Alpes. La filière bois en est un bel exemple, alliant emplois, développement durable et économie circulaire.

Euractiv France
This article is part of our special report "Région alpine : 48 territoires se mobilisent pour répondre aux défis communs"
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Forêt dans les Alpes du Tyrol en été [Siegi]

La Stratégie de l’Union européenne pour la région alpine (SUERA) soutient le développement économique et vise à accroître les nombreux potentiels des Alpes. La filière bois en est un bel exemple, alliant emplois, développement durable et économie circulaire.

Le projet Triple Wood, financé par le Fonds d’action préparatoire de la région alpine (ARPAF), a lancé une dynamique transfrontalière au sein de la filière bois. Six partenaires de cinq pays – Allemagne, France, Slovénie, Italie et Suisse – y sont associés.

De mars 2018 à février 2020, le projet a donné lieu à une exposition présentant des réalisations utilisant le bois comme matériau de construction, dont des ponts à longue portée ou encore un immeuble de 24 étages. Des séminaires ont également été organisés sur la construction en bois et son efficacité énergétique, afin de faire connaître ses avantages aux particuliers et aux professionnels du secteur.

Avec la volonté des différents partenaires du projet – tels que les ministères de l’Économie du Bade-Wurtemberg et de l’Agriculture, des Forêts et de l’Alimentation de Slovénie ; KlimaHaus (une agence italienne pour l’énergie) ou encore l’Union régionale des Communes forestières Auvergne-Rhône-Alpes – de coopérer afin de développer la filière.

« Ressource durable et locale, le bois est une alternative écologique qui dynamise l’économie d’une région, permet de réduire la durée et les coûts de construction, affiche une excellente efficacité énergétique, garantit un climat intérieur agréable et confortable et renforce l’identité régionale », peut-on lire dans la présentation du projet.

Triple Wood a ainsi visé à promouvoir une culture du bâti en bois durable dans les Alpes. Le projet comprenait également un roadshow qui a permis de monter l’exposition, les séminaires et des manifestations publiques dans différentes villes des pays partenaires, mais aussi en Autriche et en Belgique.

Un potentiel d’emplois important

La filière bois forêt employait 46 000 salariés en Auvergne-Rhône-Alpes en 2015, selon les chiffres de l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee). Répartis dans 6 400 établissements employeurs, 38 % d’entre eux travaillaient dans la construction, 24 % dans la distribution et le commerce, 15 % dans l’ameublement et 11 % dans la 2ème transformation du bois (emballage, bâtiment et construction, meubles).

Au cours de l’année 2017, les entreprises du secteur (hors forêt) ont embauché plus de 19 000 personnes et le marché de l’emploi était globalement en progression depuis deux ans, excepté dans la 1ère transformation du bois (sciage, tranchage et déroulage), notait également l’organisme Via Compétences dans un document fin 2019.

Selon une analyse de l’Insee publiée en mars 2016, « la mobilisation des bois est l’enjeu majeur de la politique forestière en Rhône-Alpes. La récolte régionale reste en effet très inférieure à la production naturelle des forêts. (…) La compétitivité de la filière, face à la concurrence mondiale, doit être développée : en particulier, plusieurs actions régionales visent à mieux valoriser les bois sciés localement ».

« Les communes forestières sont animatrices de la stratégie forestière alpines, explique Antoine Patte, chargé de mission Réseau Alpin de la Forêt de Montagne à l’Union régionale des Associations de Communes Forestières Auvergne-Rhône-Alpes. Nous intervenons avec des outils d’animation et de financements mis en place par l’Etat et l’Europe, avec une gouvernance spécifique qui existe en France via le Comité de massif des Alpes, une sorte de parlement de la montagne. On promeut ainsi le circuit court et l’utilisation du bois alpin, via la Certification bois des Alpes. »

Bénéfices écologiques

L’objectif tend à moderniser la filière en s’appuyant sur cette certification. « Cela a des impacts sur l’emploi dans notre filière et permet de justifier d’une démarche environnementale très poussée puisque l’empreinte carbone est plus faible », poursuit M. Patte.

« En France, dans les Alpes, le bois est en montagne donc plus compliqué et plus coûteux à aller chercher. Historiquement la filière ne s’est pas modernisée et équipée avec de nouveaux matériels et la majorité du bois utilisé dans la construction en France, notamment dans notre région, est importée des pays du Nord ou de l’Est ».

L’Union européenne importe chaque année 61 millions et exporte 80 millions de mètres cubes de bois, ce qui génère le transport superflu de 122,2 millions de mètres cubes. Pourtant, le bloc pourrait couvrir ses besoins en bois rond de construction et même produire un surplus de 18,8 millions de mètres cubes.

L’utilisation du bois local permet d’éviter les émissions de CO2 liées au transport pour l’importation de bois d’autres pays européens ou même d’outre-mer. De plus, chaque mètre cube de bois capte du CO2 et le processus de fabrication nécessite très peu d’énergie primaire comparé à d’autres matériaux industriels. Autant de carbone en moins. Les constructions en bois affichent en outre une efficacité énergétique élevée qui permet de minimiser les émissions de gaz à effet de serre durant les périodes où le chauffage est utilisé .

« Triple Wood est maintenant terminé mais permet de promouvoir encore aujourd’hui la filière bois à travers le travail effectué, se réjouit M. Patte. Les liens entre certains acteurs du projet sont encore actifs et nous continuons d’échanger lors de groupes de travail ».

Le défi des conflits d’usage

Mais l’utilisation du bois, outre ses nombreux atouts, peut générer des conflits entre les usagers. C’est pour répondre à cette problématique que la SUERA soutient le projet Rediafor, financé par l’ARPAF et le Parlement européen.

Les attentes des différents publics sont nombreuses et variées : industrie, création de valeur régionale, emplois, gestion durable des forêts, utilisation locale du bois, tourisme, loisir… Les enjeux liés au changement climatique et à la protection de la biodiversité renforcent également ces problématiques.

Débuté en septembre 2019 et prévu jusqu’en mai 2021, le projet Rediafor a pour objectif de « promouvoir une coopération avancée dans la forêt alpine multifonctionnelle, pour initier un futur dialogue comme moyen de surmonter les tensions découlant d’intérêts divergents ». Parmi les outils proposés : une enquête permettant d’identifier et analyser les questions de conflits d’intérêts, des sessions de formation, des ateliers afin de développer un dialogue transnational et un kit de communication pour sensibiliser les diverses parties prenantes.