La Finlande prévoit une présidence verte de l'UE
Aux commandes de l'UE jusqu'à la fin de l'année, la Finlande veut faire adopter l'objectif de neutralité carbone d’ici à 2050, développer le marché intérieur numérique et renforcer la coopération militaire.
Aux commandes de l’UE jusqu’à la fin de l’année, la Finlande veut faire adopter l’objectif de neutralité carbone d’ici à 2050, développer le marché intérieur numérique et renforcer la coopération militaire.
« Nous nous réjouissons de reprendre le flambeau », a déclaré Anne Sipiläinen, ambassadrice de la Finlande à Berlin, lors de la présentation, ce 8 juillet, du programme ambitieux de la présidence finlandaise au Conseil de l’UE. Le pays veut non seulement mettre en place le programme stratégique de l’UE et organiser la transition pour la prochaine Commission, mais aussi consolider le leadership mondial de l’UE en matière de climat. De plus, Helsinki souhaite porter l’UE à la première place dans le domaine du numérique et imposer une stratégie de migration commune.
L’Allemagne réclame, entre autre, qu’un accord soit rapidement conclu concernant le cadre financier pluriannuel (CFP) de l’UE. Andreas Peschke, responsable du département européen au ministère fédéral allemand des affaires étrangères a souligné qu’un «shutdown partiel » au 1er janvier 2020 devait être évité à tout prix.
Climat
« Une Europe durable — un avenir durable », voici le slogan de la présidence finlandaise. Le pays souhaite réussir là où les chefs d’État et de gouvernement ont échoué : tenir la promesse de neutralité carbone d’ici 2050. La Finlande veut d’ailleurs montrer l’exemple et vise la neutralité carbone d’ici 2035.
Le pays souhaite également organiser tous les sommets sur son territoire, afin de diminuer les déplacements aériens. « Et lors des sommets que nous devrons présider, nous ne distribuerons pas les traditionnels petits cadeaux, tels que les stylos-billes ou sacs. Les fonds réservés à cet effet serviront à compenser les émissions provenant des voyages en avion des hôtes », a annoncé Anne Sipiläinen.
D’après cette dernière, les Objectifs de développement durable (ODD) devraient de nouveau être au cœur du programme de l’UE et non perçus comme simple politique de développement. Helsinki veut par ailleurs que la politique climatique s’accompagne de plus de justice sociale et fiscale.
Défense
Le développement de la défense commune dans le cadre de la coopération structurée permanente (CPS ou PESCO) compte parmi les autres objectifs fixés. Ici, la Finlande veut mettre l’accent sur l’intelligence artificielle et la numérisation des armées.
« Bien que nous soyons visiblement en concurrence avec l’OTAN — puisque les mêmes points sont au centre de leurs discussions — l’UE devrait bien soutenir l’OTAN, notamment dans le domaine de la mobilité militaire », soutient Anne Sipiläinen.
Andreas Peschke laisse entendre qu’il y aura une coopération étroite entre la présidence finlandaise du Conseil et le gouvernement fédéral allemand : « les premiers programmes PESCO ne font que commencer, mais de notre point de vue, il serait possible d’accomplir bien plus de choses ».
Budget
Selon Andreas Peschke, le temps presse pour conclure le CFP. Il est attendu qu’un accord soit trouvé au Conseil en octobre. L’Allemagne souhaite ainsi aider la Finlande du mieux qu’elle peut afin de trouver un dénominateur commun et approuver le budget commun le plus rapidement possible.
Bernhard Schnittger, représentant de la Commission européenne en Allemagne, s’est également dit préoccupé par d’éventuels retards : les chercheurs ne pourraient alors plus être financés, les programmes de cohésion seraient paralysés et la capacité d’action de l’UE serait limitée.
Migration
Les prévisions concernant le sujet sensible qu’est l’immigration ne font pas état d’une percée de la part de la présidence finlandaise au Conseil de l’UE. Par conséquent, la Finlande a revu la stratégie du processus décisionnel : les propositions consensuelles devraient maintenant être évaluées une à une, plutôt que d’être toujours contestées dans leur ensemble. C’est de cette façon que le pays veut progressivement trouver une solution.
Les décisions relatives à l’Agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes (Frontex) sont déjà au centre des discussions et la Finlande ne veut pas baisser les bras. « De nouveaux plans pour le développement de Frontex ne seront pas nécessaires sous notre présidence. Il faut désormais simplement mettre en œuvre les décisions déjà prises », affirme Anne Sipiläinen.
Numérisation
Il est inscrit dans le programme que la numérisation, l’intelligence artificielle et une économie plateformes et de données sont les clés pour la croissance européenne et la prospérité. « Grâce à des investissements ciblés dans la recherche et les sciences, nous voulons élever l’Europe au rang de leader mondial » s’enthousiasme Anne Sipiläinen.
État de droit
Les négociations sur le mécanisme d’examen entre pairs constitueront un point clé au cours des six prochains mois. C’était déjà une question importante sous la présidence roumaine. L’objectif est de créer un nouvel instrument pour renforcer le dialogue entre les États membres sur l’état de droit.
Les prochaines recommandations de la Commission européenne sur la manière de transposer l’état de droit en droit national sont attendues au printemps prochain. Il s’agit avant tout d’introduire le principe selon lequel les fonds communautaires peuvent être retenus en cas de violation des règles communes.
« Toutefois, l’examen entre pairs ne signifie pas que tous les regards sont tournés vers la Pologne », a déclaré Bernhard Schnittger. Il s’agit plutôt d’une question de contrôle mutuel, insiste-t-il.
Anne Sipiläinen a cependant ajouté que la forme exacte des processus de sanction n’avait pas encore été élaborée.
Élargissement
Au milieu de toutes les tensions politiques internes et externes, la Finlande espère pouvoir reprendre les négociations d’adhésion de l’Albanie ainsi que la Macédoine du Nord et créer des perspectives d’élargissement crédibles pour les Balkans occidentaux. Selon le programme finlandais, la Turquie reste elle aussi un pays candidat à l’adhésion et un partenaire clé de l’UE.