La gauche parisienne lance sa campagne pour les municipales, avec LFI en embuscade

Le Parti socialiste (PS) et ses alliés ont lancé à Paris leur campagne pour les municipales, mais ils font face sur leur gauche à une liste concurrente menée par La France insoumise (LFI), qui pourrait comme dans d’autres grandes villes françaises menacer leur victoire.

EURACTIV.com
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Emmanuel Grégoire, membre du Parti socialiste (PS). [Euractiv/Laurent Geslin]

Plus de 2000 personnes se sont pressées mercredi soir (14 janvier) dans une salle de concert branchée de l’est parisien pour soutenir la candidature d’Emmanuel Grégoire pour les municipales des 15 et 22 mars. Ancien adjoint de l’actuelle maire socialiste Anne Hidalgo, ce dernier a réussi le petit exploit de rassembler derrière lui l’essentiel de la gauche de la capitale.

« Vive l’unité », lancent depuis la tribune les représentants des différents partis, des Verts aux communistes, en passant par ceux du mouvement Place publique de l’eurodéputé Raphaël Glucksmann.

Accueilli comme une rock star, Emmanuel Grégoire multiplie les promesses — augmenter le nombre de logements sociaux, améliorer la sécurité, rénover les écoles — et concentre ses attaques contre son adversaire à droite, la ministre de la Culture Rachida Dati, qui le talonne dans les sondages.

Pas un mot en revanche pour la liste concurrente à gauche de LFI, qui avec plus de 10 % dans les sondages devrait être en mesure de se maintenir au second tour.

De quoi faire passer quelques frissons aux militants socialistes interrogés mercredi soir par Euractiv et qui espéraient tous qu’un accord puisse être trouvé avec le parti de Jean-Luc Mélenchon, ce qu’Emmanuel Grégoire a pour l’heure toujours exclu.

(Euractiv/Laurent Geslin)

La guerre des gauches

Après des mois de violentes querelles sur les bancs de l’Assemblée nationale, la fracture semble de fait consommée entre les responsables de LFI et du PS, qui s’opposent sur la stratégie à mener avec le gouvernement et sur le choix d’un candidat unique pour la présidentielle de 2027.

Exit donc la fragile alliance du Nouveau front populaire (NFP), montée dans l’urgence pour faire barrage à l’extrême-droite après la dissolution de l’Assemblée nationale lancée par Emmanuel Macron au printemps 2024.

D’autant que pour Pierre-Nicolas Baudot, maître de conférence en sciences politiques et spécialiste de la gauche française, LFI a cette année fait le choix de « s’ancrer localement », afin de solidifier un mouvement encore « très personnalisé » autour de la figure de son leader.

« LFI ne devrait pas en mesure de gagner dans de grandes métropoles comme Marseille, Lille, Paris et où Mélenchon avait fait de très bons scores à la présidentielle de 2022, mais ils pourraient faire perdre les socialistes », affirme-t-il.

Un test avant la présidentielle

La candidate de LFI dans le 10e arrondissement de Paris, Marion Beauvalet, explique à Euractiv « ne pas partager le bilan de la majorité sortante » et fustige la hausse constante des loyers qui chasse les foyers les moins aisés de la capitale.

Grâce à une « base militante très importante », LFI espère être en mesure de l’emporter dans les quartiers populaires de l’Est parisien, ajoute-t-elle.

L’enjeu est de taille, car obtenir des élus municipaux signifie pouvoir salarier et professionnaliser des cadres du parti. Et pour Pierre-Nicolas Baudot, les municipales de mars sont un « test », alors que le parti de gauche qui sortira en tête du scrutin pourrait apparaitre comme celui le plus à même de combattre la droite lors de la présidentielle de 2027, et de ce fait bénéficier du « vote utile » de certains électeurs de gauche.

En attendant, Marion Beauvalet explique que son parti reste « ouvert » à une alliance avec les socialistes au second tour des municipales parisiennes. « Mais sur la base d’un programme de rupture », dit-elle. Il faudra qu’Emmanuel Grégoire aie le couteau sous la gorge pour accepter cette proposition.