La France éclipsée par les Italiens au sein de la BCE
La présence de deux Italiens au sein du directoire de la Banque centrale européenne entraîne une situation inédite : la France ne sera plus représentée.
La présence de deux Italiens au sein du directoire de la Banque centrale européenne entraîne une situation inédite : la France ne sera plus représentée.
Ce qui devait être un accord entre bons amis vire à la querelle politique. Au printemps dernier, la France s’était montrée bienveillante à l’égard de la désignation de Mario Draghi, successeur de Jean-Claude Trichet à la tête de la Banque centrale européenne. A une condition toutefois : que Lorenzo Bini Smaghi, membre du directoire de la BCE, accepte de libérer son siège avant le terme de son mandat en 2013, pour laisser un Français entrer en scène. Paris aurait mal accepté que la plus haute instance de la BCE n’accueille personne portant les couleurs de l’Hexagone, alors que deux Italiens y seraient représentés.
C’était sans compter sur l’attitude coriace de Lorenzo Bini Smaghi, accroché à son poste à Francfort… Renonçant à le nommer à la tête de la Banque centrale d’Italie, l’exécutif italien a préféré y placer l’inattendu Ignazio Visco, l’actuel vice-directeur général de l’institution âgé de 61 ans.
Pour la première fois depuis la création de la banque centrale européenne en 1998, le scénario d’un directoire sans Français se concrétise. « Ce qui est source de déséquilibre au plan politique ne l’est pas au plan technique, résume Frédéric Allemand, chercheur au Centre virtuel de connaissance sur l’Europe. Les décisions restent prises par le Conseil des gouverneurs. » Les réunions de ces derniers, qui interviennent deux fois par mois, sont préparées par le directoire.
Le choix opéré par l’Italie n’est malgré tout pas étanche aux manœuvres politiques. Sérieusement affaibli dans son pays, discrédité depuis des mois par le monde des affaires italiens, Silvio Berlusconi « cherche peut-être à renforcer le poids du pays dans l’UE », poursuit le chercheur. La prédominance du duo franco-allemand dans les négociations de sortie de crise a « tendance à mettre les autres partenaires devant le fait accompli. Les Italiens pourraient bien se sentir vexés », observe-t-il.
Cette semaine, la France semble une fois de plus s’aligner sur la position de l’Allemagne au sujet des effets démultiplicateurs du Fonds européen de stabilité financière. Abandonnant l’idée d’un refinancement du FESF auprès de la BCE, Paris se résignerait à une méthode moins ambitieuse fondée sur un système de garanties. Une solution décriée par l’Italie.