La France se distancie du projet allemand pour le SEAE
Également dans l'édition de mardi : Plenković fustige la réaction de l'UE face aux funérailles de Mladić
Vous lisez Rapporteur ce mardi 8 septembre. Ici Eddy Wax à Bruxelles, en compagnie de Nicoletta Ionta.
À retenir :
🟢 Des divergences franco-allemandes apparaissent sur la réforme du SEAE
🟢 Le Premier ministre croate fustige les dirigeants de l’UE au sujet des funérailles de Mladić
🟢 Les ambassadeurs de l’UE débattent de nouvelles taxes dans le cadre de la bataille budgétaire
L’Europe, vue de Bruxelles
La semaine dernière, l’Allemagne et la France ont affiché un front uni en lançant un débat sur la réforme du Service européen pour l’action extérieure.
Elles s’étaient déjà mises d’accord sur un calendrier ambitieux : finaliser la réforme d’ici la fin de l’année. Les dirigeants de l’UE pourraient en discuter lors du Conseil européen prévu mi-octobre.
Mais la multitude de documents diplomatiques et de briefings en coulisses suggère que Berlin et Paris ne sont pas tout à fait sur la même longueur d’onde quant à la manière de modifier la façon dont l’Union mène sa politique étrangère.
Après notre publication, lundi, des propositions allemandes dans leur intégralité, Paris a pris ses distances vis-à-vis du projet de Berlin.
Le plan allemand – qui, selon deux sources proches du dossier, est antérieur à l’initiative conjointe – penche fortement en faveur de l’intégration du SEAE au sein de la Commission. Cela pourrait placer Kaja Kallas, ou toute autre personne occupant le poste de haut représentant pour les affaires étrangères, sous la tutelle du président de la Commission, une issue peu susceptible de plaire à Paris.
La France s’est montrée agacée cette année par le contrôle étroit exercé par la Commission d’Ursula von der Leyen sur la politique étrangère, arguant que cela ne relève pas de la compétence de cette institution.
Johann Wadephul, ministre allemand des Affaires étrangères, a toutefois appelé à ce que le SEAE et la Commission soient « étroitement articulés ». La Commission contrôle d’importants domaines de la politique étrangère, du développement à la défense – ainsi que les cordons de la bourse.
La France s’est montrée plus explicite quant au renforcement du rôle de Kallas et a envisagé de faire d’elle la « première vice-présidente exécutive » de la Commission. Jean-Noël Barrot, ministre français des Affaires étrangères, a explicitement déclaré en Irlande la semaine dernière que Kallas et son service doivent être renforcés.
Pour ajouter à la confusion, c’est le document informel allemand – et non un document franco-allemand conjoint – qui se trouvait dans la mallette d’au moins un responsable lors du Conseil informel des Affaires étrangères de la semaine dernière. Tous les pays n’ont pas été consultés avant la réunion, ce qui soulève de nouvelles questions quant à savoir qui mène ce processus.
Deux diplomates m’ont confié qu’il règne également une incertitude quant à savoir si c’est le Quai d’Orsay de Jean-Noël Barrot ou l’Élysée d’Emmanuel Macron qui dirige la rédaction de la position française.
Plenković fustige l’UE pour sa réaction aux funérailles de Mladić
Le Premier ministre croate Andrej Plenković a accusé Bruxelles d’avoir réagi avec trop de mollesse aux funérailles du commandant serbe de Bosnie et criminel de guerre condamné Ratko Mladić.
Le cercueil de Mladić a été transporté à bord d’un avion gouvernemental et escorté par des membres des forces armées serbes, tandis que de hauts responsables serbes ont assisté à la cérémonie de lundi. « C’est à la Serbie de décider comment organiser les funérailles », a déclaré un porte-parole de la Commission, tout en insistant sur le fait qu’elles ne se sont pas tenues avec les honneurs d’État.
Plenković a déclaré qu’il est « très grave » que la Commission ne se soit exprimée que par l’intermédiaire d’un porte-parole, accusant von der Leyen, Kallas et António Costa de ne pas s’être exprimés eux-mêmes.
Vendredi, Marta Kos, la commissaire chargée de l’élargissement, a annoncé l’annulation de sa visite en Serbie prévue cette semaine en raison de la polémique autour des funérailles.
Von der Leyen doit également se rendre prochainement dans les Balkans occidentaux, même si l’on ignore encore si la Serbie figurera parmi les pays visités. La Commission a confirmé son voyage annuel, mais a précisé que l’itinéraire est encore en cours de finalisation et qu’il pourrait ne pas couvrir tous les pays.
Les négociations sur le budget de l’UE s’annoncent difficiles
Nous sommes encore loin des nuits blanches et des compromis douloureux qui seront nécessaires pour parvenir à un accord sur le budget de l’UE dans le courant de l’année.
Mais une phase politiquement sensible des négociations s’ouvre aujourd’hui, alors que les ambassadeurs de l’UE s’efforcent de surmonter leurs divergences sur les nouvelles « ressources propres » – ou, en langage courant, de nouvelles sources de recettes pour les caisses de l’Union.
Costa a souligné à plusieurs reprises que s’accorder sur un panier de nouvelles recettes – pouvant inclure des taxes sur le carbone, les entreprises et les cigarettes – est une condition préalable à la conclusion d’un accord.
Il rencontrera Friedrich Merz à Berlin mercredi, le premier dirigeant des pays frugaux qu’il croisera au cours de sa tournée des capitales en cours.
La stratégie de Costa vise à parer aux demandes de Merz et de ses alliés, qui réclament des coupes drastiques dans le prochain budget septennal de l’UE, ou cadre financier pluriannuel. Le calcul est le suivant : obtenir un ensemble substantiel de nouvelles recettes permettrait d’amortir le choc.
Mais Zsolt Darvas, économiste au sein du think tank Bruegel, a affirmé que ces nouvelles « ressources propres » ne sont pas une solution miracle, car la charge de la plupart d’entre elles pèserait en grande partie sur les budgets nationaux. « À mon avis, les nouvelles ressources propres n’ont aucune importance », a-t-il déclaré. Darvas a prédit qu’un accord ne verrait probablement le jour qu’après des négociations acharnées sur les rabais nationaux, qui, selon lui, devraient être supprimés.
Par ailleurs, les taxes sur les émissions de carbone et les déchets électroniques semblent être les principales mesures susceptibles d’être incluses dans ce paquet, selon un document consulté par ma collègue Victoria Becker et Nicoletta. Lisez leur article complet.
La question migratoire pèse moins lourd dans les élections suédoises
Les prochaines élections suédoises pourraient changer le gouvernement, mais elles ne devraient pas altérer l’orientation de la politique migratoire.
Le gouvernement de centre-droit du Premier ministre Ulf Kristersson a durci les règles d’immigration et mis en place des mesures d’intégration plus strictes, rapprochant ainsi la Suède de son voisin, le Danemark.
L’immigration et la criminalité dominaient autrefois les campagnes électorales suédoises. Cette fois-ci, l’immigration n’occupe que la quatrième place parmi les préoccupations des électeurs, tandis que le débat s’est orienté vers les exigences linguistiques, l’autonomie et des attentes plus fortes quant à l’adaptation des nouveaux arrivants à la société suédoise.
Même un gouvernement dirigé par les sociaux-démocrates serait soumis à des pressions pour maintenir une grande partie de cette approche plus stricte. Lisez l’article complet de David Mac Dougall.
Voici trois nouveaux articles d’Euractiv :
- L’UE suspend 3 millions d’euros de subventions agricoles accordées à Agrofert
- Dublin vise un accord en octobre sur les réformes de la politique agricole
- La Belgique ouvre 5 000 postes dans le secteur de la défense dans le cadre d’une campagne de recrutement
Rond-point Schuman
BRAVISSIMO : Giorgia Meloni a félicité Bart De Wever pour avoir parlé italien lors d’une réunion à Rome lundi, selon Belga. Le linguiste flamand aurait également gagné ses bonnes grâces en appelant au renforcement de la frontière sud de l’UE.
Les capitales
BERLIN 🇩🇪
Friedrich Merz a averti qu’il est impossible de « continuer comme si de rien n’était » et que la défaite cuisante de la CDU en Saxe-Anhalt aurait des conséquences. L’AfD, parti d’extrême droite, a remporté 43,8 % des voix et 39 sièges, égalant ainsi le total combiné de la CDU, de Die Linke, du SPD et des Verts. Son chef de file, Ulrich Siegmund, briguera le poste de ministre-président et cherchera à s’allier à des groupes rivaux ou à des députés individuels pour s’assurer une majorité. Thomas Schulze, du BSW, s’est montré ouvert à une coalition avec l’AfD, invoquant leur opposition commune aux sanctions contre la Russie. Lisez l’article complet.
– Björn Stritzel
PARIS 🇫🇷
La cheffe de file d’extrême droite Marine Le Pen a appelé à un gel des taxes françaises sur le tabac et à l’indexation des prix sur l’inflation, promettant des négociations au niveau européen pour limiter la concurrence transfrontalière à laquelle sont confrontés les détaillants. Ses propos interviennent alors que les capitales négocient une refonte de la directive européenne sur les accises sur le tabac, qui augmenterait fortement les taxes sur les produits du tabac et de la nicotine, mais qui est bloquée par l’opposition suédoise. La France a plaidé en faveur de taxes tout aussi élevées dans toute l’Union européenne. Lisez l’article complet.
– Sarantis Michalopoulos
NUUK 🇬🇱
Ursula von der Leyen a conclu sa visite au Groenland en dévoilant un programme très attendu de 200 millions d’euros destiné aux télécommunications, aux infrastructures, au logement et à l’exploitation minière. Ce financement s’ajoute à la proposition de la Commission de doubler la dotation annuelle de l’UE au Groenland pour la porter à 76 millions d’euros. « Le Groenland a besoin de l’Union européenne, et l’Union européenne a besoin du Groenland », a déclaré le Premier ministre Jens-Frederik Nielsen aux côtés d’Ursula von der Leyen et de Mette Frederiksen.
– Magnus Lund Nielsen
MADRID 🇪🇸
La Cour nationale espagnole a ouvert une enquête sur l’afflux massif, en juillet, de plus de 80 000 migrants à Ceuta, qui a coûté la vie à plus de 100 personnes. La juge María Tardón a déclaré que ces traversées organisées ont menacé l’intégrité territoriale de l’Espagne et pourraient constituer une « guerre hybride » ou des tactiques de « zone grise ». Elle a fait valoir que l’approche « permissive » du Maroc a permis une opération visant à porter atteinte à la sécurité nationale de l’Espagne.
– Inés Fernández-Pontes
BELGRADE 🇷🇸
Le gouvernement serbe a proposé lundi la dissolution du Parlement, ouvrant la voie à des élections anticipées en octobre après près de deux ans de manifestations menées par les étudiants et de troubles politiques. Le président Aleksandar Vučić dispose de 72 heures pour décider s’il accepte cette demande. Les sondages laissent entrevoir la campagne électorale la plus disputée depuis l’arrivée au pouvoir du SNS (centre-droit) en 2012, le parti au pouvoir et le mouvement étudiant s’imposant comme les forces les plus puissantes dans un contexte de relations tendues avec Bruxelles. Lisez l’article complet.
– Pavle Kosić
DUBLIN 🇮🇪
L’Irlande va durcir ses règles en matière de naturalisation, a déclaré Micheál Martin. Les candidats devront généralement justifier de huit ans de résidence, contre cinq auparavant, réussir un test d’anglais, démontrer des connaissances de base en irlandais et prouver leur autonomie financière. Le ministre de la Justice, Jim O’Callaghan, devrait présenter cette refonte au Conseil des ministres cette semaine dans le cadre de ce que Martin a qualifié de système d’immigration « plus ferme et plus robuste »
– Charles Szumski
BALKANS OCCIDENTAUX 🇧🇦🇲🇪🇲🇰🇷🇸
Des chauffeurs routiers de Bosnie-Herzégovine, de Serbie, du Monténégro et de Macédoine du Nord prévoient de bloquer les postes-frontières de l’UE à partir de lundi prochain pour protester contre la limite de 90 jours sur 180 imposée par l’espace Schengen. Le système d’entrée et de sortie de l’Union, pleinement opérationnel depuis avril, a facilité l’application de ces règles. Les transporteurs réclament une dérogation permettant aux chauffeurs de rester plus longtemps, avertissant que ces restrictions menacent le transport régional de marchandises et les chaînes d’approvisionnement.
– Bronwyn Jones
Editrices.teurs : Eddy Wax, Nicoletta Ionta, Christina Zhao, Sofia Mandilara, Charles Szumski
Contributeurs.trice : Victoria Becker, David Mac Dougall, Bruno Waterfield
Traductrice : Clara Vassent