La France exportera du gaz par gazoduc vers l'Allemagne début octobre
La France espère pouvoir exporter une capacité de 100 GWh/j de gaz vers l’Allemagne dès le 10 octobre, une première par gazoduc. La commission de régulation de l’énergie française ouvrait jeudi (15 septembre) la phase de consultation publique du projet après des tests physiques concluants.
La France espère pouvoir exporter du gaz par gazoduc vers l’Allemagne dès le 10 octobre prochain. La Commission de régulation de l’énergie française ouvrait jeudi (15 septembre) la phase de consultation publique du projet, avant dernière étape avant l’exportation de 100 GWh/j.
Le 5 septembre, le président de la République française annonçait en conférence de presse faisant suite à une discussion avec Olaf Scholz, qu’ils avaient convenu d’un accord de solidarité gazière.
Le 7 septembre, les tests physiques effectués par le gestionnaire de réseau gazier français GRTGaz à l’interconnexion gazière franco-allemande Obergailbach/Medelsheim ont été concluants. La Commission de régulation de l’énergie (CRE) française a donc pu lancer jeudi (15 septembre) la phase de consultation publique du projet qui se tiendra jusqu’au 27 septembre pour confirmer l’offre commerciale et le tarif d’utilisation.
La CRE devra ensuite confirmer ces informations — après avis du Conseil supérieur de l’énergie (CSE) français — pour mettre en œuvre, dès le 10 octobre et de façon progressive, les premières exportations.
À terme, GRTGaz souhaite envoyer 100 gigawattheures par jour (GWh/j) vers l’Allemagne grâce à une offre de capacité quotidienne ferme, mise sur le marché le jour pour le lendemain, avec possibilité de vendre en intrajournalier les capacités invendues à l’issue des enchères journalières.
Cela représente environ quatre réacteurs nucléaires selon Thierry Trouvé, directeur général de GRTGaz, qui esquissait le projet mercredi (14 septembre) lors de la présentation de ses perspectives gazières françaises pour l’hiver.
L’Allemagne souffre depuis le 1er septembre de l’arrêt des importations par le gazoduc Nord Stream 1 qui représentait plus d’un quart de sa consommation de gaz. Cette nouvelle capacité pourrait donc contribuer substantiellement à assouvir la consommation électrique allemande qui s’élevait en 2021 à 1,55 TWh/j.
« Nous devons être réactifs pour que la solidarité européenne en gaz et en électricité soit concrète » écrivait sur Twitter la nouvelle présidente de la CRE, Emmanuelle Wargon suite à l’annonce du lancement de la consultation publique.
D’autant que les avancées sur ce projet interviennent au moment où Français et Allemands s’écharpent sur la relance d’un autre projet gazier, celui du gazoduc MidCat entre l’Espagne et la France.
Ce projet pourrait théoriquement fluidifier les approvisionnements en gaz vers l’Allemagne, mais les autoriés françaises demandent des certitudes sur son utilité.
Inverser les flux
Si l’espoir renaît de mettre en œuvre réellement la solidarité européenne en ce temps de crise énergétique, plusieurs aspects pourraient ralentir, voire annuler, le projet d’interconnexion franco-allemande.
En premier lieu, l’interconnexion Obergailbach/Medelsheim est la seule entre les deux pays et ne fonctionne que d’Est en Ouest, permettant d’importer jusqu’à 650 GWh/j de gaz vers la France.
D’Ouest en Est, les flux français transitent tous depuis le terminal méthanier de Dunkerque via la Belgique. Par conséquent, GRTGaz prévient que l’envoi de ces nouvelles capacités sera conditionné à la réussite de travaux d’inversion des flux qui seront effectués dans l’urgence, ce qui pourrait dégrader le fonctionnement de l’infrastructure.
En second lieu, les 100 GWh/j prévus seront conditionnés aux capacités du réseau de GRTGaz, c’est-à-dire aux niveaux de consommation française sur la journée, ainsi que le niveau du site de stockage de gaz de Storengy — filiale d’Engie — à Cerville en Meurthe et Moselle, d’une capacité de 1,5 milliard de m3.
Si besoin, les flux pourront donc être réduits à zéro.
Enfin, le gaz devra être transmis dans le respect des règles françaises qui imposent l’odorisation du gaz, c’est-à-dire l’ajout d’une odeur pour des questions de sécurité, contrairement aux règles allemandes.
En outre, la date de fin de l’offre n’est pas déterminée à ce jour. Cela signifie que les acteurs de l’opération profiteront de l’expérience engrangée cet hiver pour déterminer la pérennité de l’installation.