La gauche espagnole tente d’arrêter l’alliance PP-Vox, l'« hydre » à deux têtes
À moins de deux mois des élections générales anticipées en Espagne, le parti socialiste (PSOE/S&D) veut exploiter la peur d’une alliance entre le Parti populaire de centre droit (PP/EPP) et le parti d’extrême droite Vox (CRE), assimilé à un « monstre mythologique à deux têtes ».
À moins de deux mois des élections générales anticipées en Espagne, le parti socialiste (PSOE/S&D) exploite la peur d’une alliance entre le Parti populaire de centre droit (PP/EPP) et le parti d’extrême droite Vox (CRE), assimilé à l’Hydre mytologique, un « monstre mythologique à deux têtes ».
Depuis l’annonce surprise du Premier ministre Pedro Sánchez, lundi (29 mai), d’une élection anticipée suite à la grave défaite du PSOE aux élections régionales et municipales de la veille, les socialistes ont fixé un nouveau cap à leur boussole politique : attiser la peur du « spectre » du populisme et de l’extrême droite.
La ministre de l’Éducation Pilar Alegría a souligné que son parti veut « expliquer au public » que le président du PP Alberto Núñez Feijóo et le leader de Vox Santiago Abascal « sont comme un monstre à deux têtes » sur des « questions fondamentales telles que le changement climatique », dans une interview diffusée mercredi sur RNE.
« Une tête le méprise et l’autre dit qu’il faut le combattre [le changement climatique] en mettant un pot de fleurs sur un balcon », a déclaré la ministre. Elle faisait référence aux récents propos de la présidente de la Communauté de Madrid, Isabel Díaz Ayuso (PP), qui proposait aux habitants de la capitale de mettre une plante sur leur balcon pour « apporter la santé à tout le monde ».
Donald Trump, Jair Bolsonaro, le PP, Vox et l’hydre à deux têtes
Mme Alegría a également comparé MM. Núñez Feijóo et Abascal à l’ancien président des États-Unis, Donald Trump, et à celui du Brésil, Jair Bolsonaro, tous deux négationnistes du changement climatique et radicaux sur de nombreuses questions politiques, pour donner cet « exemple » de ce qui pourrait arriver en Espagne si le PP gouvernait avec Vox.
Selon les instituts de sondage, le profil de l’électeur espagnol moyen est modéré et centriste, et il désapprouverait donc que le pays ibérique suive la même ligne « dure » que la Hongrie ou l’Italie sur des questions sensibles telles que l’immigration.
L’idéologie de Vox (voix, en latin), né en 2017 et avec un profil ultraconservateur (ou d’extrême droite), ne laisse aucune place au doute : ils suivent les mêmes principes généraux que d’autres partis « jumeaux » européens, parmi lesquels Fratelli d’Italia de la Première ministre Giorgia Meloni ou leur « ami », le Premier ministre hongrois Viktor Orbán.
Si l’on remonte 2 000 ans en arrière, ce sont les Grecs et les Romains de l’Antiquité qui pour désigner leurs « monstres » — en dehors des empereurs sanguinaires comme Caligula ou Néron — évoquaient l’Hydre, le monstre aquatique qui pouvait régénérer ses deux têtes si on les lui coupait : le même exemple que celui donné par la ministre espagnole.
« Ce n’est pas un épouvantail qui arrive, non, non, non, non. Ce n’est pas une chimère (…). Ils [Vox] gouvernent déjà en Castille et Léon, ce n’est pas quelque chose d’imaginaire », a ajouté la ministre.
L’allusion mythologique est limpide : le dilemme de la prochaine campagne électorale du PSOE, avec ses alliés de gauche, sera de choisir entre les forces progressistes, ou la barbarie et le chaos à la Viktor Orbán, le modèle Fratelli d’Italia, ou même dans sa forme la plus grave, l’extrémiste Alternative pour l’Allemagne (AfD).
En décidant d’avancer les élections, M. Sánchez a placé les électeurs espagnols devant un dilemme complexe, mais il s’agit en même temps d’une décision intelligente.
Il a détourné l’attention de la lourde défaite de dimanche en relançant le débat sur le « chaos » (désordre) qu’apporteraient le PP et Vox ou le « cosmos » (ordre et équilibre) de la gauche.
Il existe déjà un précédent dangereux dans le gouvernement régional de Castille et Léon, où le PP a été contraint à une « cohabitation » inconfortable avec Vox, un parti qui a mis le président de cette région, Alfonso Fernández Mañueco, sous une forte pression, en le défiant avec des propositions très audacieuses, y compris de sévères mesures anti-avortement.
Un « cordon sanitaire » pour arrêter Vox ?
Pour tenter de désamorcer la stratégie socialiste (la barbarie ou la gauche), Alberto Núñez Feijóo préfère ne pas s’exprimer clairement sur ce qu’il fera après le 23 juillet s’il gagne les élections et a besoin du soutien de Vox.
Mais même si le PP n’en veut pas, le débat est déjà sur la table : le président de la région de Cantabrie, Miguel Ángel Revilla, a déclaré mardi que son parti (Partido Regionalista de Cantabria) autorisera un gouvernement PP en solo dans sa région pour empêcher Vox d’entrer dans l’exécutif local avec le PP, a rapporté El País.
Entre-temps, la Communauté de Madrid et son président Díaz Ayuso sont devenus le principal bastion du PP, un « porte-avions » à partir duquel le PP prépare sa stratégie d’assaut contre la Moncloa, le siège du gouvernement.
Pour le PP, la présidente régionale de Madrid prouve qu’il est possible de se passer de Vox, sur lequel il avait dû compter lors de la précédente législature. Dimanche dernier, elle a obtenu la majorité absolue dans la région et n’a pas besoin d’être idéologiquement « contaminée » par Vox : le but ultime du PP.
« Alea iacta est », les dés sont (pas encore) jetés.