Meloni Duracell
Également dans l'édition de vendredi : Daphne Caruana Galizia, centres de retour, SEAE
Vous lisez Rapporteur ce vendredi 4 septembre. Ici Nicoletta Ionta à Bruxelles, avec Eddy Wax à Dublin.
À retenir :
🟢 Meloni brave les remous politiques en Italie
🟢 Cinq pays font avancer le dossier des centres de retour
🟢 La secrétaire générale du SEAE mobilise son personnel lors de sa première déclaration
L’Europe, vue de Bruxelles
« Le gouvernement le plus stable, une Italie plus forte. »
Ce slogan est affiché partout à Bari, où la chaleur estivale du sud persiste encore et où la ville se prépare à accueillir ce soir une fête organisée par le parti Frères d’Italie pour célébrer la plus grande réussite de sa dirigeante à ce jour.
Giorgia Meloni a accompli ce que presque tous les Premiers ministres italiens depuis la Seconde Guerre mondiale n’ont pas réussi à faire : rester au pouvoir.
Aujourd’hui, son gouvernement devient le plus durable jamais vu en Italie depuis la dictature fasciste de Benito Mussolini.
Mais la longévité n’est plus le seul défi à relever pour une Première ministre qui a déjà commencé à faire campagne pour les élections de 2027.
Meloni est confrontée à une liste croissante de problèmes : une économie fragile, des frictions avec Donald Trump, une droite nationaliste de plus en plus offensive et des tensions au sein de la coalition au sujet des dépenses de défense et du soutien à l’Ukraine.
Sa plus grande menace politique se situe encore plus à droite qu’elle. Roberto Vannacci, ancien général devenu député européen d’extrême droite, est anti-UE, sceptique quant à l’aide à l’Ukraine et siège au sein du groupe Europe des nations souveraines aux côtés de l’AfD allemande.
Ce que Meloni peut revendiquer de manière plus convaincante que n’importe lequel de ses prédécesseurs, c’est la stabilité – celle qui a fait d’elle une figure incontournable des sommets européens et a donné à l’Italie une voix plus cohérente à Bruxelles.
Meloni a prouvé qu’elle peut survivre à l’instabilité politique italienne. Elle doit désormais convaincre les électeurs que survivre suffit.
À l’aube des centres de retour
Le « groupe des cinq » – composé de l’Allemagne, de l’Autriche, du Danemark, de la Grèce et des Pays-Bas – se réunira aujourd’hui à Copenhague pour faire le point sur les efforts visant à entamer des négociations avec des pays hors de l’UE au sujet des centres de retour.
Le Rwanda figure parmi les pays susceptibles d’accueillir ces centres, destinés à héberger les demandeurs d’asile déboutés. Des responsables des cinq pays se seraient rendus dans ce pays africain la semaine dernière selon certaines sources.
« Au cours de l’année prochaine, nous serons en mesure de mettre en place le premier centre de retour en dehors de l’UE », a déclaré à Rapporteur le ministre danois de l’Immigration, Morten Bødskov. « Nous sommes plus près du but que jamais. »
Des responsables ont indiqué à Rapporteur qu’aucune annonce majeure concernant les pays d’accueil potentiels n’est attendue à ce stade. Bart van den Brink, le ministre néerlandais de l’Immigration, a déclaré à Euractiv en juin que les pays concernés pourraient être dévoilés cet automne.
Le SEAE est « là pour rester »
Kajsa Ollongren, la nouvelle secrétaire générale du SEAE, a profité de son premier e-mail adressé au personnel pour s’opposer au projet allemand et français d’intégrer le service diplomatique à la Commission. « Nous sommes jeunes, nous sommes forts et nous sommes là pour rester », a-t-elle écrit dans ce courriel, consulté par Rapporteur.
Ollongren, présentée jeudi par Kallas lors d’une réunion du personnel, a souligné le soutien « massif » exprimé par les ministres des Affaires étrangères de l’UE lors de la dernière réunion de Gymnich, tout en reconnaissant que les capitales nationales souhaitent conserver leur emprise sur la politique étrangère. « Le SEAE n’est ni le problème, ni la réponse, mais il doit faire partie de la solution », a-t-elle écrit.
Elle s’est également engagée à défendre l’expertise du service et son réseau de délégations à travers le monde, tout en collaborant plus étroitement avec la Commission et les gouvernements nationaux.
Séminaire de Tervuren
Le Collège des commissaires se réunit aujourd’hui à Tervuren, en Belgique, pour son séminaire traditionnel, avec à l’ordre du jour l’intelligence artificielle, le climat et les migrations. Les commissaires Marta Kos, Michael McGrath et Piotr Serafin ne seront pas de la partie, puisqu’ils assisteront à une réunion ministérielle informelle en Irlande.
La question des migrations devrait faire l’objet d’une attention particulière suite aux récentes arrivées à Ceuta, l’enclave espagnole située sur la côte nord du Maroc.
Le commissaire chargé des migrations, Magnus Brunner, informera ses collègues sur plusieurs dossiers, a indiqué un responsable, notamment sur la révision de l’agence européenne des frontières Frontex, prévue dans le courant du mois.
Les projets initiaux d’Ursula von der Leyen prévoyaient de tripler les effectifs permanents de l’agence pour les porter à 30 000 et de lui conférer de nouveaux pouvoirs liés aux menaces hybrides et à la surveillance des infrastructures critiques.
Mais davantage de dispositions pourraient s’avérer nécessaires, a indiqué ce responsable, de nouvelles mesures potentielles en matière de migration devant figurer parmi les sujets de discussion.
Pas d’élargissement sans le catalan ?
L’Espagne a averti qu’elle pourrait refuser de soutenir l’adhésion de nouveaux pays à l’UE à moins que le catalan, le basque et le galicien n’obtiennent le statut de langues officielles de l’UE.
Fernando Sampedro, secrétaire d’État espagnol chargé des Affaires européennes, a annoncé jeudi une nouvelle offensive diplomatique en liant les revendications linguistiques de Madrid au processus d’élargissement de l’Union.
« [L’élargissement signifiera que] nous aurons davantage de langues officielles au sein de l’UE, mais avant cela, nous espérons que les attentes de 20 millions d’Européens pourront être satisfaites grâce à la conclusion d’un accord », a déclaré Sampedro aux journalistes lors d’une réunion ministérielle à Dublin. Lisez l’article complet d’Eddy.
Voici trois nouveaux articles d’Euractiv :
- Une avocate générale de la Cour de justice de l’UE soutient une contestation des règles relatives aux eaux usées
- Les groupes agroalimentaires s’attaquent aux contrôles des quotas du Mercosur au Brésil
- Opinion : L’Europe et les États-Unis ont besoin d’un pacte de sécurité solaire
Les capitales
LA VALLETTE 🇲🇹
Roberta Metsola a réagi à l’acquittement surprenant de Yorgen Fenech, le magnat maltais accusé d’avoir orchestré le meurtre, en 2017, de la journaliste d’investigation maltaise Daphne Caruana Galizia. Fenech a été remis en liberté malgré les critiques généralisées de la famille de Caruana Galizia et des organisations de défense des droits des journalistes. « Nous n’abandonnerons pas et nous ne céderons pas », a déclaré Metsola. « Votre plume reste plus puissante que toutes leurs épées réunies. »
– Eddy Wax
BERLIN 🇩🇪
Ronald Rauhe, double champion olympique de canoë-kayak, devrait devenir le secrétaire d’État chargé des sports et du bénévolat au sein du gouvernement de Friedrich Merz. Ce soldat-athlète a remporté l’or au K2 500 mètres masculin aux Jeux d’Athènes en 2004 et au K4 500 mètres aux Jeux de Tokyo en 2020. Il succède à Christiane Schenderlein (CDU), qui a quitté la Chancellerie pour occuper le poste de secrétaire d’État parlementaire au ministère de la Santé avant la pause estivale.
– Björn Stritzel
MADRID 🇪🇸
Pedro Sánchez a déclaré qu’il n’existe aucune « preuve solide » que le Maroc ait orchestré l’afflux meurtrier de migrants à Ceuta en juillet, malgré un rapport de police faisant état d’une « permissivité totale » de la part des agents marocains. Sánchez a néanmoins qualifié d’« inacceptables » les revendications des ministres marocains sur Ceuta et Melilla, révélant que Madrid avait convoqué l’ambassadeur de Rabat le mois dernier. Il a insisté sur le fait que les deux enclaves nord-africaines resteraient espagnoles « jusqu’à la fin des temps ».
– Christina Zhao
PARIS 🇫🇷
La Chine a menacé la France de mesures de rétorsion à moins qu’elle n’abroge « immédiatement » une taxe environnementale introduite cette semaine dans le cadre d’une loi sur la fast-fashion adoptée en juin. Pékin s’est dit prêt à « protéger les droits et intérêts légitimes » des entreprises chinoises. La France « assumera l’entière responsabilité de toutes les conséquences qui en découleraient » en cas d’imposition de contre-mesures par la Chine, a déclaré un porte-parole du ministère chinois du Commerce.
– Clara Vassent
BRATISLAVA 🇸🇰
La Slovaquie bloque le renouvellement des sanctions individuelles de l’UE contre la Russie, cherchant une nouvelle fois à faire retirer de la liste les hommes d’affaires milliardaires Alisher Usmanov et Mikhail Fridman, selon Radio Free Europe. La Slovaquie et la Hongrie avaient déjà tenté sans succès de les faire retirer de la liste en mars. Le ministère slovaque des Affaires étrangères a déclaré à euBrief qu’il ne divulguerait pas sa position de négociation, précisant que les discussions sur la révision régulière du régime de sanctions se poursuivent.
– Natália Silenská
BELGRADE 🇷🇸
Quatorze membres du mouvement étudiant serbe ont déclaré que leurs téléphones ont été ciblés par des logiciels espions qui auraient été déployés par les services secrets, tout comme ceux de membres de la société civile et d’hommes politiques de l’opposition. Le gouvernement et les services de renseignement ont nié avoir mené une surveillance. Ces allégations interviennent à la veille d’élections anticipées annoncées pour le 18 ou le 25 octobre, les étudiants arrivant en tête de plusieurs sondages. Parallèlement, la dépouille de Ratko Mladić, criminel de guerre condamné, a été rapatriée à Belgrade. La Croatie et l’UE ont mis en garde la Serbie contre l’octroi de tous les honneurs d’État et militaires à ce dernier.
– Bronwyn Jones
BUCAREST 🇷🇴
Le président Nicușor Dan a déclaré qu’il nommerait un Premier ministre « dans les prochains jours », après qu’un candidat officiel et une autre proposition informelle n’aient pas réussi à obtenir le soutien nécessaire ces derniers mois. Si le Parlement rejette le nouveau candidat, Dan pourrait se voir offrir la possibilité de convoquer les premières élections législatives anticipées en Roumanie depuis la chute du communisme. La paralysie politique qui règne depuis la chute du gouvernement en mai a déjà coûté au pays des subventions européennes cruciales, le pays ayant manqué les délais législatifs.
– Matei Roșca
Editrices.teur : Nicoletta Ionta, Eddy Wax, Christina Zhao, Sofia Mandilara
Contributrices.teur : Pietro Guastamacchia, Alessia Peretti, Inés Fernández-Pontes
Traductrice : Clara Vassent