La Grèce durcit le ton à l’égard des migrants en provenance de Libye au lendemain d’un couac diplomatique
Athènes suspend les demandes d’asile en provenance d’Afrique du Nord dans un contexte d’augmentation des arrivées de migrants et de tensions avec les autorités libyennes à la suite de l’expulsion d’une délégation de l’UE.
Le gouvernement grec a annoncé mercredi 9 juillet des mesures plus strictes à l’encontre des migrants arrivant de Libye.
Une annonce qui intervient au lendemain d’un incident diplomatique survenu à Benghazi, où une délégation de l’UE a été déclarée persona non grata par les autorités locales et alors que la Grèce est confrontée à une augmentation des flux migratoires en provenance de l’est de la Libye. Rien que cette semaine, 1 500 personnes sont arrivées en Crète après avoir quitté les côtes libyennes.
Le Premier ministre Kyriakos Mitsotakis a déclaré que la Grèce allait suspendre pendant trois mois les demandes d’asile des personnes arrivant d’Afrique du Nord. Ceux qui parviendront à atteindre le territoire grec seront placés en détention administrative dans des centres fermés.
L’objectif du gouvernement est de décourager les personnes en Libye d’entamer le voyage, car elles finiront par être détenues.
L’incident diplomatique
Une délégation de l’UE, dirigée par le commissaire européen chargé des migrations, Magnus Brunner, ainsi que par l’Italien Matteo Piantedosi, le Grec Thanos Plevris et le Maltais Byron Camilleri, s’est rendue en Libye pour trouver des solutions à l’augmentation des flux migratoires.
La délégation s’est d’abord rendue à Tripoli, dans l’ouest de la Libye, et s’est entretenue avec le gouvernement internationalement reconnu.
Cependant, une visite prévue dans l’est de la Libye, où l’administration est dirigée par Khalifa Haftar, soutenu par la Russie, a été annulée après que la mission de l’UE a été accusée de violer la souveraineté nationale, de contourner les protocoles diplomatiques et d’ignorer les procédures d’entrée pour les fonctionnaires étrangers.
Des sources à Athènes ont noté que l’intention de Haftar était de faire pression sur l’UE pour qu’elle reconnaisse son gouvernement.
En outre, les analystes grecs soulignent que Haftar — autrefois considéré comme un proche allié de la Grèce — envisagerait à présent de ratifier un protocole d’accord turco-libyen sur la délimitation des zones maritimes, qui a été signé à l’origine par le gouvernement basé à Tripoli.
Athènes a rejeté le protocole d’accord, le déclarant illégal, car il ignore complètement l’existence de l’île de Crète.
De plus, un diplomate de l’UE à Bruxelles a noté que la Libye tente de « militariser » la migration pour faire pression sur l’UE concernant le protocole d’accord.
Cependant, un porte-parole de l’UE a déclaré à Euractiv que le protocole d’accord « porte atteinte aux droits souverains des États tiers, n’est pas conforme au droit de la mer et ne peut avoir aucune conséquence juridique pour les États tiers ».