La Grèce dans l’impasse appelle à de nouvelles élections

  En Grèce, les négociations sur la formation d'un nouveau gouvernement auront duré neuf jours. Le pays a appelé hier (15 mai) à la tenue de nouvelles élections qui pourraient faire pencher la balance en faveur de la gauche prête à couper court au mesures d'austérité découlant du renflouement. Cela pourrait entraîner le pays vers la faillite et sa sortie de la zone euro.

EURACTIV.com / Reuters
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En Grèce, les négociations sur la formation d'un nouveau gouvernement auront duré neuf jours. Le pays a appelé hier (15 mai) à la tenue de nouvelles élections qui pourraient faire pencher la balance en faveur de la gauche prête à couper court au mesures d'austérité découlant du renflouement. Cela pourrait entraîner le pays vers la faillite et sa sortie de la zone euro.

Après six tentatives infructueuses, les chefs de partis ont annoncé à l'issue de leur dernière session dans la résidence du président que leurs différends profonds quant au programme de renflouement de 130 milliards d'euros avaient anéanti tout espoir de conclure un accord de coalition.

« Nous n'aurions pas dû en arriver là », a déclaré le leader socialiste Evangelos Venizelos. Ce dernier avait personnellement négocié le programme de sauvetage de l'Union européenne et du FMI qui, selon l'extrême gauche, imposerait un régime d'austérité trop stricte. « Pour l'amour de Dieu, passons à quelque chose de mieux et non pas à quelque chose de pire. »

Décrié pour les réductions des salaires et des dépenses qu'il a entraînées, mais vital pour maintenir le pays à flot, ce renflouement a poussé les Grecs, le 6 mai, à élire le parlement le plus fragmenté depuis des décennies.

Le second scrutin devrait produire un résultat similaire, mais la balance penche vers les opposants au programme de sauvetage de l'UE et du FMI. Il est probable que ces élections donnent lieu à une coalition qui dénoncerait l'accord visant à maintenir le pays à flot.

Une telle situation mettrait très probablement un terme aux aides accordées par les prêteurs étrangers, ce qui poserait des problèmes de liquidités à la Grèce dès le mois prochain et ouvrirait la voie à une éventuelle sortie du pays de la zone euro.

Les Grecs, en colère contre les coupes budgétaires, se sont vengés contre les partis socialiste et conservateur qui étaient au pouvoir depuis des années. Ils devraient toutefois à présent choisir entre l'austérité et un retour encore plus douloureux à la drachme.

« Il faudra voir si, lors de ces nouvelles élections, les Grecs voteront avec colère et passion ou s'ils se calmeront, réfléchiront et comprendront à quel choix ils sont confrontés », a expliqué Theodore Couloumbis, analyste pour le groupe de réflexion ELIAMEP. « Ils devront choisir entre une mauvaise situation ou une situation qui sera encore pire. »

Les marchés financiers sont dans la tourmente, car ils craignent que la sortie de la Grèce de la zone euro n'ait des répercussions sur de plus grandes économies de la zone euro comme l'Espagne et l'Italie. L'euro a atteint son niveau le plus bas en quatre mois face au dollar. Les rendements obligataires italiens et espagnols ont grimpé. Les titres grecs ont perdu 5 % pour arriver à leur niveau le plus bas en 20 ans avant de remonter. Ils avaient perdu 3,6 % à la clôture des marchés.

Qui va gagner ?

Le parti d'extrême gauche Syriza, qui rejette le renflouement et est arrivé second derrière le parti Nouvelle démocratie d'Antonis Samaras, serait bien placé pour remporter le scrutin, selon les sondages. Si c'était le cas, le parti bénéficierait directement d'un bonus de 50 sièges au parlement qui en compte 300.

Le leader charismatique du parti, Alexis Tsipras, a gagné en popularité en promettant aux Grecs un avenir au sein de la zone euro sans le joug de l'austérité. Ses propos horripilent les dirigeants européens qui martèlent que le pays ne peut pas avoir le beurre et l'argent du beurre.

« Si nous avons de l'espoir aujourd'hui, c'est parce qu'ensemble, nous avons fait un grand pas en avant le 6 mai. A présent il est temps de conclure », a déclaré M. Tsipras, ancien leader étudiant communiste qui a déboulé sur la grande scène politique suite aux élections du début du mois.

« Le temps est venu de former un gouvernement de gauche qui jouisse d'un large soutien et de mettre fin à ces politiques qui détruisent le pays. »

La Grèce et l'Europe à la croisée des chemins

Les perspectives de nouvelles élections désespèrent les dirigeants européens qui ont renfloué la Grèce à deux reprises. De hauts fonctionnaires de la Commission européenne ont mené des discussions d'urgence hier pour envisager les retombées de ces nouvelles élections.

« Nous sommes vraiment à la croisée des chemins », a déclaré un fonctionnaire qui a pris part à ces discussions. « La balle est dans le camp d'Athènes. Mais ça ne sent pas bon. »

En sa qualité de président de la France, François Hollande s'est rendu à Berlin pour rencontrer la chancelière allemande et mener des discussions de crise le jour même de son investiture. Le ministre des affaires étrangères de Mme Merkel, Guido Westerwelle, a quant à lui affirmé que l'échec des négociations à Athènes minait la confiance dans le pays.

« Aujourd'hui, la Grèce a besoin de fiabilité et de la volonté de mener des réformes pour franchir les obstacles en collaboration étroite avec ses partenaires européens », a-t-il assuré. « Ces réformes seront difficiles et douloureuses, mais c'est le seul moyen de revenir sur le chemin de la croissance et de la compétitivité. Il n'existe aucune alternative. »

Même si les prêteurs européens se montraient plus indulgents envers la Grèce quant à ses engagements pour l'austérité, aucun gouvernement n'est en place pour négocier la prochaine tranche d'aide et rien ne garantit qu'il sera formé avant que les coffres de la Grèce ne soient vides.