Le fantôme du roi Léopold hante une réunion de la Commission européenne

Les commissaires se réunissent dans le palais qui a été construit pour le roi Léopold II pour célébrer son règne sur le Congo

EURACTIV.com
Une statue de Léopold II au Musée royal de l'Afrique centrale de Tervuren, situé à côté de Palais d'Afrique [Photo : Jean-Christophe Guillaume/Getty Images]

Le choix par la Commission européenne d’un palais colonial belge pour organiser une réunion hors siège consacrée à la discussion d’une politique de répression en matière de migration a fait sourciller au sein des institutions européennes.

Ursula von der Leyen réunira la semaine prochaine son « collège » de 26 commissaires au Palais d’Afrique, près de Bruxelles, pour discuter de son prochain discours sur l’état de l’Union, dans lequel elle devrait annoncer des mesures visant à renforcer Frontex, l’agence européenne des frontières. L’UE vise à tripler les effectifs permanents de cette agence pour les porter à 30 000 agents.

Anciennement appelé Palais des Colonies, ce bâtiment a été construit par le roi Léopold II en 1897 afin de promouvoir son projet colonial dans l’État indépendant du Congo, qu’il contrôlait comme sa propriété personnelle.

Entre 1885 et 1908, alors qu’il régnait sur son propre fief colonial, au moins dix millions de Congolais, soit plus de la moitié de la population, sont morts ou ont été tués au cours d’un règne de terreur qui a donné naissance au terme « crime contre l’humanité ».

En 1897, plus d’un million de personnes ont visité l’exposition coloniale de Tervuren, où 267 Congolais ont été contraints d’occuper trois faux villages clôturés dans le cadre d’un « zoo humain ». Sept d’entre eux sont morts pendant l’exposition.

« La sensibilité culturelle a toujours été le point fort de la Commission », a déclaré avec sarcasme un diplomate de l’UE.

Les relations controversées entre la Belgique et le Congo se sont poursuivies jusqu’au XXe siècle, avec l’implication de la Belgique dans l’enlèvement, la torture et l’assassinat de Patrice Lumumba, leader de la libération de ce pays africain, en 1961.

Étienne Davignon, diplomate belge et ancien commissaire européen, a fait l’objet d’un procès pour son implication présumée dans cet assassinat avant de décéder en mai dernier, à l’âge de 93 ans.

Le palais fait désormais partie du Musée royal de l’Afrique centrale, et son activité événementielle est gérée par une société de restauration flamande appelée Huis Van Dijck. Celle-ci décrit le palais sur son site web comme « un lieu exceptionnel ».

Lorsque Paula Pinho, porte-parole en chef de la Commission, a annoncé la réunion jeudi, elle s’est contentée de préciser qu’elle se tiendrait à « Tervuren, ici en Belgique ». Elle a ensuite déclaré à Rapporteur, la newsletter phare d’Euractiv: « Les thèmes abordés et le choix du lieu n’ont absolument aucun lien. »

Lors de leur réunion du 4 septembre, les commissaires aborderont également le changement climatique et l’intelligence artificielle, en présence du climatologue Johan Rockström et du PDG de Siemens, Jim Hagemann Snabe, qui occupe les fonctions d’envoyé spécial auprès de von der Leyen.

Il s’agit d’un « séminaire » plutôt que d’une réunion officielle du Collège des commissaires, au cours de laquelle les textes législatifs sont formellement adoptés. En février, Ursula von der Leyen avait réuni son équipe dans un espace événementiel situé sur le site du béguinage flamand de Louvain, classé au patrimoine mondial de l’UNESCO.

(bw)